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Paris, mon pote

Couverture du livre Paris, mon pote

Auteur : Robert Giraud

Date de saisie : 08/05/2008

Genre : Essais littéraires

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-84263-156-7

GENCOD : 9782842631567

Sorti le : 16/05/2008


  • La présentation de l'éditeur

Nom : Giraud, prénom : Robert (la maison accepte également Bob, avec le rond de serviette d'un «O» moelleux à souhait), profession : flâneur virtuose, flânocheur émérite, maître-rôdeur, promeneur comme on a l'oeil bleu et le menton pointu. Une vie à laisser la trace de ses coudes sur tous les zincs panaméens, à empreindre le bitume de la sculpture de ses chausses. Grand du comptoir comme d'autres d'Espagne. Une rue parisienne où l'on ne croise pas Giraud n'est qu'une voie publique ; les zincs qu'il n'honore pas, de simples débits. Son oeil fait tout, sa capacité à humer les ambiances, papiller l'arôme d'un comptoir, nous le livre tout fumant. Dont acte avec ces chroniques : on s'y heurte à Vincent Scotto ou Doisneau (le jumeau stellaire), on y serre les mains fragiles de Fréhel, on y croise des gitans en route pour inhumer en une sépulture secrète un parent conservé dans du sel, on écoute Jojo le Verdurier, on s'égare aux puces de Clignancourt («cet Angkor de la brocante»), voilà Nénette faite au Mercurochrome, tant d'autres... «Choses bues» jusqu'à la dernière goutte du terroir parisien dont cet ingénieux des Vins et Trottoir nous parle avec des finesses de braconnier. Laissez-vous prendre.



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  • Les premières lignes

Accordéon musette

Dans les années 50, le Batifol, c'était quelque chose. À première vue pourtant, rien ne le distinguait de ses semblables, honnêtes cafés-tabacs de quartier. Comme eux, il tendait fièrement sa carotte et arborait une rassurante tenue d'avant-guerre que la modernisation naissante n'avait pu encore échanger. Il avait un avantage cependant : celui d'être situé à deux pas de la porte Saint-Martin, au début du faubourg que ses habitants désignaient poétiquement entre eux par faubourg de la Chanson. La concentration dans ses boutiques de marchands ou de fabricants d'instruments de musique, dans ses passages et ses cours d'école d'accordéon, de guitare ou de man­doline, dans ses immeubles d'éditeurs de chansons, de bureaux d'impresarii, de compositeurs et d'arrangeurs, comme on dit aujourd'hui, lui valait tout naturellement cette nouvelle appellation. En rebaptisant le faubourg Saint-Martin, le bon sens populaire ajoutait une raison sociale à une carte de visite un peu courte.
Et le Batifol dans tout cela ? Lieu de rendez-vous désigné d'un petit monde régi par la musique, la chanson et le spectacle en général, il était en 1950 une étonnante bourse humaine de personnages se disant artistes qui, parés de l'accoutrement d'une vedette de music-hall admirée, prétendaient en toute simplicité être les authentiques sosies des brûleurs de planches de leur jeunesse révolue. Les tourneurs et les fournisseurs de bouche-trous qui meublaient les entractes des cinémas de province n'avaient qu'à évoquer l'une de ces stars pour voir de leurs yeux professionnellement blasés apparaître, à la demande, un lot de Mistinguett, de Chevalier, de Piaf, de Florelle ou autres copies conformes d'Henri Garât ou d'Albert Préjean. Marché à la criée de l'occasion chantante, le Batifol avait également ses grands du métier auréolés d'une gloire passée pour les uns mais bien actuelle pour certains. Les heures apéritives battaient le rassemblement de ces personnalités. En voisin conscient de son rôle de miroir à alouettes, Vincent Scotto, l'homme aux quatre mille chansons, arrivait le premier. Derrière la vitrine, sans aucune ostentation, mais tout de même il faut bien se montrer, il tenait table ouverte à une assemblée fidèle où brillaient René de Buxeuil et sa canne blanche, les chanteuses Roberte Marna, Jane Chacun, Benoîte Lab, Germaine Lix, Lina Margy et même Le Chanteur sans nom qui devant un verre perdait son anonymat.


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