Auteur : Pierric Bailly
Date de saisie : 17/10/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : POL, Paris, France
Collection : Fiction
Prix : 15.00 € / 98.39 F
ISBN : 978-2-84682-259-6
GENCOD : 9782846822596
Sorti le : 25/08/2008
Des corps débiles, langues bien pendues, traits tirés, l'été jurassien, de nos jours, campagne française qui lorgne sur tout ce qui bouge de l'autre côté de l'Atlantique, qui saute sur la première occasion de se donner des coups, qui se dépêche de tout casser, de tout gâcher, au cas où il y aurait quelque chose à en tirer.
À partir de ce qu'il entend, Pierric Bailly fait oeuvre de poète, au sens fort de créateur. Si l'on croit parfois entendre Lionel, Diane, Laura, Jules et les autres, à la lecture, si on accepte de reprendre son souffle, on s'avise que c'est un idiome très travaillé qu'il nous propose. Car il ne s'agit pas d'inclusions de pittoresque parlé dans un récit anodin, mais d'un texte très cohérent, où les images naissent du parler «jeune» plus ou moins reconstitué mais aussi des rêves, des défis que se lancent à eux-mêmes ces langues bien pendues, et que relaie l'auteur dans un récit dru et vert. On déguste avec délice, du réveil initial au délire final, ce roman jouissif d'un nouvel écrivain qui pète la forme, au sens littéral et profond du terme.
Né en 1982, Pierric Bailly signe une chronique sociale ahurissante, où la frénésie le dispute au désespoir. Entre la violence aveugle d'Orange mécanique et la triste vacuité de Ghost World, cette bande témoigne du désarroi d'une partie de la jeunesse française qui se sent laissée pour compte. Et c'est bien là tout le talent de ce roman féroce : parvenir à explorer ces territoires laissés en friche par la littérature. Territoires géographiques d'abord, avec cette évocation impitoyable des campagnes françaises, contrées poisseuses où les adolescents ne vivent qu'au rythme des défilés de mobylettes et des packs de bière. Territoires de la langue également. Là où tant d'autres se sont cassé les dents à restituer l'oralité de la jeunesse contemporaine, Pierric Bailly s'approprie son langage mouvant, rythmé, imagé.
Polichinelle est une oeuvre de linguiste, un concentré de violence et d'amour, un récit à la Hubert Selby Jr. Pierric Bailly a «remalaxé» le vocabulaire qu'il entendait, recréant des mélanges «biscornus» où se retrouvent des expressions paysannes du Jura, des mots propres à une génération et d'autres ressortis du fond des temps, remis au goût du jour par ces poètes du coin de la rue. Il a trouvé un rythme, mi-dialogue, mi-description, décomplexé, tendu.
Poussant son histoire là où il faut avec habileté, Pierric Bailly verse dans la fantasmagorie en instillant ça et là des touches oniriques (une buse qui parle, des jambes en yo-yo, des fesses à la place d'un ventre), suggérant le refuge qu'est l'imaginaire pour ces jeunes coincés dans leur quotidien.Mais surtout, son livre, en plus d'être souvent très drôle, est empreint de tendresse et d'une grande poésie, le narrateur Lionel posant un regard doux sur ses congénères roués de coups par la vie comme le Polichinelle de la comptine, eux qui n'aspirent au fond qu'à l'amour, à la quiétude d'un été, et à se raccrocher encore un peu à la fantaisie de l'enfance.
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