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L'art roman

Couverture du livre L'art roman

Auteur : Nicolas Reveyron

Date de saisie : 01/07/2008

Genre : Arts

Editeur : le Cavalier bleu, Paris, France

Collection : Idées reçues. Arts & culture, n° 163

Prix : 9.50 € / 62.32 F

ISBN : 978-2-84670-207-2

GENCOD : 9782846702072

Sorti le : 19/06/2008


  • La présentation de l'éditeur

«L'art roman, c'est des églises, encore des églises, toujours des églises» ■ «Le XIIe siècle est la grande époque de l'art roman» ■ «L'art roman reflète une époque angoissée par la fin des temps» ■ «L'architecture romane est maladroite, petite, sombre» ■ «Les cathédrales de lumière, c'est l'art gothique !» ■ «Au Moyen Âge, il n'y a pas d'artiste»...

Issues de la tradition ou de l'air du temps, mêlant souvent vrai et faux, les idées reçues sont dans toutes les têtes. L'auteur les prend pour point de départ et apporte ici un éclairage distancié et approfondi sur ce que l'on sait ou croit savoir.

Nicolas Reveyron, agrégé de lettres classiques, docteur en histoire de l'art de la Sorbonne, est professeur d'Histoire de l'art et Archéologie du Moyen Âge à l'Université Lumière-Lyon 2 et membre de l'Institut Universitaire de France. Souvent qualifié d'austère et de sombre, par opposition au gothique, l'art roman est presque toujours réduit aux «églises romanes». C'est oublier que cet art fut d'une richesse exceptionnelle, réconciliant l'astronomie et la spiritualité, les sciences de l'homme et les techniques de pointe, l'art et la matière... C'est cette variété que l'auteur nous invite à découvrir ici.



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  • Les premières lignes

Introduction :

Qui a eu le premier l'intuition d'un art roman ? Sans doute déjà les hommes du XI-XIIe siècle. Ils avaient compris qu'avec l'effondrement de l'Empire carolingien au Xe siècle s'achevaient une conception du monde et toute une culture. S'ils ont perçu le renouvellement du «blanc manteau d'église» initié juste après l'an Mil, ils n'ont toutefois pas su nommer ce mouvement. Mais les différentes tendances artistiques composant l'art roman prouvent, à elles seules, que ce dernier s'est formé et a mûri en pleine conscience, c'est-à-dire par invention, rejet, adaptation, innovation et renaissance, et qu'il a aussi préparé l'avenir sur des problématiques propres, par exemple techniques (le voûtement, la lumière archi­tecturale...), pratiques (architecture et liturgie...) ou esthétiques (le naturalisme dans les arts figuratifs...). Dès le XIIIe siècle, le développement spectaculaire de l'art gothique a rendu sensibles aux contemporains à la fois l'avènement d'une culture nouvelle - ils le proclament haut et fort - et, par contraste, la réalité d'une identité romane. D'ailleurs, les peintres du XVe siècle se sont emparés de l'architecture romane pour en faire le décor, à visée métaphorique, des scènes de l'Ancien Testament. Mais là encore, les sources écrites restent muettes ; on goûte l'art, on ne l'étudié pas, activité intellectuelle réservée à la théologie ou à la philosophie.
Le XIXe siècle a sorti l'art roman de l'oubli massif où il était tombé depuis la Renaissance. Il l'a recréé à sa ressemblance, pour y insuffler ses aspirations et y renouveler ses craintes. Il l'a aussi reformulé dans le style néoroman, la peinture d'histoire ou l'architecture éclectique. Il a enfin massivement débaroquisé les églises romanes surchargées au XVII-XVIIIe siècle d'angelots, de gypseries tarabiscotées, de peintures édifiantes. Le XXe siècle s'y est retrouvé tout entier, des conservateurs aux novateurs. Il s'en est saisi comme il l'a fait de toute forme culturelle, avec l'enthousiasme brouillon des néophytes. Dérestaurations, modernisations, dépouillements (symbolisés par la mise à nu des parements de pierre), évacuation de ce qu'on a souvent considéré, après le concile de Vatican II, comme un bric-à-brac de vieux mobiliers et de statues* démodées, restaurations au fer et au verre fumé, mise en son et lumière, fléchages touristiques, créations muséographiques... Il a fait souffler sur l'art roman un vent de modernité qui ne lui a pas toujours nui, loin s'en faut. Les années vingt-trente et les années cinquante-soixante lui ont repris des stylisations, des hiératismes, des couleurs franches, des aplats audacieux, et cette folle liberté de créer. Et nous ? Nous, il nous faut faire avec un lourd héritage, non pas celui des oeuvres (elles s'assument toutes seules et on les redécouvre chaque jour), mais bien l'énorme masse de commentaires, analyses, impressions, rejets et adorations. Par chance, le tout début de notre millénaire a l'ignorance naïve de ceux qui n'ont pas encore de mémoire. Tout a été remis en cause après guerre, avec cette radicalité propre à ceux qui ont vécu l'inimaginable. Sur ce terreau refertilisé, les nouvelles technologies brouillent aujourd'hui les pistes en multipliant les ouvertures sur d'autres mondes, c'est-à-dire d'autres comparaisons et d'autres voies d'analyses. Les convergences inouïes qui réconcilient par exemple l'astrono­mie et la spiritualité, les sciences de l'homme et les technologies de pointes, l'art et la matière, etc., les nouveaux concepts comme la polychrome, la narratologie appliquée à l'image ou les interfaces floues venues de l'informatique notamment, sont une promesse de renouveau. C'est cette porte que le présent travail souhaite entrouvrir. L'épistémologie y sera un sésame.


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