Auteur : Renée Poznanski
Date de saisie : 11/07/2008
Genre : Histoire
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Histoire
Prix : 34.00 € / 223.03 F
ISBN : 978-2-213-63570-5
GENCOD : 9782213635705
Sorti le : 21/05/2008
Les dits - et les non-dits - de la propagande développée par la Résistance nous mènent au plus profond de l'imaginaire social de la France de l'Occupation. Dans la guerre du verbe entre les Français de Londres - émissions de la BBC renforcées par la presse clandestine - et la voix officielle de Vichy, l'enjeu était de séduire une opinion qui au début avait soutenu Pétain avec ferveur.
Quant aux Juifs, ils ont subi presque tout de suite les effets d'une double persécution, l'une pilotée par Vichy, l'autre imposée par les Allemands. À la marginalisation à laquelle les procédures d'exclusion les acculèrent se superposèrent bientôt, pour beaucoup, l'internement puis la déportation vers un inconnu terrifiant. Des explications circonstanciées en même temps qu'un tapage haineux précédèrent et accompagnèrent chacune des étapes de leur calvaire. En face, la propagande de la Résistance a parfois mené et souvent esquivé la bataille sur ce front dans une guerre des mots.
Aucune étude d'ampleur ne s'était encore penchée attentivement sur la façon dont la Résistance s'est exprimée sur les persécutions antisémites en France et/ou sur le sort des Juifs déportés à l'Est. Comparer les publications des organisations juives, les émissions de Londres et la presse des mouvements montre que l'ignorance invoquée (a posteriori) sur le sort promis aux Juifs n'explique rien ; c'est dans les priorités des uns ou des autres que se trouve la clé des thèmes avancés, des expressions ambiguës ou des silences obstinés. Pour la première fois est examiné ici - force citations à l'appui - ce qui a contribué à en fixer l'échelle dans les médias de l'époque - collaborateurs ou résistants, autorisés, tolérés ou clandestins, radiophoniques ou écrits. Ces choix de propagande, mis en regard des études d'opinion circulant dans les milieux résistants, jettent une lumière crue sur la place qu'occupa «le Juif» dans l'imaginaire de la société française, comme dans l'esprit des élites en lutte contre l'occupation nazie.
En cela, ce livre apporte aussi une contribution majeure à l'histoire de l'antisémitisme et à celle de la Résistance.
Professeur de science politique à l'université Ben Gourion à Beer Sheva (Israël) où elle est titulaire de la chaire Yaacov and Poria Avnon d'étude de l'Holocauste, Renée Poznanski a édité le Journal de Jacques Biélinky (1992) et est l'auteur des Juifs en France pendant la Seconde Guerre mondiale («Pluriel», 2005).
Pour l'historienne, la "convention du silence", déplorée après la guerre par Raymond Aron, s'explique en grande partie par la volonté des combattants de l'ombre de ne pas briser un "consensus résistant" qu'ils savaient fragile. Sans cesse à la recherche du "plus petit dénominateur commun", ils choisirent de taire les sujets controversés. Citant des lettres reçues par l'équipe de l'émission "Les Français parlent aux Français", Poznanski rappelle ainsi que de nombreux auditeurs de la BBC approuvaient les lois antisémites de Vichy. Pour les gaullistes, accusés par leurs ennemis d'être "au service de la ploutocratie juive" (Paris-Soir, 30 octobre 1941), "le maître mot était la discrétion", résume l'auteur...
Les textes que Renée Poznanski exhume sont accablants. Ils rappellent que persista, jusqu'à la fin de la guerre, un "penser-double" qui ne prépara pas la société française, après l'ouverture des camps, à penser la singularité du génocide.
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