Auteur : Michel Lécureur
Date de saisie : 10/06/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Fayard, Paris, France
Collection : Biographies
Prix : 29.00 € / 190.23 F
ISBN : 978-2-213-63325-1
GENCOD : 9782213633251
Sorti le : 07/05/2008
Barbey d'Aurevilly (1808-1889), Normand républicain puis monarchiste catholique ultramontain, a toujours été un franc-tireur dans son propre camp, allant même jusqu'à oublier ses convictions réactionnaires pour avancer des idées parfaitement novatrices.
Dandy féru de lord Byron, de Chateaubriand ou de J. de Maistre, Barbey d'Aurevilly se révéla à la fois fin critique littéraire et polémiste outrancier. Il fustigea Hugo, Zola et Flaubert pour mieux encenser Balzac et Baudelaire. Mais ce journaliste boulimique et influent qui peina pourtant longtemps à publier ses textes, a-t-il été véritablement reconnu comme romancier de son vivant ?
L'origine de la particule nobiliaire de Barbey d'Aurevilly, ses études à Valognes, ses amours avec Louise Cautru des Costils puis, plus tard, avec la baronne de Bouglon, ses relations avec Maurice et Eugénie de Guérin ont fait l'objet de plusieurs interprétations approximatives voire erronées, que Michel Lécureur a su démêler.
Dans cette biographie richement documentée, M. Lécureur a respecté l'un des aphorismes de l'auteur des Diaboliques et d'Une vieille maîtresse, selon lequel «l'érudition par-dessus c'est le fardeau, par-dessous c'est le piédestal».
Michel Lécureur est l'auteur de nombreux ouvrages sur Marcel Aymé dont il a dirigé la publication des oeuvres romanesques et un Album dans La Pléiade. Biographe de Marcel Aymé, Raymond Queneau, René Fallet (Belles Lettres), il est passionné depuis toujours par Barbey d'Aurevilly, auquel il a consacré ses premières recherches ainsi que Barbey d'Aurevilly l'ensorcelé du Cotentin (en collaboration avec Christiane Lécureur, aux éditions Magellan).
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Il avait veillé à intimider ses futurs biographes, les comparant à des ogres en quête de pâture, mâchant à vide quand elle vient à manquer. Celle de Michel Lécureur lui eût paru bien sage pour la folie qu'il cultivait en lui. Elle a l'intérêt de restituer la foisonnante activité du journaliste, dictée par l'incessant besoin d'argent...
La critique de Barbey fonctionne comme un moteur à deux temps, l'anathème succédant au magnificat. Entre les deux, aucune place pour la modération : une imposture qui ne sert qu'à dissimuler la présence du mal et la férocité du monde.
Il nous révèle un Barbey dépouillé des oripeaux de sa légende, sur laquelle beaucoup ont écrit pour mieux s'en draper eux-mêmes, un Barbey plus pitoyable qu'exaspérant, un Barbey sans compromis, condamné à courir les journaux pour y exercer le métier de journaliste qu'il méprise, un Barbey solitaire dont l'immense talent de romancier n'est pas reconnu par un siècle bourgeois qu'il déteste, un Barbey complexe, mais un Barbey fulgurant, capable de décrire, dans L'Ensorcelée, l'abbaye de Blanchelande ou la lande de Lessay sans jamais y avoir mis les pieds !...
L'art du biographe, c'est aussi de savoir reconnaître les limites de la reconstitution. Ainsi Michel Lécureur espère-t-il que dans dix ou vingt ans un autre chercheur trouvera dans une vente des papiers qui apprendront quelque chose de nouveau sur Barbey, ou que les descendants d'Émilie Hortense de Bouglon, «l'Ange Blanc» que Barbey a tant aimé, accepteront enfin d'ouvrir leurs archives familiales qui lui sont restées fermées.
Un noble
Jules Barbey d'Aurevilly s'est toujours battu contre la bêtise. Sans cesse, il a flétri le manque d'esprit. Constamment, il a dénoncé la médiocrité, si bien qu'il s'est fait beaucoup d'adversaires, beaucoup d'ennemis. Lorsqu'il est mort, le 23 avril 1889, ils n'ont pas désarmé. L'insolent Barbey venait de disparaître. Tant pis ! L'impertinent chevalier normand finirait par payer ses mots assassins. On le ridiculiserait après son décès en démontrant qu'il n'était pas noble. Il en hurlerait de fureur dans l'au-delà. Il serait couvert d'opprobre par tous ceux qui avaient cru en lui... La cause était entendue. On allait s'employer à la faire triompher ! Certains articles nécrologiques furent tout simplement grotesques, ne serait-ce que par leur perfidie. Ainsi, La Dépêche de l'Ouest du 16 mai 1889, dans un texte, courageusement signé «X...», rappelait-elle que, le 16 mars 1789, lors de l'élection, à Coutances, des députés de la noblesse aux États-Généraux, il ne fut fait mention d'aucun Barbey d'Aurevilly et que, seul, un René Charles de Percy représenta une demoiselle Marie Jeanne Lucile Barbey de Taillepied. Et le journaliste de conclure finement : «Mais cette demoiselle n'a point été sa mère, encore moins le père de notre romancier. Qui sait ? Ce dernier a peut-être adopté la noblesse comme partie intégrante du costume de fantaisie qu'il s'était constitué, c'est-à-dire décoratif. Ce ne serait pas le premier exemple de cette sorte d'anoblissement.» Ce que cet échotier malveillant ignorait, c'est que cette demoiselle était une cousine de l'écrivain, fille de Jean Barbey des Tesnières, frère du grand-père de Jules Barbey d'Aurevilly.
Moins précis, Le Rappel du 26 avril 1889 écrivait, quant à lui : «"D'Aurevilly" ne figure pas sur son acte de naissance.
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