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La mortalité dans les divers quartiers de Paris

Couverture du livre La mortalité dans les divers quartiers de Paris

Auteur : Louis-René Villerme

Préface : Maurizio Gribaudi

Illustrateur : Eric Hazan

Date de saisie : 19/06/2008

Genre : Sociologie, Société

Editeur : la Fabrique, Paris, France

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 978-2-913372-77-1

GENCOD : 9782913372771

Sorti le : 29/05/2008


  • La présentation de l'éditeur

À la fin de la Restauration, Louis-René Villermé, ancien chirurgien de la Grande Armée reconverti dans ce qu'on n'appelait pas encore l'épidémiologie, remarque que la mortalité à Paris varie largement d'un quartier à l'autre. Avec les outils statistiques dont il dispose, il recherche quels rôles pourraient avoir le voisinage de la Seine, la hauteur du sol, l'étroitesse des rues, la présence de jardins, l'exposition aux vents dominants, l'origine des eaux : rien de tout cela n'influe sur la mortalité des quartiers. Et pour finir, Villermé trouve ce qui compte : «Donc la richesse, l'aisance, la misère sont, dans l'état actuel des choses, pour les habitants des divers arrondissements de Paris, par les conditions dans lesquelles elles les placent, les principales causes auxquelles il faut attribuer les grandes différences que l'on remarque dans la mortalité.» Ces quartiers pauvres, ce sont ceux du centre et de l'Est : Hôtel-de-Ville, Cité, Arsenal, faubourg Saint-Antoine, Marais, faubourg Saint-Marcel, Observatoire... Quartiers ouvriers, aux «logements étroits, sales, obscurs et mal aérés», quartiers des épidémies, des émeutes, où la mortalité infantile est deux fois plus élevée que dans les rues élégantes de l'Ouest.
«C'est ainsi que toujours une amélioration sociale est pour les hommes la source d'une santé plus vigoureuse et d'une vie communément plus longue» : telle est la conclusion que tire Villermé de son enquête, aussi dérangeante aujourd'hui qu'elle pouvait l'être sous le règne de Charles X.

Maurizio Gribaudi est directeur de recherche à l'EHESS, spécialiste de l'histoire sociale et de la microhistoire, grand connaisseur du Paris du XIXe siècle, éditeur et écrivain. Eric Hazan dirige La Fabrique éditions. Il est notamment l'auteur de L'Invention de Paris (Seuil, 2002). LQR, La Propagande du quotidien (liaisons d'agir. 20061. Changement de propriétaire, la guerre civile continue (Seuil. 2007).





  • Les premières lignes

Villermé et la question de l'inégalité sociale devant la mort.
Expérience de vie et formalisation savante

Maurizio Gribaudi

Louis-René Villermé naît le 10 mai 1782, sept ans avant le déchaînement de la Révolution. Les biographes se disputent sur la localisation de son lieu de naissance, entre Paris et Lardy, petit village de l'actuel département de l'Essonne. Mais ils s'accordent sur ses origines au sein d'une famille de notables dans laquelle se mélangent les professions libérales et l'administration publique. Le père, René-Jean-Chrysostome, était procureur au Châtelet, tandis que le grand-père et l'arrière-grand-père avaient exercé la profession de médecin à Lardy. Autre trait caractéristique de l'époque, ses racines sont aussi marquées par la mésalliance, puisque Louis-René est le fruit du concubinage de son père avec Marie Lecourbe, la jeune gouvernante de la maison que celui-ci épousera officiellement au moment de la Révolution.
Après une enfance villageoise évoquée par tous les biographes comme simple et heureuse, René est envoyé à Paris pour «faire son collège», juste à temps pour connaître l'effarante atmosphère de la Terreur. Il n'a alors que 11 ans. Toute son adolescence se déploie donc dans un contexte politique et social marqué par l'incertitude et les tensions, entre les gesticulations de la Première République et l'ombre grandissante du général Bonaparte. Autant d'éléments qui marquent l'esprit du futur savant parisien, mais qui font aussi obstacle à son éducation qui se trouve «aux termes de ses classes, fort incomplète». C'est pour lui une période difficile. Quand, en suivant les traces de ses aïeux, René s'ouvre à la carrière médicale, il doit faire face à un cadre disciplinaire qui vient tout juste de se reprendre des tensions et des tiraillements révolutionnaires. Mais c'est aussi une période passionnante, marquée par une grande curiosité intellectuelle et une soif d'activité intense. L'École de santé de Paris, que Villermé intègre en 1801, est un espace ouvert dans lequel les chirurgiens et les cliniciens côtoient non seulement les chimistes et les physiciens, mais aussi les géomètres et les philosophes, ou encore les botanistes. Chaussier, Berthollet, Chaptal, Bichat, Pinel, Thouret... Voilà quelques-uns des personnages que le jeune homme de 19 ans a pu croiser dans la cour de l'ancien couvent des Cordeliers, où s'était installée l'École. Surtout, Villermé avait été marqué par son expérience d'assistant prosecteur de Guillaume Dupuytren, qui n'était alors qu'un jeune homme de 25 ans mais qui se distinguait déjà par une approche en rupture avec les anciennes pratiques fondées sur l'observation empirique.


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