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Penser le temps...

Couverture du livre Penser le temps...

Auteur : Jacqueline Lorenz | Christiane Villain Gandossi

Date de saisie : 14/07/2008

Genre : Sciences humaines et sociales

Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France

Collection : Orientations et méthodes, n° 11

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-7355-0649-1

GENCOD : 9782735506491

Sorti le : 19/06/2008


  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction de Christiane Villain-Gandossi et Jacqueline Lorenz :

Le temps. En prendre la mesure dans le mouvement des planètes ou dans les battements des atomes de césium a été tenté. Cependant, même enfermé dans nos montres et nos horloges atomiques, même mesuré au plus juste, le mystère de sa vraie nature reste entier.
Le temps ne peut se penser du dehors, mais non plus se comprendre du dedans. Tout dépend évidemment du «sens» donné au mot. Ce mot permet de dire tout à la fois le changement, l'évolution, la continuité, la répétition, le devenir, l'usure, le vieillissement. Cette confusion vient de ce que nous attribuons au temps les propriétés de tous les processus dont il permet le déploiement. La question est finalement : quelles sont les propriétés essentielles du temps, celles qu'il a en propre ? Cette apparente collusion entre temps et phénomènes temporels tend un piège à l'entendement. Etienne Klein cite l'article de ['Encyclopédie de Diderot et d'Alembert consacré au temps :

«Le temps est un être abstrait, qui n'est point par conséquent susceptible des propriétés que l'imagination lui attribue».
«Le temps n'est ni de la matière que l'on peut toucher, ni de l'espace que l'on peut parcourir, ni des ondes que l'on peut enregistrer, ni de l'énergie ou de la chaleur que l'on peut ressentir. Il n'est directement perceptible par aucun de nos sens et pourtant il a une réalité. Il représente une valeur objective puisqu'il se mesure. Et pourtant il nous arrive de l'interpréter comme une valeur subjective.»

Le temps abordé comme un multiconcept

La diversité dans les saisies conceptuelles relatives au temps est extrême, alors que l'accord est assez général sur l'unité et l'identité de la réalité qui est pointée. Le temps garde une unicité terminologique qui rend difficile la consultation du terme actuel dans un thésaurus contemporain. Le temps est à ce stade une connaissance intuitive et assez imprécise, il s'agit bien d'une «notion», au sens de conscience en partie innée, en partie acquise, de réalités éprouvées comme la durée d'une vie, l'alternance du jour ou de la nuit, etc. Les lexicographes parlent d'un milieu «indéfini» où se succèdent des événements indépendants les uns des autres dans le cadre de l'univers. Mais cette idée du temps ne se réduit pas à la seule notion fondamentale : il s'agit aussi d'un concept, c'est-à-dire d'un objet de la pensée correspondant à une règle lui attribuant une valeur générale. On le voit, il y a dualité dans l'idée de temps, non du fait de la différence des objets concernés, mais du fait de la nature même de l'idée qu'on en a. Pour l''Homo erectus (l'homme animal, l'homme physique que nous sommes encore), l'idée de temps correspond bien à des événements et à des phénomènes, c'est-à-dire à des choses concrètes, sensiblement éprouvées ; pour (Homo sapiens, l'homme que caractérise son aptitude mentale (le primate évolué, l'homme psychique qui allie la parole au geste], l'idée de temps est, outre cela, celle de spéculations de l'esprit sur lesquelles il fonde son explication rationnelle du monde. Il en est ainsi, depuis les découvertes d'Einstein du concept espace-temps, ce milieu à la fois fictif et réel dont les quatre dimensions ou variables sont nécessaires à la compréhension totale d'un phénomène.


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