Passion du livre - tout sur le livre : Viktor Vavitch

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Viktor Vavitch

Couverture du livre Viktor Vavitch

Auteur : Boris Jitkov

Traducteur : Jacques Catteau | Anne Coldefy-Faucard

Date de saisie : 19/09/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Calmann-Lévy, Paris, France

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-7021-3870-0

GENCOD : 9782702138700

Sorti le : 27/08/2008


  • La présentation de l'éditeur

Etudiants et étudiantes en révolte, attirés par le terrorisme ; ouvriers séduits par le marxisme et la lutte révolutionnaire ; libéraux contestataires, rêvant simplement de réformer la Russie ; autorités qui, conscientes que quelque chose couve, veillent au grain.
C'est dans cette atmosphère de sourde effervescence que s'ouvre le roman-fresque de Boris Jitkov, considéré par Pasternak comme " le meilleur sur la révolution de 1905 ". La roue de l'histoire, en effet, et avec elle la narration, ne tarde pas à s'emballer : grèves, manifestations, combats de rue, répression, réaction débouchant sur des pogromes d'une violence inouïe constituent la trame de ce Viktor Vavitch aussi chaotique, animé, fracassant que les événements qu'il évoque.
Sur ce fond d'agitation empreinte d'espoir, mais se soldant par un noir désespoir, Boris Jitkov sème ses personnages dont les destins, pleins de promesses, avorteront pour la plupart, à l'image de la révolution manquée de 1905 : il y a Viktor Vavitch qui rêve de galons d'officier mais se retrouve dans la police ; il y a Bachkine qui se veut " un type bien " mais devient indicateur ; il y a le jeune Sanka Tiktine qui n'est guère convaincu par la révolution : le roman s'achèvera pourtant sur son envoi en relégation à Viatka ; il y a sa soeur, Nadienka, amoureuse d'un ouvrier au coeur de l'action clandestine ; il y a la jeune Taïnka, soeur de Vavitch, qui aime à la folie le flûtiste juif Israëlson.
Foisonnement de personnages, chaos de couleurs et de sons, Boris Jitkov livre ici le film de 1905, transformant le lecteur en spectateur et auditeur. L'écriture, très cinématographique, joue à merveille de la suggestion, de l'ellipse. Constamment au plus près de son sujet, Boris Jitkov ne décrit pas, il saisit des images, s'y arrête un instant, nomme parfois, pour aussitôt se hâter ailleurs. Le " dernier grand roman russe ", a-t-on dit de Viktor Vavitch.
Le dernier, en tout cas, à offrir cette écriture qui place la langue et la poésie au-dessus de tout, à l'instar des oeuvres d'un Gogol, d'un Biély ou d'un Zamiatine. Viktor Vavitch est écrit entre 1929 et 1934, puis imprimé en 1941. La censure stalinienne le juge alors " inconvenant " et " inutile ". L'ouvrage est envoyé au pilon. Mais l'imprimeur décèle le chef-d'oeuvre et en conserve quelques exemplaires.
C'est donc un manuscrit miraculeusement sauvé de l'oubli que le lecteur est invité à découvrir.

Né dans une famille juive aux environs de Novgorod, Boris Jitkov (1882-1938) a tous les talents.
Il est chimiste, marin au long cours, il voyage beaucoup et ne commence à écrire qu'à l'âge de quarante ans, essentiellement des ouvrages pour la jeunesse encore très prisés, aujourd'hui, en Russie. Avec son roman Viktor Vavitch, dont il ne verra jamais la parution, il entre dans la grande littérature russe.





  • La revue de presse Samuel Blumenfeld - Le Monde du 19 septembre 2008

L'ombre du Cuirassé Potemkine plane d'ailleurs sur Viktor Vavitch. Eisenstein rêvait de faire de son film une grande fresque sur la révolution de 1905 avant de se concentrer, faute de temps, sur le seul épisode de la mutinerie des marins du Potemkine. Boris Jitkov parvient à concrétiser ce que le grand réalisateur soviétique esquisse tout juste : une épopée cosmique qui se refuse le plus souvent à dater et à nommer les lieux. Boris Jitkov ne se dérobe jamais à sa tâche d'historien, mais son talent de romancier révèle une dimension prophétique qui fait de son roman un chef-d'oeuvre. Viktor Vavitch raconte le dénuement des hommes contre les totalitarismes, hier monarchiques, aujourd'hui communistes. C'est bien le grand roman de la révolution de 1905, mais l'époque n'est qu'un prétexte. Il dérangeait en son temps. Il n'a pas fini de déranger.


  • La revue de presse Jacques Drillon - Le Nouvel Observateur du 4 septembre 2008

Pasternak le tenait pour «le meilleur roman sur la révolution de 1905» : c'est «Viktor Vavitch», de Boris Jitkov, marin au long cours et écrivain au grand souffle. C'est évidemment un très grand livre - pas seulement très gros. Considéré comme «inconvenant et inutile» par la censure stalinienne et donc prestement pilonné, «Viktor Vavitch» raconte la révolution manquée de 1905. Mais pas seulement; c'est aussi un roman de destinées, telles que les tisse Boris Jitkov, ce marin qui se mit à écrire à 40 ans, âge fort avancé pour un écrivain-né...
L'ironie de Jitkov, qui dénude les êtres avec une précision cruelle, vous les fait regarder de haut, ou de côté jamais de l'intérieur. Ils sont tous un peu ridicules, à s'agiter dans leur siècle comme des mouches prises dans une toile, sous l'oeil perçant de l'auteur qui attend de les piquer et de les repiquer...
La redécouverte de ce livre est capitale. Non parce qu'elle éclairerait certains événements obscurs, mais parce qu'elle fait naître un auteur au souffle puissant comme l'océan, et au regard juste. Qui jamais ne faiblit devant la difficulté technique, jamais ne fuit l'obstacle : toujours il creuse sa scène, sa phrase, pour qu'existent sous nos yeux ces héros qui ne sont que des gens.


  • La revue de presse Mathieu Lindon - Libération du 28 aout 2008

C'est un roman stupéfiant étonnamment parvenu jusqu'à nous, une saga russe du début du XXe siècle traduite en français soixante-quatorze ans après avoir été achevée et moins de dix ans après son unique publication dans sa langue originelle...
D'une certaine manière, on peut lire Viktor Vavitch comme un remake des Démons de Dostoïevski. D'un autre côté, la révolution est ici décrite, beaucoup plus qu'approuvée ou désapprouvée. Jitkov écrit comme un observateur notant les changements apparaissant dans une période donnée, les changements et les immobilismes. Les jeux de la politique et du hasard, au gré des discussions entre les personnages, ont aussi beaucoup à voir avec ceux de l'amour...
D'une petite ville de province à «la grande ville de N.», la violence et la tendresse prennent sans cesse la prééminence l'une sur l'autre dans un étrange entremêlement. «La vieille femme a des sanglots dans la voix, on ne saurait dire si quelqu'un est mort ou si elle déménage.» L'antisémitisme de certains personnages annonce une scène de pogrom qui est un morceau de bravoure. Secondaire et central, le personnage de Bachkine, oscillant entre la noblesse dont il se réclame et la bassesse où il se morfond, paraît sorti d'un Dostoïevski du XXe siècle. Viktor Vavitch est un roman porté par un souffle que réchauffe encore la froideur prétendue de l'auteur se gardant de tout effet de style ou de morale.


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