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De loin, on dirait une île

Couverture du livre De loin, on dirait une île

Auteur : Eric Holder

Date de saisie : 20/11/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 16.00 € / 104.95 F

ISBN : 978-2-84263-160-4

GENCOD : 9782842631604

Sorti le : 10/09/2008


  • La présentation de l'éditeur

On s'en doutait depuis ses débuts comme coursier {Nouvelles du Nord), mais la chose, là, devient claire : Eric Holder est un héros de western. Manière d'éperonner amoureusement les paysages, de humer la tension d'un village en s'invitant dans ses bars, d'en capter le charme par la voix des femmes, le regard des hommes, de dénicher au repli d'une dune, au recès d'un abribus des figures hors norme, des communautés étranges, de surfer sur la violence d'un lieu, la captant, la déjouant. Sa petite caravane familiale a décidé de se poser en Médoc, à la pointe de la Gascogne, entre Gironde et Atlantique, et tout dès lors de s'organiser selon : aérer le jardin à la faux, mener le fils à l'école, apprivoiser les comptoirs, prendre les natifs au rets d'amitiés vraies, orchestrer les jeux des chats, jouer les paratonnerres souriants (notre homme, parmi d'autres activités, est un grand friseur d'incidents). Holder nous conte les aléas de son implantation pionnière par scènes rapides, à la foulée brève, nourries de dialogues taillés juste. Mais le Médoc est une terre rongée par la mer, placée face à la voracité tranquille de l'océan : le geste des Holder y gagne alors une gravité sourde qui donne au récit un caractère d'éternelle fin d'été. La mort est en terrasse et ne semble sommeiller. Profitons-en.

Eric Holder est né en 1960, à Lille. Après avoir passé son enfance en Provence et exercé divers petits métiers, il s'installe un temps à Paris, puis dans un hameau de la Brie et désormais en Médoc.





  • La revue de presse Marianne Payot - L'Express du 20 novembre 2008

Au fil de ses flâneries surgissent «en vrai» les personnages de ses romans, ces seconds rôles «que nous croisons sans réduire l'allure» : Ilona la serveuse, Pierrot le colosse en bronze, Alicia du rayon charcuterie, Tilde la tenancière maternelle, Monsieur R. le jardinier helléniste... On entend leur langue, mâtinée de gascon et de bordeluche, on effleure leurs existences, on devine leurs fêlures... et on savoure le style, tout en délicatesse et en humour, de l'auteur, véritable poète de la vie quotidienne.


  • La revue de presse Jérôme Garcin - Le Nouvel Observateur du 18 septembre 2008

En passant du 77 au 33, il a gagné au change, et sa littérature, douce comme de la soie naturelle, n'a rien perdu. Au contraire. Elle revit sous un climat plus clément, musarde sur des sentiers plus délicats et semble grisée par le voisinage des vignobles de Margaux, Saint-Julien et Saint-Estèphe...
Il apprend des mots nouveaux, «carassons», «belou», «calamèque», «revès», «esclops», «mahoun». Il s'initie à la poésie véhémente de Bernard Manciet et assiste à son «enterrament». Et il va pêcher des tellines (petits bivalves) là où nul être humain semble n'être jamais allé, où la mer rejoint le ciel, où les mots semblent être empruntés au paysage édénique. Il est heureux. C'est contagieux. Merci beaucoup.


  • La revue de presse Didier Pourquery - Libération du 11 septembre 2008

Il existe plusieurs Eric Holder, au moins deux, que l'on voit vivre dans son dernier livre, De loin on dirait une île. Le Holder à musette et le Holder à moto. Le Holder à musette aime se promener dans la campagne, chantourner des phrases sur la nature et peindre sa vie comme un paradis post-baba. Le Holder à moto, avec son blouson de cuir, aime prendre des risques, se met en scène dans des situations embarrassantes et fait sentir qu'il pourrait être quelqu'un d'autre qu'un «écrivain sensible» qui écrit de «jolis livres»...
On attend maintenant le Holder à moto, destroy plein pot, mettant sa peau sur la table sans se donner le beau rôle. Authentique, vraiment. Avec son dernier récit, on sent que ça vient. C'est une bonne nouvelle.


  • La revue de presse Jean-Claude Raspiengeas - Télérama du 10 septembre 2008

Comme à chaque rentrée, le milieu littéraire et le petit monde des critiques s'empoignent autour de quelques noms qui tiennent le haut du pavé parisien. Et puis sous l'écume de cette marée, soudain la lame de fond d'un écrivain discret dont le courant nous emporte ailleurs...
Les seconds rôles qui peuplent ses romans, il les retrouve dans ce Médoc retranché. Il les croise en vrai et s'accroche à eux, ravi de l'aubaine : Jean, le mécanicien auto ; Françoise, la fermière misanthrope, et surtout Tilde qui tient le café de l'Armistice et «compte une soixantaine d'enfants» autour du zinc. Éric Holder décrit le privilège de se sentir aimé par elle, la consolante de ce finistère. On sort de ce livre en état de bonheur, comme en lévitation au-dessus de la gravité de l'existence. Envoûté par la douceur, le charme feutré du style, l'infinie délicatesse et le regard poétique que porte Éric Holder sur le monde qui le cerne.



  • Les premières lignes

C'était en février, le mois le plus court, le plus dur. La route qui relie La Ferté-Gaucher à Montmirail, Marne, était givrée au passage des forêts. Un soleil boréal allumait des plaques de neige pelées au-dessus des pâtis désertés par les vaches, remisées à l'étable.
D. rêvait depuis un long moment, assise à côté de moi dans la voiture. Les yeux gris-bleu des femmes qui lisent beaucoup prirent une teinte marine.
- J'aurais le sentiment de rater mon existence si je n'habitais pas près de l'océan, dit-elle brusquement. Et je n'aimerais pas attendre d'être à la retraite...
D. est la femme de ma vie. J'ai vécu en sa compagnie tous les âges, depuis celui de dix-sept ans. Ce n'est pas pareil à vingt-neuf, ni à quarante-sept. C'est meilleur, supérieur. À présent, il paraît que nous nous ressemblons.
J'entendais pour la première fois sortir de sa bouche l'ombre d'un regret. Elle formait une tache noire qui irait, je le savais, en s'élargissant. Fermant la trappe sur cette vision d'encre renversée, je nous donnai deux ans pour déménager.


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