Auteur : Jean Rhys
Préface : Christine Jordis
Traducteur : Jacques Tournier
Date de saisie : 28/05/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Denoël, Paris, France
Collection : Et d'ailleurs
Prix : 14.00 € / 91.83 F
ISBN : 978-2-207-26018-0
GENCOD : 9782207260180
Sorti le : 10/04/2008
Regroupant un ensemble de nouvelles inédites en français, ce volume fait la part belle aux thématiques chères à Jean Rhys. Il y est question de Paris et de ses cafés, de Vienne la magnifique, de la vie de bohème, des paysages incandescents et sauvages des Caraïbes, de la douleur de l'exil, d'êtres écorchés par les aléas de l'existence, mais d'abord et surtout de femmes magnifiques et déchues, avides de liberté et de justice.
De toutes ces obsessions qui ont façonné la femme et l'écrivain qu'elle est devenue, Jean Rhys fait de la grande littérature. Dans le style elliptique qui lui est propre - un verbe sans aucun doute nourri du créole de son enfance - elle fait entendre sa voix, celle d'une femme en révolte permanente, et nous donne à voir avec une passion, une empathie et une modernité sans pareilles le quotidien chaotique du monde d'avant-guerre.
Jean Rhys est née en 1890 aux Antilles britanniques d'un père anglais et d'une mère créole. Adolescente, elle s'installe à Londres.
Jeune femme libre aux amours orageuses, Jean Rhys est de toutes les bohèmes, de Paris à Vienne. Dans les années 30, elle publie successivement quatre romans, Quai des Grands-Augustins, Voyage dans les ténèbres, Bonjour minuit et Quartet.
Après un long silence, elle connaît enfin le succès avec La Prisonnière des Sargasses en 1966. Elle décède en 1979. Tous ses romans ont été réédités par les Éditions Denoël.
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Pour Jean Rhys, «la peur est jaune». Et, si elle dit «jaune», ce n'est pas juste comme ça. Elle sait de quoi elle parle, la peur est omniprésente dans ses romans et ses nouvelles et elle n'est ni noire, ni violette, elle est jaune. Comme un ciel avant le cyclone ou les dents d'un mauvais râtelier qui s'échappent d'une bouche...
Avec l'Oiseau moqueur et autres nouvelles, textes inédits en français, Jean Rhys, comme dans Les tigres sont plus beaux à voir, montre tout son art de la forme courte. Il lui suffit de trois pages («Dans un café») pour dénoncer la cruauté à l'égard des êtres faibles.
En quelques lignes et une chanson, Jean Rhys pointe l'ingratitude dédaigneuse des hommes. La misanthropie, qui est ici un cri de révolte, fait toute la force et la beauté des héroïnes de ces nouvelles. Que ce soit dans une cellule de prison, une maison glacée, un bar miteux, des endroits miséreux, Jean Rhys en fait miraculeusement jaillir la lumière.
Un spiritualiste
«J'adore les femmes, croyez-moi, me dit le Commandant. Sans une femme dans ma vie, je n'existerais pas. Mais il faut avouer qu'on a parfois des déceptions. Elles sont carrément décevantes, ou d'une telle exigence qu'un jour arrive où l'on se dit inévitablement : à quoi bon ? De toute façon, ça craque. Ça craque toujours.»
Il ajusta avec soin son monocle pour regarder une passante, avec un air de vieux renard cynique et matois.
«Et pour moi, Madame, c'est toujours la faute de la femme. Toutes ces chamailleries, tous ces malentendus ! Surprenant de voir à quel point la plupart des hommes sont patients, prêts à toutes les sottises... Même un vieux Parisien comme moi, Madame... De tous les hommes, croyez-moi, ce sont les Parisiens les plus sentimentaux... Surprenant également de voir à quel point la femme la plus intelligente perd son calme et son assurance, à quel point elle s'arrange pour fondre en larmes au plus mauvais moment - en un mot : à quel point elles sont épuisantes !
«Il y a quelques mois par exemple j'ai été contraint de me séparer d'une exquise petite amie que j'adorais avec passion. Ses excentricités dépassaient la mesure. Même si l'on porte au fond du coeur le regret d'une époque plus charmante et qui n'existe plus, on se doit d'être de son temps. De tolérer une petite excentricité. C'est même très chic. Oui, le comble du chic aujourd'hui, c'est d'être excentrique. Mais quand elle me traîne chez un pharmacien, qu'elle m'oblige à lui acheter de l'éther, qu'elle l'avale brusquement dans le restaurant où nous dînons, et qu'ensuite au beau milieu du Boulevard, elle laisse pendre ses jambes par la portière du taxi, comprenez-moi, ça m'a mis mal à l'aise, J'ai trouvé qu'elle exagérait. Au beau milieu du Boulevard ! Le plus navrant, c'est qu'on ne peut plus demander à une femme, même à une Française, de rester digne, d'avoir une certaine tenue. Ah ! je me souviens d'une époque où les choses étaient différentes. Et tellement plus charmantes, à mon avis.»
Le regard du Commandant se perdit au lointain, et il devint sentimental. Il avait des yeux d'un bleu tendre. Il avait même légèrement rougi.
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