Auteur : Valentine Goby
Date de saisie : 02/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 13.90 € / 91.18 F
ISBN : 978-2-07-012057-4
GENCOD : 9782070120574
Sorti le : 25/08/2008
Qui touche à mon corps je le tue
Marie G., faiseuse d'anges, dans sa cellule, condamnée à mort, l'une des dernières femmes guillotinées. Lucie L., femme avortée, dans l'obscurité de sa chambre.
Henri D., exécuteur des hautes oeuvres, dans l'attente du jour qui se lève. De l'aube à l'aube, trois corps en lutte pour la lumière, à la frontière de la vie et de la mort.
V. G.
Qui touche à mon corps je le tue est le cinquième roman de Valentine Goby.
Le titre dit tout, dramatiquement : Qui touche à mon corps je le tue. Sans ponctuation, c'est soudé à la vie à la mort. Le corps au centre de la sentence. L'objet du délit. Valentine Goby, dans un style compact, raconte en quelques pages trois destins tendus et tributaires les uns des autres. L'histoire de Lucie L., une jeune femme qui décide d'avorter, celle de Marie G., une avorteuse qui attend dans sa cellule qu'on la guillotine, enfin celle de Henri D., le bourreau...
Les grands rôles du récit sont tenus par les mères. Elles sont la clé de ce théâtre radical. Toutes- puissantes et dévorantes, qu'elles le veuillent ou non, les mères immenses. Ici, Médée n'est jamais loin d'Andromaque.
Sobre, dense, ramassé, le roman transcrit les pensées des trois protagonistes, l'avorteuse, l'avortée et l'exécuteur, dans l'espace de cette journée fatidique...
Pour la troisième fois, Valentine Goby prend pour cadre la période de la Seconde Guerre mondiale. C'est en réalité le statut de la femme dans les décennies qui précédèrent son émancipation qui l'intéresse. L'héroïne de «l'Echappée» était rasée à la Libération pour avoir aimé un Allemand. Lucy, le seul personnage de fiction du présent récit, paie cher sa liaison avec un homme. Retour sur les injonctions séculaires faites aux femmes, ce livre remarquable condense également, à travers la chaîne des responsabilités en jeu, les questions fondamentales du droit de vie et de mort sur l'autre. De roman en roman, Valentine Goby s'impose comme un auteur de tout premier plan.
Ce livre fort, plein de déférence pour toutes les femmes sacrifiées avant la loi Veil, a la grâce des toiles de Clotilde Vautier, peintre exceptionnelle emportée par les complications d'un avortement clandestin, dans les années 1960...
Imperceptiblement, les personnages se fondent, mêlant leurs douloureux passés de transparence...
Puisque rien ne leur a été transmis, ni appétit de vivre, ni force, ni courage, ils coupent à leur tour la courroie de transmission. Valentine Goby leur offre à tous trois une mémoire émouvante. Elle les sort des ténèbres, et les lâche dans ce doux entre-deux, quand ce n'est «pas la vraie nuit encore, il reste du bleu, du jaune, quelque chose de la lumière du jour pas tout à fait effacée».
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