Auteur : François Ost
Date de saisie : 03/07/2008
Genre : Langues
Editeur : Michalon, Paris, France
Collection : Le bien commun
Prix : 10.00 € / 65.60 F
ISBN : 978-2-84186-458-4
GENCOD : 9782841864584
Sorti le : 19/06/2008
Furetière
Juriste de formation, abbé de son état, lexicographe par passion, Antoine Furetière, l'un des Quarante de l'Académie française, en fut honteusement expulsé en 1685 pour avoir outrepassé le monopole royal dont bénéficiait l'Académie en matière de dictionnaire. En 1690, il publia son Dictionnaire universel, dont la modernité lui valut un succès immédiat. L'enjeu de cette «querelle des dictionnaires» n'est pas mince : le choix entre la méthode puriste de l'Académie qui vise à fixer un état aristocratique de la langue, à l'image de l'ordre versaillais, l'épurant de tout néologisme, et l'approche critique et savante de Furetière qui rappelle que la langue appartient à tous, qu'elle s'enrichit avec le temps, et que la fixer c'est l'étouffer. Son combat pour le libre parcours de la langue et donc des idées reste plus que jamais d'actualité, à l'heure où menace la privatisation des informations et des connaissances.
François Ost est vice-recteur des Facultés universitaires Saint-Louis à Bruxelles et directeur de l'Académie européenne de théorie du droit. Il a publié notamment Raconter la loi (2004) aux éditions Odile Jacob.
Extrait de l'introduction :
La fin du XVIIe siècle est riche en polémiques littéraires et éditoriales. On connaît la «querelle des Anciens et des Modernes» qui divisa l'Académie française en 1687. La «querelle des dictionnaires», qui battait son plein à la même époque, souleva des passions plus vives encore ; en cause, au-delà des questions de privilèges et de propriété littéraire, des conceptions lexicographiques opposées reposant sur des visions du monde antagonistes.
Au coeur de la polémique, un singulier personnage, juriste de formation et abbé de son état : Antoine Furetière. «Un des quarante», membre de l'illustre Compagnie depuis 1662 et honteusement expulsé de celle-ci en janvier 1685. Si notre intérêt avait été avant tout biographique et psychologique, nous aurions pu titrer cette étude, à l'instar de Fabienne Gegou qui lui consacre un livre : «Antoine Furetière, abbé de Chalivoy, ou la chute d'un immortel». Usant du registre mythologique, on pourrait écrire aussi : «Antoine Furetière, le Prométhée des lettres modernes». N'est-il pas accusé d'avoir dérobé le feu - le verbo «feu», et bien d'autres mots encore - à l'Académie française ? Et lui, dont le patronyme évoque le voleur et le prénom les objets perdus et retrouvés, ne sera-t-il pas, comme Prométhée, cloué au pilori le restant de son existence, avec pour unique consolation la certitude de savoir son oeuvre impérissable ?
Mais notre Prométhée lexicographe se défendra comme un beau diable. Trois années durant, la République des Lettres sera secouée des éclats de la plus violente des querelles : bataille juridique ponctuée d'interdictions, de condamnations et d'expulsion, duel littéraire héroï-comique scandé d'épigrammes vengeresses et de sonnets ravageurs, avec, en sourdine mais non moins violent, un formidable défi politique lancé à l'ordre versaillais.
Après avoir succinctement rappelé les péripéties de cette guerre, nous tenterons une double mise en perspective, en évoquant les contours du champ de bataille (en l'occurrence le «champ littéraire») et la personnalité de son principal protagoniste, Antoine Furetière.
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