Auteur : Anne de Bascher
Date de saisie : 04/07/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Des femmes-Antoinette Fouque, Paris, France
Collection : Fiction
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-7210-0586-1
GENCOD : 9782721005861
Sorti le : 19/06/2008
Situé entre la Seconde Guerre mondiale et les années 1960 en France, sur fond de saga familiale et aristocratique, Alba, correspondance h une voix est un hymne aux amitiés et aux amours féminines.
Ce roman foisonne de relations fortes et complices, de situations surprenantes, d'atmosphères houleuses et oniriques, où le bonheur côtoie le drame, et la tristesse, la liesse.
D'une plume soignée, abordant des sujets aussi variés que le monde d'un pensionnat, de la Résistance, de la musique classique, des arts, des chevaux, de la viticulture...il met principalement en scène des femmes audacieuses, douées, déterminées. Des rebelles dans l'âme, d'irrésistibles conquérantes.
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Prologue :
Vous souvenez-vous de ce jour où nous avons fait le serment de tout nous dire, sans l'ombre d'une réserve, d'une pudeur, dans l'absolue confiance que peuvent s'accorder deux amies et la certitude d'en être ni louée ni blâmée ?
Nous marchions alors dans l'une des allées du parc, celle qui traverse la châtaigneraie et conduit à l'étang. Le sous-bois exhalait des odeurs de mousse, de pin, d'écorces, de feuilles mortes. Nous entendions au loin, les cognées d'un bûcheron et vous aviez maudit l'homme d'accompagner notre marche de la mort d'un arbre. Un léger voile de neige avait fait disparaître les traces de nos dernières chevauchées et vous vous amusiez, derrière moi, à mettre vos pas dans les miens, en prenant appui sur mes épaules.
Nous allions cueillir du fragon, ou épine de rat, pour en faire des bouquets dans la grande cuisine. L'air vif rosissait vos joues, comme la fureur de me voir allumer une cigarette dans cette allée. Vous ne vous souciez pas de ma santé, non, vous me reprochiez d'offenser la nature et de faire fuir toute bête - biche, lapin, écureuil, belette - qui aurait eu la curiosité de nous approcher. Je demeurais sourde à vos reproches et me demandais en vertu de quelle alchimie curieuse deux caractères aussi distincts que les nôtres pouvaient continuer à si bien s'entendre et se vouer une affection que ni l'amitié ni l'amour n'auraient pu définir.
Le vol lourd d'un corbeau chassa mes pensées. Quelques particules de neige tombèrent de la branche d'où il s'était élancé avec un lugubre croassement, dans un ciel gris.
Notre arrivée à l'étang rompit la quiétude des sarcelles et des poules d'eau qui se réfugièrent dans un amas de roseaux desséchés. Nous prîmes le chemin des chasseurs - un raidillon broussailleux - pour atteindre les premières touffes de fragon dans le bois de chênes et de charmes qui surplombe l'eau.
En ramassant ces branches aux petites feuilles vert sombre, piquantes et plus ou moins garnies de baies rouges, vous m'avez demandé si je pourrais aimer une femme «d'un amour total». Votre question me parut si saugrenue que je crus devoir y répondre d'un rire moqueur.
Pourquoi avez-vous toujours eu ce don de me pousser dans mes retranchements et de les éclairer avant même qu'ils n'affleurent ma conscience ? Je ne sais qui vous a mise au monde, mais je vous crois volontiers fille d'Andersen et de Freud, ma fée des âmes.
Je n'ai pas honoré tout de suite notre serment. Je vous dois cette vérité. Après votre longue absence, il me fallait retisser notre lien dans une certaine trame - celle qui élève le corps et l'esprit vers un espace où les êtres peuvent se transformer en oiseaux, en étoiles, ou même, en poussière d'or.
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