Auteur : Jean-Luc Marty
Date de saisie : 14/06/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Julliard, Paris, France
Prix : 19.00 € / 124.63 F
ISBN : 978-2-260-01735-6
GENCOD : 9782260017356
Sorti le : 03/04/2008
Depuis l'âge de dix ans, Enrique n'a plus de contact avec son île natale.
Revenu à Cuba à la suite de la mort mystérieuse de son père, il découvre un monde oublié : celui des quartiers noirs de Santiago et de La Havane. Peu à peu, son histoire croise celle de Zen, métisse d'une Cubaine et d'un marin japonais. Zen, la fille à la peau claire qui tresse les chevelures mieux que personne. Zen est-elle responsable de la mort du père d'Enrique ? Dans les rues de Cuba, les rumeurs tournent à ta vitesse du soleil, alimentant les chants des rumberos.
Les voix s'y répondent au fil d'une histoire commune, dont les versions diffèrent selon qui l'entonne. Percussive, alternant syncopes et longs phrasés, l'écriture de Jean-Luc Marty rend hommage à la tradition musicale cubaine qui transmet depuis des générations la culture des ancêtres.
Jean-Luc Marty est rédacteur en chef du magazine GEO. Homme de l' " ailleurs ", il écrit sur l'attente et les lieux de passage... Aux Editions Julliard, il a publié, en 2001, La Dépression des Açores.
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Sur ce thème éternel du retour au pays, de la quête des racines et de l'identité, Jean-Luc Marty a tissé un roman envoûtant, où passent des personnages mystérieux et hauts en couleur...
Marty, rédacteur en chef de Geo et passionné de voyages, joue de la polyphonie des voix, de la musique qui jaillit spontanément à chaque coin de rue, mais ne parle qu'à l'initié. Il raconte un Cuba intime, comme vu de l'intérieur, où le peuple a deux priorités : survivre et savoir de quoi son avenir sera fait.
À le voir ainsi, grand, l'allure sportive, on serait bien en peine de deviner l'effort qu'il doit produire pour rester dans sa marche. Bien sûr la descente le guide, la certitude qu'il descend, qu'il n'y a pas moyen de faire autrement car la ville s'étage de terrasse en terrasse jusqu'à la mer, mais voilà que ses pas imposent une autre version du paysage, métamorphosant les avenues qu'il avait longtemps rêvées immenses et pleines de monde en ruelles quasi désertes, ou bien les arbres hauts comme des buildings en palmiers amaigris le dépassant d'une courte tête. Sur les vérandas protégées par des grilles, des vieillards le suivent des yeux et le fragile balancement des fauteuils en osier accentue l'impression de trouble du Blanc qui avance au beau milieu de la rue, trop bien vêtu, d'une étrangeté accablante. «Et dire que je suis né à deux pas d'ici», se dit-il, prenant garde aux trous qui ouvrent la chaussée, parfois dans toute sa largeur. Au bord de l'un, plus profond que les autres, il distingue l'ombre tournoyante d'une patinette, esseulée dans la toute-puissance des cris d'enfants, propulsée par une cheville nerveuse qui l'arrache au revêtement couleur de pierre ponce en direction du bas de la ville et l'engin fait de bouts de bois rafistolés bascule dans une descente abrupte puis une autre, et encore une autre, tétanisant les bras du conducteur au fur et à mesure de l'accélération, remplissant ses yeux de larmes, jusqu'à percuter le vent remontant de la baie, un courant invisible qui annonce l'embardée à venir, les rires, les hurlements d'effroi des enfants. Laissant les clameurs derrière lui, le Blanc continue de descendre. A chaque à-pic, le bleu infini surgit, une mer si proche. Abusé par l'effet d'optique, il tente de reprendre appui, vite rattrapé par la rumeur qui tourne depuis des jours - dans le quartier de Trocha, le mari de Carmen, un policier, a été surpris dans le lit de Salvador, un danseur du Tropicana, mais Carmen aussi, paraît-il, ne se gênait pas avec Salvador... -, et la rumeur file sous son nez d'une encoignure de porte à l'autre, palpite dans la gorge des gens à l'arrêt d'autobus, se glisse entre la lame du barbier et la gorge d'un employé de la rhumerie, enfourche le porte-bagages de Juan, gardien d'un entrepôt au port, qui pédale vers la réunion hebdomadaire de son comité de défense de la Révolution. Tout en bas, à l'endroit où la ville se reprend, une femme casquée de bigoudis souffle avec colère dans le creux de sa main pour la faire disparaître, mais un rôdeur l'attrape au vol, l'enrôle dans son dialecte du coin de la rue jusqu'à l'Alameda, l'avenue qui longe la baie, à l'entrée de la zone portuaire où les regards absents de jeunes Noirs mettent le Blanc mal à l'aise, trop absents, sans qu'il puisse deviner malgré leurs pupilles paradisiaques s'ils le sont à eux-mêmes ou à lui. La diversion vient d'un chat en boule. L'un des lascars sort un couteau, il porte le maillot bleu ciel de l'équipe de foot d'Italie, il a les dents chaussées d'or. L'homme presse l'allure en regardant ailleurs mais le chat s'en sortirait, pas la rumeur venue de Trocha, usée jusqu'à la corde.
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