Auteur : Jérôme Leroy
Date de saisie : 08/11/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Mille et une nuits, Paris, France
Collection : Littérature semi-poche
Prix : 17.00 € / 111.51 F
ISBN : 978-2-7555-0009-7
GENCOD : 9782755500097
Sorti le : 27/08/2008
Il était vingt-trois heures quand Kléber et Sarah, qui venaient de se rencontrer, décidèrent de passer la nuit dans le fort d'Ambleteuse.
À cette heure-là, une bombe sale explosait à San Francisco.
À cette heure-là, un médecin du centre des maladies contagieuses d'Atlanta se suicidait en s'ouvrant les veines à l'aide d'un scalpel : il venait d'observer dans son microscope la dernière mutation du virus de la fièvre hémorragique de Marburg.
À cette heure-là, trois enfants entre neuf et treize ans, l'un à Rio, l'autre à Malmö, le dernier à Shanghai, étaient parvenus au niveau ultime de Dark Hostel. Ils étaient les premiers à réussir cet exploit sur ce jeu virtuel haut de gamme.
À cette heure-là, en France, les Forces spéciales, nouvellement créées sous l'égide secrète de l'Elysée et de quelques grandes entreprises privées, recevaient leur baptême du feu dans les quartiers nord de Marseille.
À cette heure-là, Kléber soupçonnait qu'il vivait le premier instant de la fin du monde. Désormais, sa ligne politique serait : «Encore une minute, monsieur le bourreau !» Pour vivre une dernière histoire d'amour, belle et cruelle, avec Sarah, pour fredonner les chansons du monde d'avant, pour déguster un dernier verre de cheverny, pour une dernière conversation avec la Kolkhozienne aux seins nus, pour contempler le ciel étoile et la mer avant l'ultime échappée dans l'apocalypse totale...
Né en 1964, Jérôme Leroy est romancier. Il est notamment l'auteur d'Une si douce apocalypse (Les Belles Lettres, 1999), Le Déclenchement muet des opérations cannibales (Équateurs, 2006), Rêves de cristal (Mille et une nuits, 2006) et de Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine (Mille et une nuits, 2007).
La Minute prescrite pour l'assaut, qui vient d'un poème d'amour d'Apollinaire, évoque la grenade tout juste dégoupillée. L'auteur écrit aux frontières entre polar et anticipation, sur le bord du précipice, et il a concentré ici toutes les turpitudes de notre société. L'insupportable compte à rebours a commencé...
Ses héros vivent dans la nostalgie des années 60, dernier âge de tous les possibles disparu à jamais comme l'Atlantide. Se jouent les derniers feux des relations humaines, tandis que le «monde d'avant» vacille inexorablement.
Ainsi va ce roman étonnant et passionnant, avec ses personnages précipités dans de violentes aventures qui, forcément, finiront mal, ses rebondissements inattendus ses trouvailles aussi cocasses que logiques, sa lieutenante de gendarmerie plus excitante qu'une fille du Crazy Horse et qui tire divinement bien au Mac 50, qualité appréciable en cette période tumultueuse, ce livre qui nous fait entendre les grandes orgues de la prochaine fin du monde sans jamais étouffer la délicieuse petite musique d'un humour royal assez rare, il faut le dire, parmi les membres de l'actuel PCF. Précipitez-vous sur «La Minute prescrite pour l'assaut» : contrairement à Amy Winehouse, Jérôme Leroy ne laissera aucun lecteur en plan.
Kléber rencontra Sarah peu de temps avant la fin du monde.
C'était pendant une soirée, à Lille. Enfin, ce qu'on appelait soirée, en ces temps terminaux, où le nom des choses persistait, alors que la chose elle-même avait depuis longtemps disparu. Ainsi en allait-il pour des domaines aussi différents que le sexe, la politique, le roman et, en l'occurrence, les soirées. Chacun faisait comme si tout continuait normalement, alors que tout allait s'arrêter, et pour de bon.
Celle-ci, de soirée, était organisée par une charmante mutante de vingt-cinq ans, fraîchement émoulue d'un IUFM où on lui avait appris, sous le nom de pédagogie et de didactique, comment perdre tout sens critique et, par la même occasion, comment faire perdre tout reste de culture à des enfants eux-mêmes mutants, puisqu'ils pouvaient passer plus de huit heures par jour devant des écrans afin de mieux communiquer avec leur voisin de la rue d'à côté.
On se trouvait dans un appartement du vieux Lille, minuscule et joli, un appartement que quitterait la mutante dans quelques années, le temps pour elle de se mettre en ménage avec un autre professeur (hypothèse basse) ou un chirurgien dentiste (hypothèse haute) et d'aller vivre dans un glacis pavillonnaire, plus ou moins luxueux, plus ou moins sécurisé, où elle s'ennuierait et rejouerait l'éternelle comédie de Madame Bovary, trompant son mari avec un autre professeur, un autre chirurgien dentiste, voire avec l'adjoint au maire socialiste. Cet appartement du vieux Lille, il arriverait à la charmante mutante de le regretter, après une étreinte moyennement réussie avec l'édile social libéral, comme la part la plus romanesque de sa jeunesse. Enfin, ça se passerait comme ça si le monde continuait sur cette pente, et rien, pour qui suivait un tant soit peu l'actualité, ne pouvait laisser croire qu'il en irait autrement.
Kléber se resservit du mauvais vin, un saint-émilion parkerisé jusqu'à la moelle, apporté par l'un des convives, sûrement le professeur de sciences et vie de la Terre qui se targuait de connaissances oenologiques parce qu'il avait un beau-frère dans la banlieue de Bordeaux.
- Tout se passe bien, Kléber ? demanda la charmante mutante qui répondait au prénom de Fleur, comme si la génération de ses parents, non contents d'avoir consommé au point d'en détruire la planète, avaient trouvé de surcroît très drôle d'attribuer à leurs rejetons des prénoms ridicules, qui ne renvoyaient à rien.
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