Auteur : J. Robert Lilly
Préface : Fabrice Virgili
Traducteur : Benjamin Guérif | Julien Guérif
Date de saisie : 26/06/2008
Genre : Histoire
Editeur : Payot, Paris, France
Collection : Petite bibliothèque Payot, n° 673
Prix : 10.50 € / 68.88 F
ISBN : 978-2-228-90325-7
GENCOD : 9782228903257
Sorti le : 11/06/2008
Entre 1942 et 1945, environ 17000 femmes et enfants auraient été victimes de viols commis par des soldats américains en Angleterre, en France et en Allemagne... Ces agressions furent plus violentes et féroces en France qu'en Angleterre, et plus encore en Allemagne. À partir d'archives inédites des tribunaux militaires américains, de témoignages, d'expertises, d'interrogatoires, ce livre accablant éclaire d'un jour nouveau la violence sexuelle en temps de guerre. Sans voyeurisme, mais avec des mots crus et précis, il dit la guerre, la peur, la souffrance et l'humiliation, et rompt définitivement avec l'imaginaire du repos du guerrier.
J. Robert Lilly est professeur de sociologie et de criminologie à la Northern Kentucky University, aux Etats-Unis, et professeur invité de sociologie et de politique sociale à l'Université de Durham, en Grande-Bretagne.
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Benjamin et Julien Guérif.
Préface de Fabrice Virgili.
Nouvelle édition
Extrait de l'introduction :
Questions autour de la taille d'un pénis
Angleterre, 8 octobre 1942. La soirée était froide, exceptionnellement sombre et bruineuse. Vers 19 h 30, dans une petite commune du Lancashire, Mlle R., trente-quatre ans, sortit de chez elle pour acheter une miche de pain. Cinq minutes plus tard, elle entrait dans l'épicerie. Wesley Edmonds, soldat de l'armée américaine et membre d'une unité de transport, se trouvait déjà sur les lieux. Il avait trente-deux ans, était marié et originaire de Saint-Louis, dans le Missouri, où il travaillait dans une fabrique de chapeaux. En compagnie du première classe John I. Sears, un petit homme trapu, il avait parcouru huit cents mètres depuis son campement pour acheter du soda et des cookies («ici, ils appellent ça des biscuits»). La jeune femme ressortit avec ses emplettes. Edmonds la suivit. Il se présenta à elle et lui serra la main dans l'espoir d'engager la conversation. Plus tard, Mlle R. déclara à la cour avoir répondu à Edmonds qu'elle ne désirait pas lui parler.
Peu après être rentrée chez elle, Mlle R. décida de ressortir pour, cette fois, aller chercher douze livres d'oignons chez ses cousins, qui habitaient à environ deux cents mètres de là et auxquels, deux fois par semaine, elle avait l'habitude de rendre visite. Selon les archives américaines, la jeune femme portait ce soir-là un manteau de tweed gris, un chapeau bleu, des chaussures marron et une veste de femme, des bas de soie, un pantalon bleu, un jupon et un corset rose. Elle vivait seule avec sa mère, qui avait à l'époque deux fils «en service à l'étranger». Depuis douze mois, elle était employée dans l'usine du coin à fabriquer des munitions.
Alors qu'elle prenait son vélo, elle rencontra le soldat Edmonds. Il essaya encore d'engager la conversation. Au procès, Mlle R. certifia qu'il échoua de nouveau. Quand elle rentra chez elle, près d'une heure plus tard, Edmonds fit sa troisième apparition. Ce fut si soudain que Mlle R. dut freiner brutalement. Edmonds, raconta-t-elle, agrippa la selle de son vélo, l'obligeant à mettre pied à terre.
Aussitôt, il entreprit de lui «parler amour». Il désirait qu'elle l'accompagne jusqu'à une meule de foin voisine. Devinant ce qui l'y attendait, Mlle R. refusa. Alors, Edmonds la poussa avec sa bicyclette dans un champ, ferma la barrière au fil de fer et commença à la peloter. Elle protesta et lui dit qu'elle avait ses règles. Il s'en moquait. Il allait «la baiser» et elle allait l'aimer.
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