Auteur : Michel Aubrun
Date de saisie : 29/06/2008
Genre : Histoire
Editeur : Picard, Paris, France
Prix : 32.00 € / 209.91 F
ISBN : 978-2-7084-0826-5
GENCOD : 9782708408265
Sorti le : 11/06/2008
La religion chrétienne s'est installée en Gaule en utilisant la présence séculaire de Rome, si bien que les plus anciennes paroisses vont se situer dans les villes et le long des routes. Rapidement, les riches propriétaires construisirent des oratoires privés sur leurs domaines, en si grand nombre que l'on a pu affirmer que l'époque carolingienne a vu la conquête des campagnes par le christianisme. Pendant les deux siècles suivants furent créées les paroisses d'origine castrale et surtout priorale.
Le clergé paroissial comprit pendant longtemps deux catégories de prêtres, ceux de bourgs relevant de l'évêque et ceux qui desservaient les chapelles privées, soumis plutôt aux puissants des domaines. La réforme grégorienne les émancipa pour les mettre le plus souvent sous la tutelle des monastères et des collégiales. Au XIIIe siècle, ces curés - c'est seulement alors que le mot apparaît - sont disciplinés et bien contrôlés par l'évêque.
Pour le fidèle, la paroisse est une institution à ce point providentielle qu'il ne peut guère en échapper. Dans ce cadre territorial bien défini, le clergé, en effet, intercède pour lui, dispense le baptême, prie pour les morts et alourdit peu à peu son emprise, notamment au moment du mariage et de la confession.
On a pu dire que la vie religieuse médiévale s'était cléricalisée à défaut de se christianiser. Cette affirmation est-elle fondée ? Ne sommes-nous pas victimes de préjugés nés des conciles de Trente et de Vatican II curieusement réunis ? Ce christianisme vécu dans la paroisse médiévale était au contraire remarquablement adapté aux gens de ce temps et leur a permis de réaliser une authentique communauté qui, même en partie laïcisée, demeure jusqu'à nous.
C'est à cette découverte passionnante que l'auteur nous convie.
Extrait de l'avant-propos :
La paroisse médiévale est trop souvent oubliée des historiens qui ne font que perpétuer le parti pris de ne s'intéresser qu'aux manifestations élitistes des sociétés passées, lesquelles d'ailleurs, à en juger par les témoignages écrits qu'elles ont laissés, ont grandement favorisé cette tendance. Quel que soit le siècle envisagé en effet, la paroisse - son prêtre et ses fidèles - ne retient souvent l'attention que dans la mesure, importante il est vrai, où elle est une source de revenus pour ceux qui la possèdent, car ce n'est pas un des moindres avatars de l'église paroissiale de ces temps révolus, que d'avoir été la propriété de telle famille, puis de tel monastère.
Dans les nombreuses biographies d'évêques mérovingiens, peu de traces de préoccupation pastorale : Arnulf de Metz, pour prendre un exemple connu, se soucie surtout, en ce début du VIIe siècle, des richesses foncières de l'Église de son siège. Plus tard, au temps carolingien, ce furent les pouvoirs publics, autant que l'épiscopat qui «prendront soin» du peuple chrétien. Aux époques classiques, on chercherait en vain dans les chroniques des allusions à la vie paroissiale : Adémar de Chabannes, Guibert de Nogent, Geoffroy de Vigeois, pour ne citer que quelques-uns des meilleurs témoins, restent parfaitement indifférents à des institutions et à des démarches religieuses réservées au peuple : les membres de leur famille ont en effet leurs églises et leurs cimetières, où les accueillent moines et chanoines, leurs parents. Il est donc assez logique que, cédant à la facilité et à l'attrait bien compréhensible des sources littéraires et des monuments prestigieux, nos contemporains n'aient vu dans le Moyen Âge qu'une société de moines et de châtelains où les plus modestes manifestations religieuses n'apparaissent guère.
Depuis longtemps cependant le rôle de la paroisse a été souligné et les historiens du siècle dernier, ceux qui recherchaient les cadres institutionnels où s'était opérée la lente émancipation du «tiers-état» ne s'y sont pas trompés. Ils n'ont malgré tout guère insisté, les démarches et recherches qu'ils auraient dû entreprendre étant selon eux des préoccupations bien trop cléricales qu'avec leurs préjugés ils ne pouvaient assumer. Il faudra attendre Imbart de la Tour pour que soit pour la première fois soulignée nettement l'importance de la paroisse. Voici ce qu'il écrivait en 1889 :
«Une fois organisée, la paroisse devint l'unité religieuse ; elle sera bientôt l'unité sociale par excellence. À mesure que la société se dissout, seule elle reste compacte et une. C'est dans son enceinte que les hommes naissent, grandissent, se marient et meurent. C'est l'église qui est le centre de leurs croyances et de leurs intérêts. La paroisse est le legitimus conventus de la population chrétienne. C'est sur de telles assises que reposera au Moyen Âge tout l'édifice social et religieux.
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