Auteur : Sam Shepard
Traducteur : Bernard Cohen
Date de saisie : 21/08/2006
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : R. Laffont, Paris, France
Collection : Pavillons
Prix : 18.00 € / 118.07 F
ISBN : 978-2-221-09915-5
GENCOD : 9782221099155
Lorsqu'ils prennent la fuite, les héros de Sam Shepard écrasent les oeufs du petit déjeuner avant de ricaner comme des damnés. Les couples les plus unis sont prêts à se quitter pour un mot de trop sur un sujet stupide... et les femmes sont capables de s'arrêter sur la route pour sauver un faucon blessé. Il y a de l'amour à toutes les pages, du désespoir à toutes les lignes, car leur vie ne ressemble jamais à ce qu'ils voulaient... Curieusement, la sobriété du style a quelque chose de lyrique : à la fois modeste et ambitieux.
Sam Shepard est né sous une bonne étoile. Ses dons sont multiples. On le sait dramaturge (comment oublier L'Ouest, le vrai monté par Jean-Michel Ribes à l'Athénée avec Richard Bohringer et Roland Blanche en frères ennemis ?), scénariste, pour Antonioni (Zabriskie Point), Robert Altman (Fool for Love), Wim Wenders (Paris Texas), acteur, dans Frances, Les Moissons du ciel, L'Etoffe des héros, musicien, et on en oublie sûrement.
On sait que celui que l'on a surnommé «le cow-boy urbain» est né à Fort Sheridan, base militaire de l'Illinois, un 5 novembre 1943. Il a passé son enfance dans une ferme, près de Los Angeles, auprès d'un père ancien combattant, alcoolique et violent. Cette vie de famille, rude, ponctuée d'empoignades, de cris et d'insultes, l'a marqué au fer rouge... La France a découvert ses pages autobiographiques avec Motel Chronicles en 1985 chez Bourgois. Douze ans plus tard, ses Balades au paradis, étaient traduites chez Laffont. Quarante textes qui donnaient parfois l'impression d'avoir été écrits un peu rapidement. L'ouvrage était inégal, les pépites côtoyant les incongruités et les choses sans saveur.
Sept ans plus tard, voici d'autres nouvelles, d'autres textes, dans un recueil au titre plat, «A mi-chemin». «Great Dream of Heaven» dans la version originale, était tout de même mieux, plus shepardien en tout cas. On se consolera en se disant que ce recueil, dédié à «Jessica» et illustrée par elle, tient beaucoup mieux la route que le précédent. Les dix-huit nouvelles qui le composent sont autant d'instantanés d'une Amérique de grands espaces, de routes sans fin, de motels miteux et d'êtres touchés par une extrême solitude comme on l'est par la grâce. Shepard, comme d'autres auteurs Américains avant lui, comme Carver notamment, met en scène des existences banales, bouleversées par un éclat de rire, un éclair de folie... Dans cet univers-là, les gens se parlent et ne se comprennent pas. Ou ne s'écoutent pas. On se trahit comme on respire, par habitude. Par ennui. Quand le charme retombe, on se quitte au téléphone, sur le bas côté d'une route, au milieu de nulle part, cerné par de pauvres veaux qui attendent d'être menés à l'abattoir. Ou alors on réunit ses maigres possessions dans un sac de l'armée, et on prend la route sans un mot, sans se retourner. Rien de bouleversant dans tout cela, mais une vérité, une justesse de ton qui font mouche.
A la fin, le rideau tombe et l'on applaudit l'artiste capable, en si peu de mots et d'effets, de toucher nos coeurs endurcis.
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