Auteur : Bernard Andrieu
Date de saisie : 12/07/2008
Genre : Sciences et Technologies
Editeur : Presses universitaires de Nancy, Nancy, France
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-86480-951-7
GENCOD : 9782864809517
Sorti le : 11/06/2008
La technique n'est plus extérieure à notre corps mais constitue les modes d'action de notre vie quotidienne. Ces hybridations sont visibles sur et dans nos corps : implants, OGM, prothèses, cyborgs, transgeneses, cellules souches, clonages, moteurs, produits chimiques, pollutions...
Mais cette peur des hybrides, de la contamination et de l'étranger trouble les repères, les relations et les modes d'action. Face à ce moralisme technophobe, l'hybridation définit une écologie de l'interaction, de l'altération et de la mobilité.
Devenir hybride est notre nouvelle possibilité de l'existence corporelle par le mélange actuel des genres, des sexes, des cultures et des corps. De la génétique à l'informatique, des nanotechnologies à la cyberpsychologie, les sciences du XXIe siècle ouvrent une réflexion nouvelle sur notre identité et sur les modes de sociabilité
Bernard Andrieu, Professeur en Epistémologie du corps et des pratiques corporelles à la Faculté du Sport/UHP Nancy Université, chercheur au LHSP/UMR 7117 et au GDR 2322 CNRS.
Extrait de l'introduction :
A mon fils, Louis
Pour Gilles Deleuze et Félix Guattari.
«Or sachez très véritablement que les hommes de cette île ont tous une tête de chien, et dents et yeux comme chiens ; et vous n'en devez douter, car je vous dis en bref qu'ils sont du tout semblables à la tête de grands chien mâtins»
Marco Polo, Le Livre des Merveilles, CLXXV
Il faudrait dire adieu au corps ! Une thèse technophobe se développe aujourd'hui, en de multiples lieux, en raison de ce qui serait un développement post-humaniste des sciences et des techniques. Celui-ci conduirait à un abandon du corps qui deviendrait, selon l'interprétation de la formule de Stelarc, «obsolète». Le développement des biotechnologies conduirait à une dématérialisation du corps. Les technosciences seraient la poursuite et la confirmation du corps vécu «comme accessoire de la personne, artefact de la présence». Détaché du soi, le corps est souvent considéré par la technoscience comme «un brouillon à rectifier» par les techniques de sélection, d'eugénisme, de tri et de biodesign.
Pourtant face aux défaillances et aux dysfonctionnements de notre corps vieillissant et malade, nous incorporons dans et sur notre corps des objets, des techniques et des habitus qui modifient notre schéma corporel, notre image corporelle et notre vécu corporel. Ces compensations deviennent des modifications intégrées dans nos modes d'existence, d'action et de relation au monde, aux autres et à nous mêmes.
La technique n'est plus seulement à comprendre comme une extériorisation du geste dans le monde, mais aussi comme une internalisation du monde dans le corps. Plus que des techniques du corps, cette hybridation du corps le recompose en un mélange de fonctions induites par des techniques, outils, prothèses implants... et les compensations motrices, perspectives et relationnelles de notre corps. L'hybridation peut remédier à un manque en le compensant, mais surtout en modifiant, par la plasticité adaptative du corps, nos schèmes de perception et d'action. L'hybridation implique désormais un monitoring permanent renforçant à la fois le bio-pouvoir et l'autosanté selon le point de vue politique.
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