Auteur : Lucia Bergamasco
Date de saisie : 16/07/2008
Genre : Sciences humaines et sociales
Editeur : Presses universitaires de Vincennes, Saint-Denis, France | XYZ ÉDITEUR, Montréal, Canada
Collection : Temps et espaces
Prix : 23.00 € / 150.87 F
ISBN : 978-2-84292-216-0
GENCOD : 9782842922160
Sorti le : 19/06/2008
L'amitié aux accents passionnés que scellèrent Esther Edwards Burr et Sarah Prince par leur échange épistolaire témoigne d'une spiritualité rigoureuse assortie de la vivacité intellectuelle propre aux Lumières. Car, tout en dictant le renoncement au monde et aux créatures, l'évangélisme n'imposait pas de renoncer aux plaisirs de l'esprit. Il en résultait, au sein de l'élite cléricale, un éclectisme intellectuel ouvert sur le monde des lettres, la philosophie des sentiments et les pratiques de sociabilité en vogue en Grande-Bretagne. Lien spirituel et pur par excellence, l'amitié est ainsi vécue comme le seul lien affectif échappant à l'impératif du Contemptus Mundi.
Lucia Bergamasco est Professeur d'histoire et civilisation américaine à l'Université d'Orléans. La culture protestante anglo-américaine aux XVIIe et XVIIIe siècles est son principal champ de recherche. Elle a co-édité un numéro des Cahiers Charles V, sur L'Amérique : des Colonies aux Républiques, ainsi qu'un livre, Archive épistolaire et histoire, aux Éditions Connaissances et Savoirs.
Il y a longtemps déjà, j'entreprenais de présenter l'histoire de l'amitié entre Esther Edwards Burr et Sarah Prince Gill, jeunes femmes de la Nouvelle-Angleterre du milieu du XVIIIe siècle. Filles d'éminents pasteurs, Jonathan Edwards et Thomas Prince, engagés dans les réveils évangéliques qui surgissent dans cette période, elles témoignent d'une expérience humaine, spirituelle et intellectuelle aux aspects contrastés qui me semblaient mériter l'attention du public.
Toile de fond de cette étude, la société coloniale en milieu urbain, prise dans l'évolution socio-économique, culturelle et politique qui caractérise la première moitié du XVIIIe siècle américain. Participant du raffinement et de l'anglicisation des goûts de cette époque, les élites religieuses coloniales évoluent dans un climat cosmopolite et composite, marqué tout à la fois par les Lumières et la passion religieuse. C'est aussi dans cette période que le clergé américain, de toute tendance, manifeste le patriotisme - inspiré des Whigs radicaux anglais - qui vingt ans plus tard, les conduisit à prôner l'indépendance des colonies.
Esther Edwards Burr et Sarah Prince Gill adhéraient profondément au mouvement de renouveau religieux dans lequel leurs pères étaient engagés, elles étaient des évangéliques à part entière. Un lien particulier d'amitié les lia ; en vertu de ce lien, elles échangèrent une correspondance sous forme de journaux. Seules les lettres journalières d'Esther Edwards Burr nous sont parvenues ; de Sarah Prince il ne nous reste que son journal spirituel et des Devout Meditations publiées après sa mort.
Le journal d'Esther Edwards Burr, d'une richesse extraordinaire, invite à l'exploration des divers aspects concrets de sa vie et de sa relation avec Sarah Prince. Cependant, c'est l'expérience subjective de l'évangélisme, religion strictement calviniste, mais imprégnée de sentimentalisme et d'espoir millénariste, qui constitue le fil conducteur de cette enquête. L'expérience de Sarah Prince et d'Esther Burr offre en effet un éclairage sur les femmes évangéliques de leur temps, avec lesquelles elles partageaient croyances, espoirs, et pratiques dévotionnelles. En fait, en tant qu'issues d'une élite sociale, religieuse et intellectuelle, elles portent avant tout le témoignage du vécu des femmes de leur milieu : on chercherait en vain pareil témoignage dans les écrits des évangéliques d'origine populaire. Elles nous livrent aussi un précieux témoignage féminin sur la coexistence, mieux, l'harmonisation d'une spiritualité exigeante avec l'activité intellectuelle - caractéristique majeure du milieu clérical de la Nouvelle-Angleterre de l'époque.
Les sources sont de nature hétérogène : le journal d'Esther Edwards Burr, bien qu'émaillé de références religieuses, relève de l'épistolarité journalière en vogue à l'époque, alors que les textes de Sarah Prince appartiennent au genre codé des écrits spirituels. Tandis que le journal d'Esther est très explicite sur tout ce qui concerne le quotidien, les écrits de Sarah ne laissent guère transparaître la réalité ; en revanche, une fois les formules déchiffrées, on peut entrevoir certains traits de sa personnalité et sa quête spirituelle avec ses contradictions et ses conflits.
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