Auteur : Simone de de Beauvoir
Préface : Sylvie Le Bon de Beauvoir
Date de saisie : 10/07/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Gallimard, Paris, France
Collection : Blanche
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 978-2-07-012042-0
GENCOD : 9782070120420
Sorti le : 20/03/2008
Comment devient-on soi ? TeIle est la question que posent les Cahiers de jeunesse de Simone de Beauvoir.
Quand ils commencent, en 1926, leur rédactrice a dix-huit ans et " Simone de Beauvoir ", telle qu'elle deviendra célèbre, n'existe pas. Nous allons assister, de page en page, à sa naissance, en vertu de la métamorphose de mademoiselle de Beauvoir, jeune bourgeoise catholique du début du XXe siècle, en celle que ses amis appelleront le Castor, une femme libre. Il est rare d'assister sur le vif à une pareille "invention de soi".
"J'accepte la grande aventure d'être moi ", écrit-elle, et cette phrase symbolise la difficile entreprise où elle se jette, courant tous les risques sans aide, avec sa prodigieuse vitalité et son ardent amour de la vie. En effet, ce n'est pas seulement comme femme qu'elle se cherche, c'est comme individu, et cela bien avant de faire la connaissance de Jean-Paul Sartre, en 1929. Quand nous tournons la dernière page, en 1930, un être nouveau existe, dont l'assurance et l'autonomie nous frappent : " Conscience de toute ma force...
Etrange certitude que cette richesse sera reçue, que cette vie sera source où beaucoup puiseront. Certitude d'une vocation. " Sylvie Le Bon de Beauvoir
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Beauvoir à 18 ans ? Même Sagan n'a pas fait mieux. Ces six Cahiers de jeunesse, écrits presque quotidiennement de 1926 à 1930, révèlent la précocité d'un stradivarius de l'analyse intime. Ils étaient sept, le premier a disparu, reste 800 pages. Si un peintre devait les illustrer, ce serait Corot ou Foujita. Si une ombre devait les couvrir, ce serait celle du Grand Meaulnes. Et si un sentiment les porte, c'est bien entendu l'amour...
C'est naturellement l'amour qui mène la danse. Bien plus qu'un fantasme, il est une expérience fondamentale de la volonté : «Le sentiment le plus propre à tremper et à éprouver une âme.» Comme la vie, il n'a «pas de valeur morale», il faut simplement le vivre. Le mieux serait «l'amour pour un être de valeur à peu près égale à la vôtre, et c'est là le plus difficile, peut-être le plus fécond. Il n'est pas une subordination et il laisse à celui qui aime le soin de chercher ses propres directions, de mener une vie intellectuellement indépendante.» Elle ne rencontrera Sartre que deux ans après avoir écrit ça : il semble déjà attendu, comme la démonstration d'une existence voulue.
Dans ses «Cahiers de jeunesse» (1926-1930), édités pour la première fois, on découvre une jeune étudiante de philosophie qui vécut Mai 68 avec quarante ans d'avance. Loin des clichés liés à l'auteur du Deuxième Sexe, le journal inédit de Simone de Beauvoir (1908-1986) nous révèle une jeune femme en devenir proche de ses amis (dont Maurice Merleau-Ponty), qu'elle écoute jusqu'à endosser leurs angoisses. Il ne faut pas lire Cahiers de jeunesse, 1926-1930 avec en tête l'icône du féminisme qu'elle est devenue par la suite...
Son parcours initiatique demeure d'actualité parce qu'il est celui d'un individu qui refuse d'être teléguidé par les conventions de la société dominante. Beauvoir s'est construite peu à peu, sur fond de romantisme...
Avant d'endosser la panoplie d'une espèce de Bonnie Parker de l'intelligentsia à la recherche de son Clyde Barrow, elle nous a laissé le beau témoignage d'une enfant du siècle. A l'origine, au lieu de vouloir changer le monde, elle changea de monde. Un petit pas pour l'humanité. Un grand pas pour elle. A dix-huit ans, son unique combat politique était celui d'être soi-même. Pari gagné.
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