Auteur : Catriona Seth
Date de saisie : 31/05/2008
Genre : Histoire
Editeur : Desjonquères, Paris, France
Collection : L'esprit des lettres
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 978-2-84321-107-2
GENCOD : 9782843211072
Sorti le : 29/05/2008
C'est la grande affaire des Lumières : on n'échappe guère à la petite vérole qui tue et défigure. Apparaît alors en Europe une méthode d'immunisation pragmatique, l'inoculation, remède dangereux pour les uns, poison salutaire pour les autres : il s'agit de contaminer un sujet sain pour tenter de contrôler l'évolution du mal. L'impact sur les mentalités comme sur l'imaginaire est immédiat et sera durable. Les inoculistes suscitent admiration, opprobre, méfiance. Leur pratique révèle ou aiguise les interrogations, les hantises et les espoirs du siècle. Voyageurs, scientifiques, journalistes, écrivains ou librettistes entrecroisent leurs discours. Les femmes ne laissent pas de jouer un rôle essentiel dans le débat.
De la littérature à la religion, de la philosophie à la médecine, de la mode aux mathématiques en passant par la politique, aucun domaine n'échappe à l'étude que propose Catriona Seth de ce fait culturel global. Tout en apportant une contribution de choix à l'histoire des représentations, elle soulève des questions qui restent les nôtres : les devoirs de l'État en matière de santé publique, le lien entre risque individuel et bien collectif, le droit pour chacun de disposer de son corps, la relation de l'homme à la maladie et à la mort. A l'heure du questionnement bioéthique, cette enquête est décisive.
Catriona SETH est professeur à l'Université de Nancy. Après des études à Oxford et à la Sorbonne, elle a enseigné à Rouen, à Angers et à Paris IV. Elle est spécialiste de la littérature et de l'histoire des idées du XVIIIe siècle.
Extrait de l'avant-propos :
Il ne faut pas s'attendre à trouver ici un livre classique d'inoculation. Si l'on excepte certain plan sur lequel, à ce que je crois, on n'a point encore travaillé, tout est épuisé sur cette matière.
L'Haridon, Avis aux dames françaises sur l'inoculation de leurs enfants (1801)
Au siècle des Lumières, la variole est un lieu commun au sens propre : la plupart des gens y passent. Le débat sur l'inoculation est une prise de conscience des différentes voies offertes qui autorisent pour la première fois l'homme à choisir son orientation.
La médecine des Lumières dicte un nouveau rapport entre l'âme et le corps. Par la maladie, l'on prend conscience d'un physique négligé par manque d'hygiène ou par méconnaissance de la pharmacopée. L'homme peut ainsi se libérer, en partie au moins, de sa dépendance sur la machine, aller au-devant des maux, supprimer le hasard et braver la mort. Par l'inoculation, qui donne de manière préventive la petite vérole - comme on appelle alors la variole - pour en prémunir, la médecine entre dans une ère nouvelle.
Les débats professionnels aident à affranchir l'individu. L'impuissance face à la maladie lorsqu'elle se déclare est surmontée par cette variolisation préventive. Il s'agit d'une technique empirique qui s'explique mal à l'époque. L'incompréhension du mécanisme de la contagion, les débats sur la présence d'un germe inné de la variole, l'imprécision dans le diagnostic, montrent la difficulté d'arriver à des résultats scientifiques. Nous savons maintenant que la version inoculée de la petite vérole est moins dangereuse que la naturelle pour trois raisons : l'on en administre une version bénigne - comme apprivoisée - esquissant ainsi l'action pastorienne d'atténuation volontaire de la virulence des matières pathogènes ; l'inoculable, comme on dit alors, doit être en bonne santé et préparé avant de subir l'opération, il est contaminé à un moment opportun ; lorsque la maladie passe par l'inoculation sous-cutanée, sa progression est plus lente que par la voie respiratoire. Le patient a donc le temps de fabriquer des anticorps. Si le processus est identique, il faut rappeler ici la distinction essentielle entre l'inoculation et la vaccination. L'inoculation, pratiquée essentiellement au XVIIIe siècle en Occident, est l'insertion dans un corps sain de matière organique contaminée (pus, sang ou croûtes). Le patient souffre d'une variole généralement atténuée et est immunisé à vie d'une rechute. La vaccination, en revanche, est la communication d'une maladie autre, bénigne, la variole des vaches ou cowpox dont la proximité avec la petite vérole en protège pendant une durée limitée.
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