Passion du livre - tout sur le livre : Benedictat

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Benedictat

Couverture du livre Benedictat

Auteur : Josep Lluis Sirera | Rodolf Sirera

Traducteur : Raül David Martinez

Date de saisie : 17/06/2008

Genre : Théâtre

Editeur : Ed. de l'Amandier, Paris, France

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-35516-057-8

GENCOD : 9782355160578

Sorti le : 04/06/2008


  • La présentation de l'éditeur

Benedicat est le second volet d'une trilogie, de Josep Lluís et Rodolf Sirera, qui interroge le rôle et la responsabilité des élites professionnelles et intellectuelles dans une «Europe en guerre», en l'occurrence la Seconde Guerre Mondiale.

La pièce met en scène les implications et les enjeux de l'Église et de ses ministres dans le jeu politique durant la guerre, puis pendant la période de la «guerre froide» en Croatie. Le prêtre Renzo Montale, tenaillé par le sentiment de culpabilité, devient le protagoniste involontaire d'un drame qui le dépasse. La lâcheté, l'occultation et la manipulation de la vérité laissent les mains libres au fanatisme religieux qui écrira une des pages les plus noires de l'histoire récente de l'Église Catholique : sa connivence et sa collaboration avec le régime fasciste des oustachis croates. L'acte final de rébellion de Montale le rachètera à ses yeux, mais au prix de son autodestruction, sans que pour autant cela ne fasse reconnaître à l'institution ecclésiastique ses responsabilités.

Noir silence, premier volet de la trilogie L'Europe en guerre a été publié aux Éditions de l'Amandier en 2006.





  • Les premières lignes

Hôpital Saint Jean-Baptiste, de l'Ordre de Malte (Rome), dimanche 24 septembre 1978

La scène est plongée dans le noir. Attente. Quelqu'un ouvre une grande fenêtre donnant sur le Forum. La lumière éclaire un lit sur lequel gît, inconscient, un vieil homme -Montale-. Il a soixante-trois ans mais il est si abîmé par la vie qu'il en paraît plus âgé. Dans le contrejour se dessine la silhouette de soeur Milena, une jeune religieuse portant une blouse d'infir­mière sur des habits séculiers. Elle s'approche du lit.

SOEUR MILENA
Il fait jour. (L'homme ne répond pas. Elle le secoue, douce­ment.) Allez, réveillez-vous. Vous avez assez dormi... (Il ouvre les yeux.) Regardez ce beau temps, c'est une bénédiction du Seigneur... L'été est parti mais voyez comme la lumière est encore joyeuse, comme ces arbres aux couleurs changeantes sont beaux... Venez, regardez par la fenêtre. (Il ne fait aucun mouvement de la tête. Il la regarde, apeuré.) Vous devriez vous forcer un peu. Ne vous inquiétez pas, le docteur va passer dans un instant... (Il refuse d'un geste de la tête.) Vous ne voulez pas ? Le docteur doit pourtant vous examiner... (Il tente de se redresser, en vain.) Que faites-vous ? Où allez-vous comme ça ? Vous êtes trop faible, vous le voyez bien ? Allons, il faut rester au lit sans bouger. Faites ce que je vous dis. Soyez raisonnable... (Elle arrange les draps et tente de le calmer.) Vous ne vous souvenez de rien, n'est-ce pas ? (Il fait non de la tête.) Vous êtes à l'hôpital... L'Hôpital Saint Jean-Baptiste. On vous a trouvé hier soir évanoui en pleine rue, sans papiers. Il ne faut pas abuser de l'alcool. Déjà que vous n'avez pas l'air d'être en très bonne santé... (Il n'oppose plus de résistance, il se laisse aller.) Mais vous vous rappelez votre nom, n'est-ce pas ? Dites-moi votre nom... Où habitez-vous ? Vous habitez ici, à Rome ? C'est pour prévenir votre famille. (Il fait non de la tête à nouveau.) Cela veut dire que vous n'avez pas de famille, ou que vous ne voulez pas qu'on la prévienne... ? (Il fait non une fois de plus. Il s'énerve. Elle tente de le calmer.) On n'appellera personne, je vous le promets... Mais ne vous énervez pas. Dans votre état, vous ne devez pas vous agiter. (Pause.) Dites-moi au moins votre nom... (Il reste silencieux.) Qu'est-ce qu'il y a, vous ne voulez pas me le dire ? Je vous propose un marché : je vous dis le mien et ensuite vous me dites le vôtre... D'accord ? (Il ne répond pas.) Alors... je m'appelle soeur Milena... (En entendant ce nom, il se crispe légèrement. Mais elle ne s'en rend pas compte et continue à parler, souriante.) Vous me voyez en blouse d'infirmière mais en fait je suis religieuse. Je sais que bien souvent les gens n'aiment pas se réveiller dans un hôpital et trouver une bonne soeur à leur chevet, mais je vous promets que je n'ai jamais mangé personne...

MONTALE
(D'une voix faible.) Tako si mi nedostajala.

SOEUR MILENA
(Surprise.) Comment ? (Elle le regarde.) Qu'est-ce que vous dites ?

MONTALE
(Il répète sur le même ton.) Tako si mi nedostajala.

SOEUR MILENA
(Etonnée de ce qu'elle vient d'entendre mais se reprenant.) Govorite hrvatski ?

MONTALE (La prenant par la main.) Zasto si me ostavila samog ?


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