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La chute de Troie

Couverture du livre La chute de Troie

Auteur : Peter Ackroyd

Traducteur : Bernard Turle

Date de saisie : 12/11/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : P. Rey, Paris, France

Collection : Roman étranger

Prix : 18.00 € / 118.07 F

ISBN : 978-2-84876-119-0

GENCOD : 9782848761190

Sorti le : 21/08/2008


  • La présentation de l'éditeur

A la fin du XIXe siècle, sous la férule du maître d oeuvre Obermann, tous les jours on déterre une bribe d'un passé méconnu sur le chantier de fouilles d'Hissarlik en Turquie, Obermann - inspiré de la figure historique de l'archéologue et aventurier allemand Heinrich Schliemann - est un personnage trouble et pourtant doué d'une incroyable intuition, convaincu d'être en train de déblayer les ruines de Troie. Mû par une imagination conquérante et communicative, et malgré le scepticisme de ses pairs, il impose sa vision, reconstruisant mentalement la cité à sa manière, au fur et à mesure qu'il fouille le site, dans un cadre dont Peter Ackroyd excelle à traduire toute l'aride splendeur.

Parallèlement, l'épouse d'Obermann, Sophia, nouvelle Hélène, découvre peu à peu les pans cachés du passé de son époux. Viendra le moment où chacun sera confronté à ce qu'il ne veut pas voir. Alors, les images et les idoles tomberont. Ackroyd, avec son immense érudition, entraîne le lecteur dans un récit oscillant entre vérité historique et reconstruction fictive du passé. La rudesse des éléments, la figure tyrannique d'Obermann et la confrontation de chacun avec lui-même ne laisseront pas indemnes nos archéologues...

Traduit de l'anglais par Bernard Turle

Né à Londres en 1949, Peter Ackroyd, considéré dès ses premiers livres comme l'une des plumes les plus brillantes de la littérature anglo-saxonne, est à la fois l'auteur de célèbres biographies (Shakespeare, Dickens, Londres) et d'une abondante oeuvre romanesque.





  • La revue de presse Francine de Martinoir - La Croix du 12 novembre 2008

Le récit, qui a des aspects de thriller, est construit comme une plongée au fond des âmes, d'abord celle de Sophia, la très jeune Athénienne que Heinrich a épousée après l'avoir choisie sur des photos envoyées par un ami. Au fur et à mesure que les fouilles se déroulent sur le chantier de Hissarlik en Turquie et que Heinrich trouve des poteries, des ossements, des armes, des monnaies, cette épouse obéissante et fidèle découvre en son mari un être grotesque et pathétique, incapable d'aimer, inquiétant par ses mensonges sur sa vie passée, terrifiant par les meurtres qu'elle le soupçonne d'avoir commis pour faire triompher ses théories...
Mais le romancier a évité les pièges qui guettent les romans historiques. Le site fouillé est surtout un site intérieur et Ackroyd suggère que ce voyage vers les profondeurs des personnages respecte finalement leur mystère.


  • La revue de presse Johanna Luyssen - Le Figaro du 1er octobre 2008

Peter Ackroyd, biographe de Chaucer et de Shakespeare, s'intéresse cette fois au person­nage de Schliemann, archéologue autodidacte qui exhuma Troie à la fin du XIXe siècle. L'idée est excellente et le résultat captivant...
On passera sur les péripéties diverses (vols, romances, morts mystérieuses, trahisons, secrets) qui jalonnent La Chute de Troie. Sa valeur principale tient à la richesse de ce personnage formidable qu'est Obermann, homme habité par une passion qui le dévore. Quant à Troie, cette ville légendaire, a-t-elle seulement existé ? Que racontent ses ruines ? Comment se réécrit un mythe ? Autant de questions abyssales, fascinantes, suggérées par la nonchalante érudition d'Ackroyd, son écriture tonique, son enthousiasme joyeux.



  • Les premières lignes

Il s'agenouilla lourdement, lui prit la main et la porta à sa bouche. «Je baise la main de la future Mme Obermann», déclara-t-il en anglais : ni elle ni ses parents ne comprenaient l'allemand et il n'aimait pas le grec moderne, qu'il trouvait vulgaire.
Sophia Chrysanthis abaissa le regard sur son crâne chauve et remarqua une cicatrice. «Vous vous êtes blessé, Heinrich.
- La faute à un fragment d'une statue de Zeus ! Sur l'île d'Ithaque. Là où j'ai mis au jour le palais d'Ulysse, le voyageur. J'ai découvert les salles où son épouse, Pénélope, tissa sa tapisserie sans fin. Souvenez-vous : elle lui demeura à jamais fidèle ; vous serez ma Pénélope, Sophia.
- J'espère que vous ne vous aventurerez pas aussi loin qu'Ulysse.
- Vous serez toujours à mon côté.» Non sans mal, il se leva et s'inclina devant ses parents, qui se tenaient ensemble près de la fenêtre. «Je prierai pour vous tous les jours. Dussé-je vivre mille ans, je ne vous oublierai jamais.» Dehors, dans la lumière poudreuse, chevaux et fiacres se croisaient dans l'avenue ; il aperçut trois jeunes femmes qui bavardaient en trottinant sur les pavés, sous des ombrelles les protégeant du soleil vibrant du début de printemps à Athènes. Toutes trois portaient la même tenue vert céladon, une voilette en dentelle blanche et un chapeau à brides : des soeurs, sans doute ? «C'est un jour propice. Votre fille sera la partenaire de mes travaux. La Grèce la chérira.
- Rien ne lui tient plus à coeur que de devenir votre épouse, Herr Obermann.» Le bref hochement de tête de Mme Chrysanthis indiqua qu'il s'agissait d'une formule de circonstance, prononcée par devoir. «Nous lui avons inculqué l'idée que l'épouse n'est que l'ombre de l'époux.
- Les femmes allemandes ne vous croiraient pas un instant.
- C'est pourquoi, sans doute, vous n'épousez pas l'une d'elles.» Obermann rit de ce trait d'esprit. Il savait que Mme Chrysanthis était une femme de tête et espérait que sa fille avait hérité de ses vertus les plus robustes. «Mon épouse sera associée à la renaissance du passé perdu de son pays. Elle foulera le sol de Troie.
- Sophia a la passion de l'étude, c'est sûr.» Le colonel Chrysanthis avait enfin jugé bon de se joindre à la conversation : on parlait, après tout, de l'avenir de sa fille unique. «Depuis que vous avez envoyé votre toute première lettre, elle me lit régulièrement Homère.
- Elle recopie des plans de batailles, ajouta Mme Chrysanthis.
- Excellent ! Parfait !» Obermann reprit la main de Sophia. «C'est la nouvelle Athéna, aussi cultivée que belle.
- Je ne souhaite pas être une déesse, Heinrich.
- Comme j'ai hâte de vous emmener en Troade ! De vous montrer l'endroit où Achille et Hector se sont battus. De vous faire visiter le palais de Priam..., les murailles où les Troyennes ont regardé leurs soldats affronter l'envahisseur, Agamemnon, et ses guerriers. Cela vous remuera les sangs, Sophia.
- C'était il y a longtemps, Heinrich.
- Pas pour moi. Ce temps-là est éternel. Au-delà du temps.
- J'ignore si je serai capable de voir aussi loin.
- Mon épouse saura tout voir.»


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