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Julien dit l'Apostat. Histoire naturelle d'une famille sous le Bas-Empire

Couverture du livre Julien dit l'Apostat. Histoire naturelle d'une famille sous le Bas-Empire

Auteur : Lucien Jerphagnon

Préface : Paul Veyne

Date de saisie : 26/06/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Tallandier, Paris, France

Collection : Biographie

Prix : 25.00 € / 163.99 F

ISBN : 978-2-84734-516-2

GENCOD : 9782847345162

Sorti le : 03/04/2008


  • La présentation de l'éditeur

On avait exterminé sa famille entière.
On l'avait relégué dans un lointain palais truffé de mouchards. On méditait même d'en faire un prêtre. Bref, le très chrétien Constance glorieusement régnant n'avait rien négligé pour évincer julien de la pourpre de ses ancêtres. Et voilà qu'il était devenu empereur de Rome ! Et qu'entre-temps il s'était converti en secret aux dieux qu'on croyait morts. Et alors... La noire saga d'une dynastie, hantée de monstres froids, de prélats doubles.
de barbouzes et de philosophes arrivistes est racontée ici jour après jour, au plus près des textes. Extraordinairement informé, Lucien Jerphagnon joint à l'érudition un rare talent d'évocation. En entreprenant cette réhabilitation de l'empereur Julien, il réussit avec ce livre un modèle de biographie.

Membre associé de l'Académie d'Athènes, Lucien Jerphagnon est spécialiste de la pensée antique. Il a dirigé l'édition des Œuvres de saint Augustin dans la Bibliothèque de la Pléiade. Il a publié chez Tallandier Histoire de la Rome antique ; Les Divins Césars : Idéologie et pouvoir dans la Rome impériale ; Les Dieux et des Mots : Histoire de la pensée de l'Antiquité et du Moyen Age ; Le Petit Livre des citations latines ; Laudator temporis acti : C'était mieux avant.





  • La revue de presse Marc Semo - Libération du 13 juin 2008

Ecrite avec souffle, débordante d'érudition mais jamais pédante, la biographie de Jerphagnon, réhabilite en partie la figure de l'empereur-philosophe, nourri de Platon, qui emportait ses «chers livres» en campagne. Il fut haï par les historiens chrétiens qui l'affublèrent de l'épithète infamant «d'apostat» et pendant des siècles, il fut le symbole même de l'Antéchrist. Mais le destin météorique de Julien fascina à l'opposé la Renaissance comme les Lumières, ainsi que de nombreux écrivains comme Ibsen ou Gore Vidal. Le sous-titre ce livre foisonnant est «Histoire naturelle d'une famille sous le Bas-Empire». C'est en effet la fresque d'un univers finissant, avec ses débats philosophiques passionnés et ses conflits religieux violents, y compris entre chrétiens. Les barbares sont aux portes, pour la plupart déjà romanisés, un monde grouillant de guerriers, de femmes et d'enfants débordant les défenses là où elles s'affaiblissent, pour vivre en terre d'empire : «Le climat y était plus humain et les chances de subsister plus sûres.» Dans ce monde en plein tumulte se déroule la vie de Julien, dont les péripéties dépassent les intrigues les plus échevelées des romans historiques.



  • Les premières lignes

Prologue :

Samarra, sur le front perse,
26 juin 363.

Vient toujours un moment où les médecins ne vous guérissent pas. Julien en était sûr, maintenant : l'heure était venue pour lui d'aller voir les dieux, de rejoindre le Soleil dans sa course idéale. De ce monde, il ne connaissait encore que la partie visible, qui déjà est si belle. Avoir part à cette gloire enfin dévoilée, qu'il cherchait depuis toujours ! Quelle impression cela pouvait-il faire de n'être plus qu'une âme, et de monter aux cieux ? Et puis, l'ami Saloustios avait raison : «Même si rien de pareil n'arrivait, la vertu suffirait déjà à vous rendre heureux.»
Julien n'avait pas peur. Seulement soif, mal, froid et chaud à la fois. Sa blessure avait fini par s'engourdir, mais n'était-ce pas lui tout entier qui s'endormait ? D lui venait une immense indifférence, qu'il ne se connaissait pas. Au fond, le drame, ce n'était pas la mort ; c'était la vie.
Dans peu de temps, il abandonnerait sur place la blessure, la fièvre, la soif, le corps. Avec sa vie morte, il quitterait enfin la sueur, le sang et les larmes.*Bizarrement, ces dernières minutes prenaient toute une vie. Des images lui revenaient, à la limite du rêve. Il entendait des clameurs, des pas précipités, le bruit de ferraille des cuirasses et des armes. Mais était-ce dehors, dans le camp, ou dans ses souvenirs ? Cette nuit-là - il était alors tout petit -, ils étaient entrés en trombe. Des types en armes, qui lui semblaient énormes. Il se rappelait que son frère Gallus dormait. Pauvre Gallus ! On le donnait pour mort. Les soldats avaient dit : «Et celui-là ? Qu'est-ce qu'on en fait ?» Une voix grasse avait répondu : «Laisse tomber. Il est foutu. Il crèvera bien tout seul.» Et ils étaient repartis. Et lui, l'avaient-ils seulement vu, près du lit de Gallus ? Ou alors ils l'avaient épargné, parce qu'il était trop petit ? Il n'avait jamais su.
Une odeur de sang. Le sang de sa blessure. Le sang de Jules Constance, son père, couché sur les dalles du palais de Constantinople. Mort. Et son autre frère, et les deux Delmatius, le père et le fils, tous morts. Plus tard, Gallus mort. Il était resté tout seul. Maintenant, c'était son tour.
Il voyait des visages penchés sur lui : Oribase, le médecin, Maximos, Priscos, Saloustios, vieux amis déjà d'un autre monde. Il n'avait plus tellement envie de bavarder avec eux, comme autrefois, de l'âme, de l'immortalité, ni de quoi que ce soit. De toute façon, il allait savoir. Et puis, il était trop fatigué. Des mains penchaient vers lui une coupe, et ce fut comme s'il buvait pour la première fois. Et il sentit qu'il allait s'endormir.


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