Auteur : Richard Ford
Traducteur : Pierre Guglielmina
Date de saisie : 04/09/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Ed. de l'Olivier, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 24.00 € / 157.43 F
ISBN : 978-2-87929-525-1
GENCOD : 9782879295251
Sorti le : 28/08/2008
C'est l'automne dans le New Jersey, cet État cher à Bruce Springsteen et à Tony Soprano.
Nous sommes en 2000. Tandis que Thanksgiving approche - épreuve redoutable pour toutes les familles recomposées -, et qu'on attend le résultat de l'élection présidentielle opposant George W. Bush à Al Gore, Frank Bascombe, 55 ans, mesure la fragilité de son existence. Atteint d'un cancer, quitté par sa femme, Sally, il affronte la solitude et procède à l'état des lieux : qu'a-t-il fait de sa vie ? Est-il prêt à mourir ? Hanté par un passé qui ne passe pas - l'échec de ses mariages, la mort de son fils Ralph -, Frank tente de maîtriser les courants contraires du destin.
Frank Bascombe est une vieille connaissance.
Tous les dix ans, il nous donne des nouvelles, des siennes et de l'Amérique. Il a vieilli avec nous. Ce journaliste sportif devenu agent immobilier est, avec Harry " Rabbit " Angstrom (John Updike) et Nathan Zuckerman (Philip Roth), l'un des héros les plus attachants du roman américain contemporain. On retrouve dans L'État des lieux tout ce qui fait le charme de ce personnage : le sens de la dérision, l'amour de la vie, et une certaine propension à nous faire partager ses hésitations, ses ruminations et ses doutes.
D'une puissance et d'une virtuosité exceptionnelles, L'État des lieux est l'oeuvre la plus aboutie de Richard Ford.
Thanksgiving, an 2000 : c'est le temps des bilans pour le héros fétiche du grand romancier américain, un ancien journaliste sportif, écrivain raté et père divorcé...
Le livre déborde de moments magiques, fragiles, lumineux : des figurants en uniforme d'époque rejouent une célèbre bataille en pleine ville, une serveuse a peur de devenir folle, un jeune garagiste en salopette lit Gatsby le magnifique dans l'édition Scribner's, un renard affolé dans le salon d'une maison à vendre. Ford, dont les phrases sinueuses retombent toujours sur leurs pieds, décrit les remords, les espoirs, les occasions manquées, la tristesse, les malentendus...
Sur la solitude de Frank, Richard Ford n'a pas besoin de convoquer les grandes orgues. Il lui suffit d'évoquer une voiture qui s'arrête devant le porche. À l'intérieur, Bascombe, le coeur battant, croit que c'est sa fille chérie qui revient d'une escapade avec un crétin. Mais non, il s'agit simplement du livreur de journaux, qui balance le quotidien local sur le gravier de l'allée. Dis, Frank, on ne va pas se quitter comme ça, avec cette Amérique à vau-l'eau et ce destin en pointillé ? Rendez-vous dans dix ans. Promis, hein ?
Comme tout un chacun sur cette terre et peut-être plus encore dans une Amérique en quête de repères, les grands romanciers vieillissent, et avec eux leurs personnages, miroirs de papiers dont les aveux sonnent le glas de la jeunesse et ouvrent sur une sagesse en forme de réconciliation...
Avec une maîtrise de la narration qui frise l'excellence, avec humour, ironie et une inventivité débordante qui n'est peut-être au fond qu'un oeil de lynx, l'écrivain part du particulier d'une situation, du minuscule saisi par Frank au hasard de ses pérégrinations, pour déployer toute l'Amérique au tournant du siècle, les classes moyennes, les parvenus et les laissés-pour-compte valsant dans un même bal kaléidoscopique...
À toutes ses peurs et ses questions, Frank trouvera sa propre réponse. À la faveur d'un dénouement en forme de continuation, qui lui fera comprendre que la vie, plus que la mort, est un mystère.
