Auteur : Eugène Green
Date de saisie : 19/09/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Actes Sud, Arles, France
Collection : Domaine français
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7427-7688-7
GENCOD : 9782742776887
Sorti le : 20/08/2008
LE POINT DE VUE DES ÉDITEURS
Le jour où, récalcitrant, Jérôme Lafargue, tranquille professeur de littérature à la Sorbonne, accepte de rencontrer Johann Launer, il écrit dans son journal : "Un rendez-vous catastrophique ce matin avec un Allemand inconnu. Ce n'est pas un fou, mais un homme profondément malheureux, car il pense avoir découvert qu'il est un autre, dont il ne sait même pas le nom." De fait, c'est le mystère de sa propre identité que Launer espère dénouer en convainquant l'universitaire parisien de fouiller pour lui ses souvenirs délavés : est-il seulement le fils de son père ?
A Munich, en 1968, fuyant les arrière-goûts rééducatifs de Mai, Jérôme Lafargue a en effet brièvement approché un certain Wenzel Launer, Allemand de Bohême, guerre épineuse sous la botte nazie, famille en ruine. Touché par la démarche inquiète et pleine d'espoirs du fils de cet homme qui s'était montré si bon envers lui, Lafargue entreprend sur ces quelques jours de sa vie, marqués par la rencontre de celle qui est toujours sa femme, un véritable travail archéologique.
Sous couvert d'exploration d'une mémoire en sommeil, La Reconstruction devient peu à peu la chronique d'une réinvention de l'être et du temps - où la réalité trouve sa vérité dans la fiction.
Et, au-delà du voyage intérieur, se dégage alors une réflexion engagée sur la filiation, les énigmes de la foi, les intrications du bien et du mal, et la nature de l'identité européenne.
D'Eugène Green, metteur en scène et cinéaste, on connaît le travail sur le théâtre et la parole baroque, ainsi que le cinéma singulier : Toutes les nuits (2001, prix Louis-Delluc du premier film), Le Monde vivant (2003), Le Pont des Arts (2004). La Reconstruction est son premier roman.
Le héros de ce premier roman est un professeur de littérature continentale à la Sorbonne, dont les collègues sont avides de l'air du temps...
Une riche intrigue, à travers les pays et les générations, sous-tend le roman en lui donnant une tension pas tant psychologique que narrative. Il se passe tout le temps quelque chose, car le texte est organisé de telle manière que chaque interprétation apparaît comme un événement.
Les spectateurs des années 1970-1980 qui ont vu les mises en scène théâtrales d'Eugène Green gardent le souvenir de son purisme acharné. Les cinéphiles des années 1990-2000 qui ont vu ses films rient encore sous cape de tant d'humour bressonien. Il y a fort à parier que les lecteurs qui se plongeront aujourd'hui dans son premier roman (que tout appelle à ne pas rester confidentiel) en goûteront la gravité frivole et se nourriront de sa densité élévatrice...
Jérôme souffre atrocement de la disparition de la notion de beauté dans la vie de tous les jours, et s'interroge, désespéré : «Sans le mouvement de l'esprit, comment peuvent éclore les roses du monde ? Et sans le vent qui souffle, le poème est-il autre chose que des fleurs fanées, abolies, sur un meuble poussiéreux ?» Par ce livre enchanté, Eugène Green offre une réponse plus que rassurante sur la persistance de la beauté dans notre monde.
L'homme sort de la gare du rer et traverse la large artère grouillant de voitures, de gens, et de commerces exotiques. Il emprunte une rue perpendiculaire, qui impose brusquement son calme, et sa façade de petits immeubles collés les uns aux autres. L'homme, qui porte un imperméable clair, et qui doit avoir dans les cinquante ans, ne regarde pas les immeubles, pas plus qu'il ne regardait les commerces ou les voitures. Ses yeux restent ouverts sur le trottoir qui s'étend devant lui. Mais il semble voir autre chose.
Il traverse maintenant un quartier de petits pavillons, chacun précédé d'un minuscule jardin. S'arrêtant devant une de ces maisons, il pousse le portillon, monte les quelques marches, et sonne. Une très vieille femme ouvre, et le fait entrer.
- Bonjour maman, lui dit-il.
- Bonjour, Jérôme.
Il l'embrasse sur chaque joue, puis elle referme la porte. Alors mère et fils s'avancent un peu dans le couloir, et elle lui dit, presque à voix basse :
- Il est dans le salon.
- Comment va-t-il ?
- Il sera content de te voir.
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