Auteur : Amy Bloom
Traducteur : Michèle Lévy-Bram
Date de saisie : 26/07/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Belfond, Paris, France
Collection : Littérature étrangère
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-7144-4471-4
GENCOD : 9782714444714
Sorti le : 04/09/2008
Des immeubles crasseux du Lower East Side à la mythique Telegraph Road, la virée transcontinentale d'une exilée russe dans l'Amérique des années vingt. Foisonnant, inventif et drôle, un roman de l'immigration et du voyage, entre Henry Roth et La Ruée vers l'or, de Chaplin, immédiatement salué par la presse et accueilli par un public enthousiaste.
1924. Fuyant la Russie après le massacre de sa famille lors d'un pogrom, Lilian Leyb, vingt-deux ans, débarque à New York.
Elle loue un demi-matelas dans un appartement surpeuplé et pouilleux du Lower East Side, souffle un travail de couturière dans un théâtre yiddish à une file de candidates et, brûlant d'apprendre l'anglais, se récite des litanies de synonymes (petit ami : soupirant, iules, roméo), tirés du thésaurus offert par son ami Yaakov, tailleur, acteur, dramaturge - et Pygmalion.
Mais le jour où Lilian découvre que sa fille, Sophie, serait encore en vie quelque part en Sibérie, elle n'a plus qu'une obsession : la retrouver. Elle part, une carte de l'Ouest américain cousue dans son manteau, pour un périple qui commence dans un réduit du train express de Chicago. Et le conte traditionnel de l'immigrant va se métamorphoser en aventure d'exil, des bas-fonds du Jazz District de Seattle jusqu'au sauvage Alaska et au Yukon des trappeurs...
Auteur de plusieurs recueils de nouvelles, Amy Bloom contribue régulièrement au New Yorker, au New York Times Magazine, à l'Atlantic Monthly, à Vogue, et enseigne à Yale. Ailleurs, plus loin est son premier roman traduit en français.
Traduit de l'américain par Michèle Lévy-Bram.
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Poussée au loin, telle une plume d'or
C'EST TOUJOURS LA MÊME HISTOIRE : les gens dans le pétrin font les meilleures troupes.
Elles sont cent cinquante à se presser sur le trottoir du Goldfaden Theater.
La queue qui s'étire jusqu'au coin de la rue évoque un Ellis Island exclusivement féminin à Lillian Leyb, qui a passé ses trente-cinq premiers jours en Amérique à découdre suffisamment de points de bâti sur des fleurs en soie bleue pour avoir les mains indigo. Il y a des filles américanisées qui mâchent du chewing-gum en faisant claquer leurs talons hauts sur les pavés usés, et il y a celles, fraîchement débarquées, qui portent le châle brun à franges sur leurs cheveux tressés. Cette rue ressemble à s'y méprendre, en mille fois plus peuplée, au bourg de Lillian un jour de marché. Un gamin pince une harpe ; un accordéoniste est accompagné d'une horrible petite bête à la fourrure mitée ; une marchande de balais en crin les porte dans une hotte d'osier, ce qui lui fait derrière la tête un éventail géant ; un Noir en costume rose, demi-guêtres assorties et souliers sombres, chante tandis que des femmes lasses, semblables aux ménagères de Turov, sourient à la chanson, ou au chanteur. Certaines, munies de cierges magiques rouges, esquissent un pas de danse en se tenant par la taille tandis qu'une grande fille aux nattes brunes joue du tambourin. D'autres, d'aspect plus anglo-saxon, se font cuire des pommes de terre sur un feu qu'elles ont allumé dans un coin. Deux femmes plus âgées, au teint pâle et aux yeux sombres, traînent des enfants pâles aux yeux sombres - une erreur, se dit Lillian. Elles auraient dû les confier à une voisine, ou jouer leur va-tout en les laissant chez Gallagher, le bar-restaurant local. Mais cela, c'est ce qu'on dit quand on n'a pas d'enfants. Elle les dépasse en se forçant à sourire aux petits ; ces gens puent le malheur.
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