Auteur : Alain Fleischer
Date de saisie : 16/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : L'infini
Prix : 22.50 € / 147.59 F
ISBN : 978-2-07-012218-9
GENCOD : 9782070122189
Sorti le : 04/09/2008
La vieille Europe a-t-elle fait son temps, comme on dit ? Et dans son match nul contre elle-même, joue-t-elle les prolongations ?
Le narrateur, un jeune interprète franco-hongrois, vient prendre son poste dans un grand congrès européen qui s'éternise dans le dérisoire et le grotesque à Kaliningrad, une enclave russe sur la Baltique. Dans cette ville qui fut, sous le nom de Königsberg, la patrie d'Emmanuel Kant et la capitale de la Prusse orientale, il découvre une société trouble, livrée aux intrigues, aux trafics en tout genre, à la prostitution généralisée, dominée par des pouvoirs occultes et des mafias, avec de nouveaux Russes prêts à tout vendre, des Allemands de toujours prêts à tout acheter, et des filles prêtes à tout.
Cinéaste, écrivain, plasticien et photographe, Alain Fleischer est né à Paris en 1944. Après des études à la Sorbonne et à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, il a enseigné dans de nombreuses universités et grandes écoles françaises et étrangères, dont l'Idhec/Fémis, l'École nationale de la Photographie d'Arles, les Écoles nationales d'Art de Nice et de Paris-Cergy. Depuis son premier roman, Là pour ça (1986), il a publié une vingtaine d'ouvrages : romans, recueils de nouvelles, essais, dont Immersion (L'Infini, 2005).
«Prolongations» serait-il un essai déguisé ? Ce serait oublier qu'Alain Fleischer est un formidable mécanicien de la littérature. Pour lui, l'histoire et la réalité sont deux entités sur lesquelles il dévide le flux d'une narration qui ne cesse d'être enrichie par des mystères, des retournements, des jeux de miroirs hantés par l'érotisme. Alain Fleischer est un romancier savant. On joue donc volontiers le jeu de ces «Prolongations», récit de la mémoire européenne sur lequel il construit une grande machine turbulente et fascinante.
Il est relativement facile de romancer des faits historiques ou une expérience personnelle. Autrement plus ardue est la création, de toutes pièces, d'un univers dans lequel le lecteur se trouve attiré, embarqué, presque enfermé. Ici, nous sommes dans une ville bien réelle - Kaliningrad, l'ex-Königsberg, qui fut la capitale de la Prusse orientale -, mais que la plume d'Alain Fleischer transforme en cité fantastique. On y entre peu à peu, on se laisse prendre par cette ambiance crépusculaire, où rôdent tous les fantômes de la vieille Europe...
Hongrois par son père, ébloui par Kafka à l'âge de 15 ans, Alain Fleischer a trouvé ses racines en Europe centrale. D'un livre à l'autre, il ne cesse aussi d'interroger la sexualité, en se servant de ses talents de photographe. Le narrateur de Prolongations explore inlassablement les corps de trois jeunes femmes, Asther, Stasya et Judit : la première lui rappelle le passé, les deux autres ne se souviennent de rien, pas même de leurs étreintes. Corps pénétrés, femmes impénétrables.
En homme d'images qui met en scène les mots et les silhouettes, Alain Fleischer baguenaude avec maestria parmi les tentatives de déchiffrements. L'érotisme, s'il est cru et présent comme dans tous ses livres, est d'abord l'esquisse d'un regard, l'interrogation toujours curieuse de la façon dont les corps et les silences se nouent entre eux...
Dans ce roman, l'Histoire, qui n'est qu'une fiction pour ceux qui ne savent rien et oublient tout, ressuscite toujours : elle est un spectre, souvent insaisissable, qui joue les prolongations, plane sur nos sociétés et, parfois, nos comportements. Fantastique, érotique, subtilement politique, ce roman en trompe-l'oeil oblige le lecteur à une admirable et inquiétante dérive.
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