Auteur : Nicci French
Traducteur : Christine Barbaste
Date de saisie : 08/05/2008
Genre : Policiers
Editeur : Fleuve noir, Paris, France
Collection : Thriller
Prix : 20.00 € / 131.19 F
ISBN : 978-2-265-08223-6
GENCOD : 9782265082236
Sorti le : 15/05/2008
Charlie devrait déjà être rentrée. Elle avait promis d'être là de bonne heure. Parce que c'est le jour du grand départ en vacances qu'elle et toute sa famille attendent depuis longtemps.
Mais voilà, il est 11 heures, et Charlie n'est pas là. Pourtant, la camarade de lycée chez qui elle a passé la nuit prétend qu'elle est partie très tôt et, sur une petite île comme celle de Sandling Island, les trajets sont généralement rapides.
L'heure file. Nina est de plus en plus inquiète pour sa fille.
Et elle est bien la seule.
Car personne ne prend cette disparition au sérieux et personne ne la croit quand elle dit qu'il est arrivé quelque chose. Et elle le sait, elle le sent, Charlie est en danger. Isolée sur cette île anglaise battue par les vents, Nina vit le pire des cauchemars, celui que toutes les mères redoutent. Très vite elle comprend que son instinct maternel est son seul allié si elle veut sauver son enfant...
Sous le pseudonyme de Nicci French se cache un couple de journalistes londoniens, Nicci Gerrard et Sean French, qui conçoivent et écrivent à quatre mains des thrillers psychologiques. Une passion amoureuse et littéraire qui a donné naissance, entre autres, aux remarqués Sourire en coin et Les morsures du doute, déjà parus au Fleuve Noir. Séparément, ils sont également auteurs d'un grand nombre de nouvelles, essais et biographies, ainsi que de plusieurs romans.
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Parfois, j'avais l'impression d'avoir échoué aux confins du monde. La lumière hivernale sur le paysage plat, incolore ; le gémissement du vent, les criaillements des oiseaux de mer ; le mugissement mélancolique de la corne de brume, au large. Un frisson m'a secouée. J'ai piétiné énergiquement le sol pour me réchauffer les pieds, tout en songeant que, dans quelques heures, je serais loin.
Rick a lâché la clé à écrous et s'est dégagé de sous le capot de la voiture. Ma voiture. Il s'est frictionné un doigt. Les rafales glaciales du vent de nord-est chargées des premières gouttes de pluie avaient irrité son visage mal rasé et embué de larmes ses yeux bleu délavé. Sous ses boucles plaquées par l'humidité, je distinguais la forme de son crâne. Il a soufflé sur ses doigts exsangues et essayé de me faire son sourire de petit garçon, mais je voyais bien que le coeur n'y était pas.
- Rick, c'est gentil de ta part, mais tu n'es pas obligé de te donner tant de mal. À cause de ce cliquetis dans le moteur, j'ai cru qu'un truc s'était dévissé. Je ne t'aurais jamais embêté, sinon. Je pourrais la conduire au garage à notre retour de vacances.
Karen, sa femme, est sortie nous rejoindre avec trois tasses de café et autant de biscuits sur un plateau. Karen était grande, presque aussi grande que Rick, solidement bâtie mais mince. À certains moments, elle pouvait avoir une allure folle, être presque belle, et là, je comprenais pourquoi ces deux-là allaient si bien ensemble, mais trop souvent, elle avait les traits tirés, sa mise laissait à désirer comme si elle se négligeait. Ses cheveux marron, déjà mêlés de gris, étaient rassemblés en un chignon fait à la hâte. Sa peau était ridée, ses ongles rongés jusqu'au sang. Elle ne se maquillait que rarement et ne portait jamais de bijou, à l'exception de son alliance. Ses vêtements étaient toujours désassortis. Ce jour-là, elle avait mis une veste écossaise rose fraise et une jupe noire toute fine qui traînait jusqu'au sol, au risque de la faire trébucher. Comme beaucoup de grands timides, elle était brusque, autoritaire. Un soir où elle était un peu éméchée, elle m'avait confié que la vie fonçait sur elle comme une nappe de brouillard et la prenait perpétuellement par surprise. Peut-être était-ce pour cette raison que sa conversation était décousue et que son attitude oscillait souvent entre un sarcasme mordant et une colère à fleur de peau.
- Avec beaucoup de lait et sans sucre, c'est ça ? Alors, comment ça se passe ? C'est réglé ?
Rick lui a décoché une grimace exaspérée, puis a contemplé la batterie de ma voiture au sol et quelques autres pièces que j'aurais été bien en peine d'identifier.
Une petite lueur s'est allumée dans les yeux de Karen.
- Tu as dit quand tu es revenu que ça serait réglé en deux minutes.
- Je sais, a répondu Rick d'un ton cassant.
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