Auteur : Gérard Collomb | Marie-José Jolivet
Date de saisie : 05/06/2008
Genre : Sociologie, Société
Editeur : Ed. du CTHS, Paris, France
Collection : Le regard de l'ethnologue, n° 18
Prix : 28.00 € / 183.67 F
ISBN : 978-2-7355-0662-0
GENCOD : 9782735506620
Sorti le : 29/05/2008
Histoires, identités et logiques ethniques
Amérindiens, Créoles et Noirs Marrons en Guyane
L'identité collective à laquelle a longtemps renvoyé la qualification de «Guyanais» s'est formée au cours de l'histoire moderne de la Guyane à partir de la double polarité de la créolisation et de l'appartenance à la nation française. Elle semble aujourd'hui remise en question par les transformations démographiques, économiques et culturelles que la région a connues au cours de ces dernières décennies. Le processus de créolisation n'est plus à même d'absorber les nouvelles populations, nombreuses et très diverses, désormais présentes sur le sol guyanais, et l'appartenance à la France ne suffit plus à fonder un imaginaire commun donnant unité et sens à ce territoire que l'histoire de la colonisation a séparé du Brésil et du Surinam.
Pour tenter d'éclairer ce nouvel environnement, les textes rassemblés dans l'ouvrage s'interrogent sur la manière dont se sont construits les rapports entre les différents groupes installés sur le fleuve Maroni, limite entre la Guyane et le Surinam mais surtout espace transfrontalier Dans cette petite région, Amérindiens, Noirs Marrons et Créoles se sont rencontrés et ont cohabité. Les uns et les autres sont amenés aujourd'hui à reconstruire les rapports mutuels qu'ils avaient établis anciennement et à nouer de nouvelles (dations avec les derniers arrivés, illustrant de manière éclairante la dimension multiculturelle de la Guyane et la complexité de son histoire.
Gérard Collomb est anthropologue, membre du Laboratoire d'anthropologie des institutions et des organisations sociales (LAIOS-EHESS/CNRS) et de l'équipe «Enseignement et recherche en ethnologie amérindienne» (EREA-PARIS X/CNRS). Marie-José Jolivet est anthropologue, directrice de l'unité de recherche «Constructions identitaires et mondialisation» (URCIM-IRD).
Extrait de l'introduction de Gérard Collomb et Marie-José Jolivet :
Entre affrontement et «communauté de destin» : les voies du multiculturalisme
La question de la diversité des origines culturelles et des rattachements identitaires des groupes composant la population guyanaise occupe aujourd'hui une place croissante dans le débat public et dans les médias de ce pays ; cette diversité suscite, au sein de la classe politique, des inquiétudes bien réelles quoique paradoxales, tant elle est associée, depuis au moins un siècle, à l'histoire moderne de la Guyane qui a formé ici une configuration originale en rassemblant un grand nombre de groupes socioculturels : Amérindiens de différentes «nations», Blancs (colons, administrateurs ou bagnards autrefois, aujourd'hui le plus souvent fonctionnaires ou commerçants), Créoles descendant des esclaves libérés en 1848 ou affranchis auparavant, Marrons (localement dits Businenge) et leurs sous-groupes, nés des grands mouvements de marronnage qui affectèrent les plantations surinamiennes aux XVIIe et XVIIIe siècles, Indiens d'Inde (localement dits Coolies), Créoles antillais immigrés au temps de l'orpaillage, Chinois aujourd'hui surtout impliqués dans le commerce, Hmong venus plus récemment du Laos via les camps de réfugiés de Thaïlande, sans oublier les migrants que la pauvreté a poussés, ces trente dernières années, à quitter Haïti, le Guyana, le Surinam et le Brésil, pour tenter leur chance dans ce département français d'Amérique...
Si la diversité de la population guyanaise qui fut un temps acceptée, voire valorisée, est désormais de plus en plus souvent pensée comme une hétérogénéité menaçante, c'est que derrière elle se profile l'interrogation préoccupante que suscitent les récentes et considérables transformations démographiques, économiques et culturelles du pays.
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