Auteur : Michel Giliberti
Date de saisie : 28/06/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Bonobo, Villettes, Eure
Prix : 16.00 € / 104.95 F
ISBN : 978-2-35269-003-0
GENCOD : 9782352690030
Sorti le : 16/06/2008
Il commençait à se réveiller.
Il angoissa à l'idée que s'opérerait bientôt sa transformation ; viendrait le jour où il n'aurait plus de répit, le jour où cet appétit morbide ne se contenterait plus de le visiter en soirée, le jour où sa peau souffrirait en permanence à épouser la tragédie du monde.
Cette hypothèse lui rappela que Nico lui avait conseillé de changer de pseudo pour son blog et sa désespérance nouvelle lui en souffla un :
«La peau du monde».
Oui, sa peau ne refléterait que la souffrance du monde.
Il parut libéré, comme si nommer son mal le cautionnait enfin.
«La peau du monde».
Oui, sa peau absorberait toute la souffrance des hommes... mais pourquoi ?
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Salut les lascars, je vais me coucher. Encore une journée bien nulle. Toujours pas de marée humaine sur mon blog. Mon quotidien ne bouleverse personne. Et moi qui pensais que j'allais faire un malheur avec ma p'tite gueule, ma totale déprime et mes articles un peu chauds... A propos de chaud, ce matin, je me suis brûlé le cul sous la douche. C'est pas transcendant, mais c'est mon seul scoop ! Assez con pour ne pas avoir ouvert l'eau froide.
Allez, ciao les masos qui me lisent, ceux qui, comme moi, ont le blues de la vie, cette putain de vie qui me bouffe lentement la tête. J'aurais plein d'autres choses aussi passionnantes à vous poster demain.
Pas de photos de moi ce soir, j'ai un bouton sur le nez, genre météorite. Aucun direct de la N.A.S.A.
Nico, arrête la fumette, ta photo avec Joël sur ton dernier post, c'est carrément de la daube C'est pas des yeux que t'as, mais des phares !... Tu vas pas pouvoir continuer médecine.
Joël est trop mignon, lui.
Gilles éteignit son ordinateur ; le studio plongea dans une presque obscurité barrée d'un trait de lumière crue échappée de la salle de bain entr'ouverte. Au même instant, dans la rue, le néon bleu du bar d'en face s'arrêta de puiser. Cette coïncidence le fit sourire. Il se leva lentement, éreinté par sa longue station assise devant son Mac et la canicule sur Paris qui l'enfermait dans une bulle de moiteur inhabituelle ; une canicule qui parasitait les conversations et dont tout le monde s'entretenait comme s'il s'agissait d'une malédiction. Il se glissa dans la minuscule cuisine encombrée de boîtes à pizza vides et de vaisselle sale, pour vider le frigo de son dernier coca.
Il avala la boisson rapidement, ignorant les fuites glaciales et mousseuses qui coulèrent des commissures de ses lèvres et finirent sur sa pomme d'Adam.
Il s'essuya d'un revers de main, se gratta le ventre, émit un rot puis décida de se coucher sans tarder. Demain, sa mère viendrait dans la matinée. Un minimum de rangements s'imposait, sinon elle ne pourrait même pas marcher dans l'espace déjà réduit du studio.
Il aimait bien sa mère, même si tant de choses l'agaçaient chez elle ; notamment sa rigidité... mais elle était si belle ! Il en profiterait pour lui donner son linge à laver. Ça faisait bien quinze jours qu'il ne la voyait pas et il commençait, par flemme, à remettre certains tee-shirts jetés au sale un peu trop vite.
Encore un rot, et Gilles, épuisé, fit taire Nosfell tout en se laissant tomber en arrière sur son canapé-lit toujours défait, prêt à l'accueillir d'un grincement affectueux. Il s'endormit très vite.
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