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Les carnets de santé des enfants

Couverture du livre Les carnets de santé des enfants

Auteur : Catherine Rollet-Echalier

Date de saisie : 03/07/2008

Genre : Société Problèmes et services sociaux

Editeur : La Dispute, Paris, France

Collection : Corps santé société

Prix : 24.00 € / 157.43 F

ISBN : 978-2-84303-162-5

GENCOD : 9782843031625

Sorti le : 05/06/2008


  • La présentation de l'éditeur

Corps Santé Société est une collection consacrée à la façon dont les corps, la santé et la maladie sont socialement produits et gérés. Elle est dirigée par Muriel Darmon et Anne Paillet.

Qui n'a jeté un oeil sur son carnet de santé, celui qu'on donne aux parents lors de la naissance de leur enfant ? Du Dr Héroard suivant au jour le jour l'évolution physique et mentale du futur Louis XIII jusqu'à la réforme du carnet de santé de 2005, en passant par «l'invention», en 1869, du carnet par un autre médecin montpelliérain, Fonssagrives, voici l'histoire, à travers ces carnets, de l'intérêt de notre société pour la santé des enfants.
Cette histoire, racontée par Catherine Rollet, historienne et démographe, auteure de nombreux ouvrages sur les politiques étatique et médicale, mêle les personnages du médecin, de l'Etat, de la mère, du père et des enfants. Elle scrute les rapports et les contradictions, les évolutions : mémoire familiale, écriture féminine, éducation des parents, inscription des vaccinations, contrôle sanitaire, emprise grandis santé de l'Etat sur le privé, en s'appuyant sur une masse impressionnante de documents manuscrits, les carnets eux-mê­mes et la littérature produite à leur sujet, introduisant même une comparaison sur l'Europe et le monde.
Entreprise de contrôle des conduites, sans doute, mais aussi nécessaire participation des parents à la tâche des médecins, entre sphère privée et sphère publique, le carnet est l'objet d'enjeux qui rejoignent ceux des libertés individuelles : qui peut et qui doit écrire dans le carnet de santé ? Que peut-on, doit-on ou ne doit on pas écrire sur le carnet de santé ? Qui peut en prendre connaissance et pour quoi en faire ? Comment garantir le respect de la vie privée tout en cherchant à protéger la vie de l'enfant ? L'enjeu devient aigu lorsque se glissent des visées proches de l'eugénisme, notamment entre les deux guerres. L'acuité du débat sur le «dossier médical», montre bien que ces questions sont d'une grande actualité.



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  • Les premières lignes

Extrait de l'introduction :

Fonssagrives, Strauss, Rucart... sont d'illustres inconnus aujourd'hui. Et pourtant, ce sont les pères fondateurs de l'actuel carnet de santé des enfants. Ce carnet est en France un objet familier que tout le monde connaît puisque chaque nouveau-né en reçoit un au moment de sa naissance. On le conserve précieusement, on le fait mettre à jour par le médecin traitant et on le donne à son enfant lorsque celui-ci quitte le nid familial d'origine. Moins connu est le fait que ce carnet a toute une histoire déjà longue et des ancêtres prestigieux. Cette ancienneté nous fut révélée le jour où une femme née avant la Grande Guerre nous montra son propre carnet de santé : elle nous donna l'idée d'aller chercher les origines de ce petit document qui garde la trace du parcours de santé de chaque enfant jusqu'à l'âge adulte. De même que l'historien Pierre Piazza s'est attaché à reconstruire l'histoire de la carte d'identité nationale, de même, nous nous proposons, plus modestement, car l'enjeu n'est pas le même, d'explorer la genèse du carnet de santé des enfants.
L'idée de suivre au jour le jour le parcours de vie d'un enfant du point de vue de sa santé physique et morale est ancienne. Le Journal de Jean Héroard, écrit au XVIIe siècle, en fournit un exemple exceptionnel. Né à Montpellier en 1551, Héroard (1551-1628) fut le médecin de Charles IX et d'Henri III avant de devenir celui du dauphin, le futur Louis XIII (1601-1643). Il le resta jusqu'à sa mort, en 1628. Pendant vingt-sept ans, tous les jours, il tint le journal de la vie quotidienne de l'enfant dont il accompagna pas à pas la croissance. Six volumes autographes nous conservent ce témoignage sur la vie intime du premier prince du royaume, car le Journal de Héroard se veut, fondamentalement, registre d'hygiène et d'éducation. Les prescriptions à suivre pour garder la santé du dauphin entraînent la notation quotidienne des heures du lever et du coucher, de celles des repas avec leur composition détaillée et l'observation méticuleuse des fonctions physiologiques. Cette observation au jour le jour n'omet pas de mentionner les événements de la vie publique, ainsi que les gestes, mots et attitudes signifiants du prince. Le suivi de la progression du langage est tout à fait fascinant, ainsi que les remarques sur les traits de caractère émergents du jeune prince appelé au métier de roi dès le 15 mai 1610, au lendemain de l'assassinat de Henri IV. Héroard n'oublia pas de relever dans son Journal les larmes de l'enfant qui venait de perdre son père.


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