Auteur : Sylvie Jeanne Bretaud
Date de saisie : 04/07/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : les 2 encres, Cholet, France
Collection : Histoires d'encres
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-35168-084-1
GENCOD : 9782351680841
Sorti le : 23/06/2008
La vie est un flux permanent de petits événements, de moments qui, mis bout à bout, nourrissent notre expérience et construisent notre histoire Ce recueil de nouvelles, mélange de confidences et de magie, est une chronique de la philosophie ordinaire de dix personnages simples pétillants, animés de sentiments très humains où peuvent se mêler amour, jalousie, intolérance, parfois même vénalité, mais jamais haine, ni indifférence.
Au fil des pages, l'auteur assemble avec finesse et imagination des parcelles de l'intimité de Lola, Camille, Bastien, Emilie, Opale, Nicolas, Coraline, Catherine, Rose et Hyppolite, des êtres attachants et bavards, qui confient une multitude de détails sur leur vie passée ou présente, une foule de petits faits succincts, drôles ou douloureux, tendres ou touchants... Bon voyage dans la magie de tous les jours...
Sylvie Jeanne BRETAUD est née en 1953 dans un village sarthois. Après avoir vécu dans quatorze régions, s'être enrichie d'expériences diverses, elle décide dans les années 80 de vivre sur l'eau et s'installe avec son compagnon et ses enfants sur une péniche dans la région d'Angers. Elle puise dans la rivière son inspiration, tentant de percer les humeurs humaines, jaugeant les coeurs et écoutant ce que lui murmure le vent... Les hommes et les femmes : une prairie qui s'étale devant elle, telle une émeraude, un fabuleux trésor où elle cueille chuchotements et confidences...
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Un drôle de bonhomme
Il faisait un froid de canard ce dimanche de décembre et j'étais assise sur le quai à répandre toutes les larmes de mon corps dans le port de La Rochelle. Je n'entendais rien, ni le cri des mouettes se disputant un poisson, ni le bruit de la mer, encore moins celui, métallique, des drisses sur les mâts des voiliers que le vent fait bouger à longueur d'année. J'étais seule avec mon chagrin et le bruit incessant de mes pensées.
Pour la première fois de ma vie, je ne portais aucune attention à ce qui fait habituellement ma joie : le port et ses bateaux. Depuis ma plus tendre enfance, j'habite cette ville merveilleuse, à quelques rues de la «Tour de la Chaîne» et tous les matins, avant de me rendre à mon travail, je fais un détour afin de me ressourcer dans cet endroit magique. C'est ma bouffée d'oxygène.
J'étais donc toute à ma détresse, les mains sur les yeux, les coudes sur les genoux, reniflant à tout va, quand...
...une main se pose sur mon épaule et une voix d'homme, douce et mélodieuse me dit :
- Ça fait mal la vie, hein !
Je sursaute. Qu'est-ce qu'il me veut, l'importun ? Ce n'est pas le moment. Je secoue mes épaules pour qu'il retire sa main et, sans lever la tête, lui lance avec agressivité :
- Touchez pas, pas envie de parler, foutez-moi la paix.
- Saisissez l'instant et laissez le bonheur entrer dans votre coeur.
Il insiste, l'animal et là je perds patience. Mon coeur bat fort dans ma poitrine, mes mains tremblent, une décharge d'adrénaline afflue dans mes artères. Quel est cet empêcheur de tourner en rond dans mon désespoir ?
- M'en fiche ! Foutez le camp !
- L'amour est un art difficile, vous savez.
Il m'énerve, celui-ci, avec sa philosophie à deux balles. J'ai fait cinq ans de full combat et je sais me défendre. Je redresse la tête d'un seul coup et aboie :
- Qu'est-ce que vous me voulez à la fin, voyez pas que j'ai envie d'être seule ?
J'ai envie d'être seule et de mordre. Je suis en rage, prête à lui sauter à la gorge. Je le regarde avec colère, les mâchoires et les poings serrés. Il est grand, brun et mince. Ses cheveux courts sont ébouriffés. Il est vêtu d'un costume et d'une chemise en lin blanc, froissés. Les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, le visage tourné vers la mer, il parle avec douceur et ne paraît pas souffrir du froid.
- Nous pensons souvent que nous sommes sans valeur, que nous ne pouvons pas exister sans l'autre, que toute notre construction est avec lui et que sans lui on est rien.
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