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Mireille Havet : l'enfant terrible

Couverture du livre Mireille Havet : l'enfant terrible

Auteur : Emmanuelle Retaillaud-Bajac

Date de saisie : 10/06/2008

Genre : Biographies, mémoires, correspondances...

Editeur : Grasset, Paris, France

Prix : 20.90 € / 137.10 F

ISBN : 978-2-246-68801-3

GENCOD : 9782246688013

Sorti le : 26/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Née dans le Médan d'Émile Zola en pleine affaire Dreyfus, issue d'une famille d'artistes peintres désargentée, Mireille Havet fascine très jeune tous ceux qui l'approchent : elle n'a pas quinze ans quand Apollinaire publie ses premiers poèmes, et en compte dix-neuf quand paraît son récit La Maison dans l'oeil du chat, préfacé par une Colette enthousiaste. Auteure en 1923 d'un roman acclamé par André Gide et René Crevel (Carnaval), Mireille Havet atteint sa maturité d'écrivain dans son extraordinaire journal intime, exhumé par miracle en 1995.
Séduisant hommes et femmes par son charme androgyne et sa liberté d'esprit, elle affirme dès l'adolescence une homosexualité sans tabou, qui lui fait vivre les liaisons les plus torrides. Le goût des drogues et une pauvreté croissante précipiteront hélas la garçonne flamboyante, égérie du Paris des années folles, dans la dépression et l'impuissance. Interprète du rôle de la Mort dans l'Orphée de son ami Jean Cocteau, la «petite poyétesse» d'Apollinaire meurt tuberculeuse et oubliée, à trente-trois ans. Fulgurante, passionnée, son existence illustre de manière exemplaire la trajectoire d'une génération que le traumatisme de la Grande Guerre livra à tous les excès. Petite soeur méconnue de Raymond Radiguet, Pierre Drieu La Rochelle ou Louis Aragon, Mireille Havet eut comme seule boussole l'exaltation d'un moi qui trouva dans le sexe, la poésie, le noctambulisme et les paradis artificiels ses pistes les plus fécondes.

Née en 1967, maître de conférences à l'IUT de Tours, Emmanuelle Retaillaud-Bajac est spécialiste de l'histoire culturelle de l'entre-deux-guerres. Elle a publié La Pipe d'Orphée. Jean Cocteau et l'opium (Hachette Littératures, 2003) et Les Drogues, une passion maudite (Gallimard, 2002).





  • La revue de presse Josyane Savigneau - Le Monde du 30 mai 2008

La biographie est aussi enthousiasmante que le Journal et elle éclaire cette course folle vers le désastre. On voit mieux l'époque, l'entourage, et comment la petite Mireille, fille d'un peintre désargenté qui meurt lorsqu'elle n'a que 15 ans, devient une jeune prodige de la littérature. Puis une femme revendiquant avec insolence sa liberté, osant porter les cheveux courts. Une lesbienne qui fantasme sur la virilité et l'androgynie. Et, pour finir, une vaincue, brûlée par les amours impossibles et les drogues faussement consolantes, opium, cocaïne, héroïne, morphine.



  • Les premières lignes

Extrait de l'avant-propos :

L'un lui a dit : «Mireille, vous êtes une gonzesse de premier ordre» ; l'autre : «Une fille comme toi mérite la première place». Le premier s'appelait Guillaume Apollinaire, le second Jean Cocteau. Si l'on ajoute que Colette préfaça son premier livre, que Chanel l'habilla au théâtre, que René Crevel lui dédicaça plusieurs de ses ouvrages, qu'André Gide admira son seul et unique roman, alors le lecteur contemporain peut à bon droit s'étonner que le nom de Mireille Havet lui demeure presque inconnu, trop récemment exhumé de l'oubli à la faveur de la publication encore inachevée de son journal intime.
Les clés du succès, elle les détenait toutes, l'intelligence, la culture, le talent, la séduction, les relations. Son enfance fut radieuse et féconde, sa jeunesse, ardente et fière, sa maturité ouverte à tous les possibles. Très tôt, pourtant, des pièges presque invisibles vinrent ouvrir sur cette route lumineuse leur sinistre bouche d'ombre. La pauvreté, l'inconstance, le refus du travail, l'attrait des plaisirs faciles... «Faible, je l'ai toujours été, pas deux sous d'énergie, ni de suite dans les idées, reconnaîtra-t-elle, une fois passé le temps des triomphes. Des fringales, des passions pour les êtres, les voyages, un appétit d'ogre dans un corps de roseau.» Cette furieuse indiscipline n'était pas absolument sans cause. Des blessures familiales, une éducation trop buissonnière, une récurrente précarité matérielle... Sur ces fondations fragiles vint très vite peser la différence fondatrice d'une homosexualité sans concession, que ses infidélités multiples et son dédain absolu de tout calcul transformèrent en pente fatale : vouée aux hommes et au mariage, elle aurait pu n'être qu'une épouse volage ; lesbienne exclusive, elle s'exposa à nu à la violence des passions, sans les filets sociaux et personnels d'un Cocteau ou d'un Gide. La drogue, qui l'accompagna de sa vingtième année jusqu'à son dernier souffle, n'eut plus qu'à sceller une tombe qu'elle s'était elle-même employée à creuser de ses deux mains, si tôt complice avec la mort que Cocteau ne fit pas preuve d'une perspicacité exceptionnelle en lui confiant ce rôle dans sa pièce Orphée.


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