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Nous, enfants de la tradition

Couverture du livre Nous, enfants de la tradition

Auteur : Gaston-Paul Effa

Date de saisie : 17/06/2008

Genre : Romans et nouvelles - français

Editeur : A. Carrière, Paris, France

Collection : Roman

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-84337-446-3

GENCOD : 9782843374463

Sorti le : 05/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

C'est un fait dont on parle trop rarement : au moins un Africain émigré sur deux adresse les trois quarts de son salaire à sa famille restée sur le continent afin d'assurer sa subsistance. Osele, l'aîné de trente-trois enfants, est envoyé en France, où il fait de brillantes études d'ingénieur. Marié à une Française, père de deux enfants, il expédie tout son salaire en Afrique, ce qui le mène à la rupture conjugale. Le narrateur n'a de cesse de se justifier en remontant le cours de sa mémoire, dégageant peu à peu le modeste gisement d'une existence vouée au respect de la tradition. Cet homme dénué d'agressivité, qui n'élève jamais la voix, avec quel acharnement il dénonce la perpétuation d'un héritage ! Souvent, il invoque la peur, sa peur. Au fil des mots, il redessine le trajet de sa vie, à laquelle il offre un contour neuf, une nouvelle dignité. Mais un homme seul peut-il s'opposer à un peuple conservateur qui a tout intérêt à entretenir une telle dépendance ? Menacé de mort, frappé par la maladie, Osele exprime la dérision d'un combat inégal.

Enseignant de philosophie et écrivain, Gaston-Paul Effa vit en Lorraine, où il préside le prix Erckmann-Chatrian. Il participe à la rubrique littéraire du Républicain lorrain. Il a publié aux Éditions Anne Carrière À la vitesse d'un baiser sur la peau (2007).



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  • La revue de presse Claire Julliard - Le Nouvel Observateur du 5 juin 2008

Gaston-Paul Effa témoigne des souffrances infligées au nom de la tradition africaine...
L'écrivain est celui qui rompt avec les diktats familiaux et sociaux. Le livre d'Effa est à ce titre un récit de formation, l'histoire d'un exorcisme. Son héros traverse mille petites morts pour s'alléger d'un destin tout tracé. Au bout de son calvaire, il se sent plus fort. Le malheureux Osele, dont l'animal totem est l'âne, est devenu un héros. Capable de créer un univers, au lieu de se laisser porter par les caprices du monde qui l'environne. Capable, au lieu de la subir, de célébrer la tradition africaine sans laquelle il «n'aurait rien eu à dire». Car quoi qu'il fasse, Osele, revendiquant sa double culture, sera toujours à la frontière. C'est finalement sa richesse. Son récit ose s'attaquer a un tabou et il a de quoi faire mentir l'un des précédents titres de l'écrivain : «Le cri que tu pousses ne réveillera personne». Parions qu'il sera entendu...



  • Les premières lignes

- Je voulais payer des factures aujourd'hui et, une fois de plus, il ne reste rien sur notre compte. On est le 10 du mois et je n'ai pas vu passer ton salaire. Comment vais-je payer l'électricité, le loyer, faire les courses jusqu'à la fin du mois ? De ton salaire d'ingénieur, il ne te reste donc rien pour notre famille ? Et tu prétends être un homme intelligent et responsable ?
Je ne peux lui répondre. Je réfléchis. Pour ceux qui me connaissent superficiellement, j'étais, avant de rencontrer Hélène, ce qu'on appelle encore - mais sans doute pour peu de temps - un «élu des dieux». C'est-à-dire un homme né dans la misère, que les fées avaient distingué pour en faire un être à l'abri du besoin. Je dois mon droit d'aînesse à un vieil homme visionnaire ; les esprits lui avaient parlé en songe : malgré mon jeune âge, ma constitution fragile, je serais un jour responsable de tous les miens, je ferais une carrière brillante, j'aurais beaucoup d'argent, j'enterrerais dignement les anciens de mon clan, mon visage serait le soleil des morts, toute ma vie j'honorerais la tradition. Élu très tôt l'aîné de ma famille, je fus pris dans une spirale où tournoyaient avec moi tous ceux que j'aimais. Ces êtres avec lesquels j'étais censé vivre, que j'étais censé protéger, et dont je m'occupais si peu, je les voyais au contraire entraînés avec moi dans le même étrange naufrage.
- Ta famille africaine ne te fait miroiter que ton droit d'aînesse et la tradition lorsqu'elle a besoin d'argent pour payer un mariage, un enterrement de plus. Mais qu'est-ce qu'ils croient là-bas, qu'il suffit de ramasser l'argent dans les caniveaux et de l'envoyer par Western Union ? Ils savent que tu te tapes des journées de douze heures de travail pour eux ?


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