Auteur : Andrés Rozental
Date de saisie : 02/08/2008
Genre : Documents Essais d'actualité
Editeur : VARIA (QUÉBEC), Montréal, Canada
Collection : Entretiens
Prix : 14.50 € / 95.11 F
ISBN : 978-2-89606-048-1
GENCOD : 9782896060481
Sorti le : 01/04/2008
Le Mexique ne se réduit pas aux clichés. Il s y profile une histoire singulière située au confluent de l'Amérique latine et de l'Amérique du Nord, une histoire qui définit encore aujourd'hui son identité, sa politique et son économie. Car comment, en effet, expliquer son incroyable stabilité politique ? Comment un pays avec une si grande ferveur catholique a-t-il pu appliquer avec autant de fermeté le principe de la laïcité ? Pourquoi les Mexicains entretiennent-ils une relation aussi ambiguë, à la fois pleine d'admiration et d'inimitié, avec les Américains ?
Plus près de nous, quelle ère s'annonce après 71 ans de règne sans partage d'un seul parti ? Après les monopoles politiques, les Mexicains briseront-ils les monopoles syndicaux et corporatifs ? Le Mexique poursuivra-t-il son intégration nord-américaine ? Et que faire avec les problèmes de l'immigration illégale aux États-Unis et du trafic de drogue ? Voilà des questions auxquelles répond Andrés Rozental, un acteur incontournable de la scène politique mexicaine.
Entrevue de Jean-Frédéric Legaré-Tremblay.
SINGULIER MEXIQUE
À l'échelle de l'Amérique latine, le Mexique a pour réputation d'être un pays particulièrement stable; aucun autre pays au sud des Etats-Unis n'aurait d'histoire aussi marquée par la continuité et la stabilité. On considère pourtant que l'élection de Vicente Fox en 2000 constitue une rupture importante dans l'histoire du pays. Pourquoi ? Comme Vicente Fox était issu du Parti de l'action nationale (PAN), son élection à la tête du pays marque la fin de 71 ans de règne sans partage du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI). Il faut comprendre que l'État mexicain a été pendant cette longue période celui d'un seul parti qui se succédait à lui-même; les présidents décidaient en pratique de leur successeur. Les partis d'opposition dans ce système étaient purement symboliques. Certains, comme le Parti du travail (PT), ont même été créés par le PRI afin de conférer au système une apparence démocratique. Le pluralisme politique, alors purement factice, n'est devenu effectif qu'en 2000; pour la première fois en près d'un siècle, le Mexique choisissait un candidat issu d'un parti de l'opposition. Et l'élection d'un autre candidat du PAN en 2006, Felipe Calderon, montre que la rupture marquée en 2000 est bel et bien durable et profonde.
Il est tout de même exceptionnel que le régime politique d'un pays en développement puisse durer aussi longtemps sans recourir à la violence. Comment le PRI a-t-il réussi ce tour de force ?
La solidité et la pérennité du PRI tenaient à deux facteurs. Le premier, c'est l'envergure de son spectre idéologique. Le PRI a réussi en effet à embrasser l'ensemble des forces politiques et idéologiques du pays : la gauche, le centre et la droite, mais sans les extrêmes. Selon les époques, les gouvernements étaient formés tantôt par l'aile gauche, tantôt par l'aile droite ou par l'aile centriste du parti. C'était le système du pendule : on passait d'un gouvernement de gauche à un gouvernement de centre, puis à un gouvernement de droite, le pendule revenait ensuite vers la gauche, et ainsi de suite. Aussi surprenant que cela puisse être, l'alternance du pouvoir s'effectuait à l'intérieur même du parti. Il s'agissait donc d'un régime unique, mais qui offrait malgré tout un large éventail d'options politiques. Je dirais même que les différences entre les gouvernements du PRI étaient souvent plus importantes qu'entre républicains et démocrates aux Etats-Unis ou entre libéraux et conservateurs au Canada.
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