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Parlez-moi d'amour, avec des fautes d'orthographe

Couverture du livre Parlez-moi d'amour, avec des fautes d'orthographe

Auteur : Henri Joannis-Deberne

Date de saisie : 07/11/2008

Genre : Folklore Moeurs et coutumes

Editeur : Payot, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-228-90268-7

GENCOD : 9782228902687

Sorti le : 28/05/2008


  • La présentation de l'éditeur

Parce que la carte postale amoureuse s'offre à tous les regards - à moins de la glisser sous enveloppe - la lire ne viole aucun secret. Dans la France des années 1900 et de la guerre de 14, elle décline la symbolique de l'amour sous toutes ses formes : aux représentations du sacré, elle emprunte des figures pieuses, elle copie les ex-voto des églises, elle reproduit les codes vestimentaires de la bourgeoisie dont se parent les gens du peuple pour exprimer leur flamme. Et même si les amants d'hier ont disparu depuis longtemps, les cartes qu'ils s'échangèrent perpétuent leurs caresses et leurs baisers jusqu'aux amants d'aujourd'hui.

Henri Joannis-Deberne, après une longue carrière dans l'enseignement du marketing, a réorienté ses recherches sur les objets sociaux du XIXe siècle. Président du Cercle de l'éventail du musée Galliera, il a été commissaire scientifique de l'exposition Carnets de bal au musée de Carouge-Genève en 2004. On lui doit également Danser en société. Bals et danses d'hier et d'aujourd'hui (1999).





  • Les premières lignes

Introduction :

Ma curiosité pour les faits de société et l'histoire sociale remonte à mon adolescence. Pendant la guerre, j'ai vécu avec ma famille dans une maison isolée, sans beaucoup sortir du fait des événements. J'occupais mon temps libre à lire la bibliothèque que mon grand-père avait constituée entre 1890 et 1920, si bien qu'à quatorze ans je connaissais mieux Mounet-Sully et Sarah Bernhardt que Pierre Fresnay ou Danielle Darrieux, les vedettes de l'époque. J'avais lu en abondance des reportages sur la tonte des cheveux des paysannes pour la confection des postiches, le triste sort des mousses de bateaux de pêche, l'élection de la reine des Halles, le conseil de révision, tous les détails de la vie en 1900.
Plus tard, je m'aperçus que je n'avais rien compris aux tourmentes et aux volte-face de la période 1939-1944. J'étais trop jeune. De là vint ma vocation : parcourir les méandres de la société, expliquer les mécanismes socioculturels et le rapport entre les gens et les objets. Ce fut le sujet de mes études, mon domaine de recherche et le centre de mes collections. En fréquentant les marchés aux puces et les brocantes, je me suis aperçu qu'ils étaient remplis d'objets témoins des périodes que j'avais étudiées et que j'avais rencontrées dans la bibliothèque de mon grand-père. Les boîtes des marchands de cartes postales et de photos contenaient plus que de simples images, elles étaient pleines de témoignages. Je me suis aperçu que les chineurs négligent souvent le dos des cartes postales (excepté les philatélistes) et ne regardent que le recto, où s'affiche, à profusion, une iconographie de la banalité. Dans les longues boîtes des marchands de cartes postales, classés ville après ville, se côtoient pêle-mêle la place du Marché, la gare, l'hôtel de ville ou le tramway.
Il n'en est pas de même avec le verso de la carte, celui que l'expéditeur a noirci d'une écriture pas toujours très lisible. Plus de paysages ou de photographies standards. Chaque verso contient un message propre, conçu en quelque sorte sur mesure. C'est une porte entrouverte sur la vie personnelle de chacun.
J'ai voulu ce livre comme une flânerie au fil du jeu amoureux, tel qu'il a été mis en images et en mots, dans la France des années 1900 et de la Grande Guerre. J'y brosse les portraits des amants de la fin du XIXe siècle. Les cartes postales d'amour, par le degré de maîtrise qu'elles révèlent de la pratique de l'écrit chez les correspondants, laissent deviner la catégorie socioculturelle à laquelle ils appartiennent, leurs systèmes de valeur, leurs audaces et leurs timidités, le poids de la morale catholique. Nées avec la photographie, elles sont les héritières de plusieurs courants esthétiques populaires. On verra combien les photos de couples mis en scène, ces hommes à col dur et ces femmes frisottées, qui paraissent légèrement comiques aujourd'hui, étaient, pour le public de l'époque, synonymes de chic et de distinction. Apprécier les objets anciens, c'est savoir changer de regard.


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