Auteur : Thierry Dancourt
Date de saisie : 04/09/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Table ronde, Paris, France
Collection : Vermillon
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-7103-3067-7
GENCOD : 9782710330677
Sorti le : 25/08/2008
Daniel, le narrateur, rencontre une jeune femme «à l'allure de princesse fatiguée», Christine Stretter, qui vit un peu hors du temps, entre un père passionné de mappemondes et un fiancé se rêvant cinéaste. Dès lors, se noue une relation à part, clandestine, faite «d'attachement, de compréhension, de douceur».
Au fil de ce roman nimbé de mystère, une géographie subtile se dessine. Dans un Paris enneigé, de rues en pente en chambres d'hôtel, des perspectives nouvelles ne cessent de s'ouvrir. Des décors très finement tracés révèlent tour à tour une énigmatique patronne de café, un ancien professeur de danse en proie à la solitude puis, à Casablanca où Daniel part en quête de meubles pour le compte d'un collectionneur, un volubile gardien d'immeuble ou encore l'étrange propriétaire de deux fauteuils signés du décorateur Jean Royère. Mais une figure domine, entre ombre et lumière : celle, singulière, de Christine Stretter.
Thierry Dancourt est né à Montmorency, dans le Val-d'Oise. Il travaille aujourd'hui comme rédacteur indépendant dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme. Hôtel de Lausanne, écrit à Paris et à Casablanca, est son premier roman.
La beauté du texte tient dans l'évocation d'un personnage féminin intemporel, figure à la fois libre et figée. Absente, éthérée et sublimement chic, Christine est une vamp enfantine, vêtue de son tailleur noir. Mais derrière ses lunettes fumées et sa bouche carmin, quelle blessure dissimule-t-elle ? Thierry Dancourt a créé un monde à la Modiano, qui atteint son zénith lorsque le couple illégitime se réfugie dans des villes au charme désuet...
Pour son entrée musicale et vaporeuse en littérature, Dancourt signe un premier roman entêtant et mystérieux, une magnifique promenade sentimentale entre Paris et Casablanca où l'on sent l'influence de Patrick Modiano et de François Truffaut. Nous n'oublierons pas de sitôt Christine Stretter, ses foulards à motifs noués autour du cou, sa voix éraillée et ses saignements de nez.
Christine Stretter et moi, nous avions pris l'habitude de nous retrouver dans des hôtels à Paris. Ou bien en dehors de Paris, en région, puisque par exemple nous avons séjourné dans un hôtel de la ville d'Orléans, Loiret. Nous y avons passé une journée et demie, presque deux, un mercredi et un jeudi du mois de février, alors qu'elle venait juste d'avoir ces vingt et un ans dont elle m'avait dit quelques semaines après notre rencontre, guère plus, qu'elle n'était pas sûre de pouvoir les atteindre en pleine possession de ses moyens, sans casse.
Cet hôtel donnait sur une place carrée qui accueillait un marché, le samedi. «Mais en semaine, a précisé le patron, vous serez tranquilles. Pas de marché en semaine.» Puis il s'est adressé à Christine en particulier :
- Vous n'avez pas l'air d'aimer le bruit, vous, hein...
- Oui, c'est exact, comment avez-vous deviné ? Vous n'avez aucun souci à vous faire à ce sujet : mon compagnon et moi nous n'aimons pas nous faire remarquer, surtout moi, pour des raisons personnelles qui seraient trop longues à expliquer. C'est bien simple : nous ne nous faisons jamais remarquer nulle part. Il fait partie intégrante de notre manière d'être, de notre personnalité, ce côté calme et très discret. C'est traître, la discrétion, d'ailleurs, et cela peut même représenter un sacré inconvénient. Un aspect de notre caractère qui nous a déjà joué de bien mauvais tours...
- Ah bon ?
- Bien sûr. Demandez donc à Daniel. Elle me désignait.
- Le Havre, l'hôtel Gramont du Havre. Souviens-toi. Raconte-lui ce qui nous est arrivé une nuit... Quelle mésaventure, une histoire à peine croyable... Raconte, Daniel, pendant que je monte le sac de voyage dans la chambre. Une histoire vraiment incroyable, vous verrez. Vas-y, Daniel...
Christine, lorsqu'elle en avait assez d'une conversation, lorsqu'elle en avait assez vu et entendu, selon son expression, cherchait un prétexte, parfois longtemps, jamais en vain, et lorsqu'elle l'avait trouvé, s'éclipsait. Elle me passait en quelque sorte le relais : «à charge pour moi d'en finir» avec notre interlocuteur.
Elle s'est emparée de notre sac de voyage :
- Pas de marché, donc, la semaine ?
- Non, aucun risque, vous ne serez pas dérangés.
- Pourquoi, c'est risqué les jours de marché ? Il la considéra longuement :
- Risqué... les jours de marché ?... Pas vraiment...
- Pas vraiment ou pas du tout ?
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