Comment installer un rapport d'intimité avec l'autre ? Telle était l'interrogation sous-tendant Péchés innombrables, recueil de nouvelles remarquables de finesse où Richard Ford s'attachait aux relations à deux (parent et enfant, mari et femme, amants...) et aux imperceptibles fissures menant à leur échec. Une préoccupation semblable accompagne la trajectoire de Frank Bascombe, le héros de L'État des lieux, troisième volet d'un cycle amorcé par Un week-end dans le Michigan et Indépendance (lauréat du PEN/Faulkner et du Pulitzer) et considéré comme le grand oeuvre de leur auteur. En effet, tout au long de cette trilogie consacrée à ses heurs et malheurs, Frank ne cesse - ainsi que nous le déclare Richard Ford - de «chercher à nouer des liens de confiance et d'affection, avec son fils Paul, son ex-femme Ann, sa petite amie Sally, sa fille Clarissa»...
D'un livre à l'autre, on aura connu Frank jeune, mûr, vieillissant ; divorcé, remarié, quitté par sa nouvelle épouse ; écrivain en devenir, journaliste sportif, agent immobilier. Mais toujours en crise existentielle, peuplant ses journées de ruminations sur son quotidien, ses enfants, son métier et le monde où il vit avec un mélange de désenchantement et de drôlerie, et un sens très personnel du découpage des événements : sur un fond de distance et de lucidité continues, surgissent de soudaines et poignantes déflagrations qui le mettent à nu, au corps à corps avec la douleur - celle d'avoir perdu un enfant, celle de voir la femme qu'on aime s'en aller sans retour, celle de devoir continuer malgré un cancer de la prostate, une famille en lambeaux et une hystérie telle du marché de l'immobilier que vendeurs et acheteurs en sont littéralement venus à s'entretuer...
Au fil des ans, sa méthode n'a pas changé : il traque le bonheur précaire et tente de dresser le portrait d'un homme, d'un pays, d'une époque, en préférant les faits aux effets, en évitant le recours à une écriture trop appuyée...
Constitués d'une multitude d'histoires dans l'histoire, les récits de Richard Ford, où apparaissent des garagistes qui captent la radio avec leur nouvel appareil dentaire et des femmes qui jouent au golf avec des lunettes rouges plantées dans les cheveux, se dégustent lentement. Comme une comédie existentielle ou un cinéma intérieur, où l'on regarde avec empathie l'agitation un peu vaine d'hommes et de femmes chez qui rien ne va plus.
L'Etat des lieux apporte la preuve, s'il en était besoin, que Carver ne se trompait pas. Ce livre vertigineux, construit en flash-back (comme la plupart des romans de Ford), procure un rare bonheur de lecture. Richard Ford est sans doute le seul écrivain contemporain capable de tenir le lecteur en haleine pendant 750 pages sans développer la moindre intrigue. Rien d'autre, en effet, que la vie de Frank Bascombe, personnage qui, grâce à ce nouveau volume, rejoint sur la première marche du podium les grands héros de la littérature américaine : Augie March de Saul Bellow, Nathan Zuckerman de Philip Roth ou Harry Rabbit de John Updike...
Richard Ford explore la vie réelle en petits caractères, gravée à l'eau-forte de nos désirs, de nos pertes, de nos désarrois. Sans jamais verser dans le cynisme ou l'ironie. Ce qui est fascinant, dans cette trilogie écrite à raison d'un volume tous les dix ans («Celui-ci est le dernier, promet Ford, je n'ai plus l'énergie d'écrire un roman de 700 pages»), c'est que l'on assiste à l'évolution de l'Amérique des trente dernières années ainsi qu'à notre propre évolution à tous. En reliant la maladie de Frank Bascombe à la mort qui frappe brutalement n'importe quel citoyen parce qu'un cinglé se promène avec une arme à feu en toute légalité, il réussit un coup de maître, une magistrale réflexion sur le double statut de la mort : celle que l'on porte en soi (le cancer) et celle qui nous guette au coin de la rue (la rencontre, toujours possible, avec ce type qui s'est dit en se levant le matin qu'il allait utiliser son joujou).
La récurrence du personnage de Frank Bascombe, devenu agent immobilier, incarnation formidablement individualisée de l'homme moyen américain, loin de toute caricature et de toute mauvaise sociologie, a fait parfois comparer Ford à John Updike et son inoubliable double romanesque Rabbit. Pourquoi pas ? Il y a de pires références... Même si, profondément, c'est du côté de Tchekhov que regarde Ford...
Croisant cette dimension collective et nationale avec les réflexions intimes de l'ironique Bascombe, multipliant les apparitions de formidables seconds rôles, manifestant une confiance saisissante dans sa maîtrise de l'art romanesque, Richard Ford brosse ici une fiction d'une remarquable densité.
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