Passion du livre - tout sur le livre : Fleuve de cendres

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Fleuve de cendres

Couverture du livre Fleuve de cendres

Auteur : Véronique Bergen

Date de saisie : 14/11/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Denoël, Paris, France

Collection : Roman français

Prix : 20.00 € / 131.19 F

ISBN : 978-2-207-26072-2

GENCOD : 9782207260722

Sorti le : 25/08/2008


  • La présentation de l'éditeur

Obsédée par les fêlures de son amante, une femme se perd dans de singulières joutes passionnelles sur fond d'océan... Comment endurer les cinglantes lignes de fuite de Chloé, amazone à la troublante armure ? Comment déchiffrer les langues intimes de son journal, vertigineuse tour de Babel intérieure dans laquelle cette dernière s'est enfermée à double tour ? Comment surtout découvrir le code secret à même de pénétrer les mystérieux écrits d'Ossip, son grand-oncle survivant des camps qui vient de se jeter dans la mer ? Au fil des jours se précise un tragique roman familial : la disparition des siens durant l'orgie de sang de la Seconde Guerre mondiale, l'interminable silence du dieu des Étoiles jaunes...
D'une écriture visionnaire, Véronique Bergen conjugue les mille énigmes d'une passion à une hallucinatoire traversée des pulsions barbares du XXe siècle. Creusant les méandres d'un inépuisable panthéisme amoureux, elle nous happe dans la flamboyante folie de la guerre.

Née et résidant à Bruxelles, Véronique Bergen est philosophe de formation et a publié plusieurs recueils de poèmes, des essais et des romans dont, récemment, Kaspar Hauser ou la phrase préférée du vent (Denoël, 2006, prix Félix Denayer de l'Académie de langue et de littérature françaises de Belgique, prix triennal de la Ville de Tournai).





  • La revue de presse Jean-Claude Lebrun - L'Humanité du 13 novembre 2008

La Bruxelloise Véronique Bergen nous propose un roman-fleuve, au sens strict du terme : un texte charriant dans le déferlement de son flot un formidable bric-à-brac. On est d'abord effaré par le tumulte et les débordements continus de ce verbe. Alors face à la cataracte on s'accroche. Car on distingue, à mesure qu'on s'enfonce dans cette surcharge, quelque chose lentement prendre forme. Qui dément le soupçon de gratuité et d'auto-complaisance d'abord éprouvé. C'est que Véronique Bergen a pris le risque de se tenir sur cette crête périlleuse, d'où il est possible à tout instant de basculer de l'extrême littéraire le plus audacieux dans le pseudo-littéraire le plus déplaisant...
Le texte circule ainsi dans le temps et l'espace. Chemine également parmi une foule de grandes oeuvres de la littérature, de la peinture et de la musique, selon un vaste système de résonances. S'aventure, en dehors du français, dans l'allemand et le yiddisch. En arrière-plan, c'est en effet la tour de Babel qui se dresse, ce désir humain finalement empêché par Dieu d'atteindre le ciel en parlant une seule langue. Du coup, l'on saisit la nécessité de cette orgie de mots tout du long : la langue entièrement requise pour n'oublier aucune miette de réalité. Simplement, pourrait-on dire. Et avec une force assurément peu commune.


  • La revue de presse Xavier Houssin - Le Monde du 5 septembre 2008

Il faut se laisser prendre à la verticale du ciel. Dans ces nuits qu'on dit noires quand la lune est absente et que brillent les étoiles sans rien qui les éclipse. Désigner, choisir, nommer et reconnaître. Cette myriade de points, écrit un dictionnaire de constellations. Fait une mélodie de croches et de silences. Une mathématique d'abstraites équations. Pas d'autre trace tangible que ces clous d'infini...
L'histoire se réécrit dans le vestige des mots. Le quatrième roman de Véronique Bergen en est le troublant exercice. Fleuve de cendres, qui commence dans le battement d'une passion amoureuse envahie d'énigmes et de ravissements, s'enfonce peu à peu dans des territoires sombres. La narratrice fait la découverte des mondes souterrains qui minent son amante...
Le ciel est noir de l'encre que l'on arrache aux pages", dit-elle dans Fleuve de cendres. Il y a chez Véronique Bergen un lyrisme étonnant, qui jamais n'altère la pureté de la voix, la justesse de ton.



  • Les premières lignes

Chloé sur fond d'océan

Des épées d'argent cinglaient le corps turquoise qui, habile à engloutir la lune au fond de ses abysses, ne livrait aucun récit stable, reine sans roi à l'immense traînée d'écume que fendaient des cormorans. Ce n'est qu'en des occasions exceptionnelles que la mer expérimentait des postures à la pointe de la plus extrême séduction, minaudant comme une chatte allume la nuit de ses désirs. Elle offrait sa nudité à nos regards borgnes, se cambrait, se dévêtait de ses derniers bijoux de sel. On ne savait quelles orgies se perpétraient dans ses bas-fonds mais on devinait qu'elle ne louvoyait pas avec l'amour, qu'elle montait vers la fête des sens, caressant des corps pétris de légendes et de vitesse. Seule, elle se levait avant que ne se lève le ballet des choses.
C'est durant ces jours de liesse que je la préférais, ne me lassant jamais d'ausculter ses déferlements de prêtresse. Je venais souvent seule, plus rarement avec Chloé, contempler ses sortilèges qui aiguisaient les miens. Sur le sable, la mer écrivait des poèmes aux rimes ascendantes ; ne sacrifiant pas à la mode du cynisme brutal et des extases programmées, elle polissait les mots avant de les déposer sur la bouche de l'élu ou de l'élue. J'avais toujours pensé que son insolente beauté la rendait fragile; j'avais peur qu'un chevalier ne la blessât. J'admirais sa sauvagerie, sa radicalité sans faille et recueillais au creux de mes paumes les murmures que ses chants laissaient en leur sillage. Je tanguais dans ses houles érotiques ; je caracolais dans ses vagues qui expiraient avant de renaître plus hautes ; je ne voyais plus qu'elle, la mer souple et sensuelle, qui s'ébattait à l'extrémité du présent. Je n'ignorais guère que Chloé jalousait mes rendez-vous avec cette soeur en passion.
Lorsque Chloé m'accompagnait, nous nous installions sur un promontoire rocheux en forme d'aigle et de la couleur d'un champ de blé en automne. Serrées l'une contre l'autre, nous nous laissions hypnotiser par la chorégraphie de ce corps d'eau aux visages de feu, de terre et de ciel. La respiration de Chloé était celle de la mer. Dans ses yeux se disputaient une gourmandise illimitée et un mouvement de dérobade. C'est au carrefour de Chloé avide et de Chloé en fugue que je résidais, perdant tout contact avec la terre.


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