Auteur : Gérard Chaliand
Date de saisie : 07/05/2008
Genre : Politique
Editeur : Archipel, Paris, France
Prix : 15.95 € / 104.63 F
ISBN : 978-2-8098-0066-1
GENCOD : 9782809800661
Sorti le : 07/05/2008
«Si tu ne connais ni ton adversaire ni toi-même, à chaque bataille tu seras vaincu», écrivait Sun Tzu, voici vingt-cinq siècles, dans L'Art de la guerre.
On ne peut dire que les guerres d'Irak et d'Afghanistan aient été engagées avec une vraie connaissance culturelle de l'adversaire. Aussi grave, mais plus paradoxal : les sociétés occidentales, croyant bien se connaître, mesurent mal leurs propres transformations et les conséquences militaires qui en découlent.
Ainsi, depuis plusieurs décennies, l'hémisphère Nord accuse un recul démographique, tandis que l'épicentre des conflits paraît de plus en plus se situer dans les opinions publiques, qui les veulent brefs et victorieux. La sensibilité d'une population vieillissante supporte mal les pertes militaires. Or, les guerres dites asymétriques sont, par nature, des guerres d'usure...
Des troupes occidentales peuvent-elles, aujourd'hui, gagner des guerres irrégulières ? Ont-elles encore intérêt à intervenir massivement ? De nouvelles stratégies prévaudront-elles demain ? Autant de questions que pose cet essai pour repenser l'art éternel de la guerre.
Gérard Chaliand est spécialiste des conflits et ses enquêtes de terrain lui ont fait partager, durant plusieurs années, l'expérience de luttes armées en Asie, en Afrique et en Amérique latine, comme, tout récemment, en Irak et en Afghanistan. Il a enseigné à l'ENA et au Collège Interarmées de Défense, à Harvard, à Berkeley, ainsi que dans nombre d'autres universités étrangères. Il a contribué, par ses Atlas (avec J. -P. Rageau), au regain d'intérêt pour la géopolitique. Ses ouvrages militaires (l'Amérique en guerre, Le Rocher, 2007; Histoire du terrorisme, Bayard, 2004) illustrent une approche nouvelle des questions de stratégie et des guerres irrégulières.
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Extrait de l'introduction :
La guerre entre groupes, empires ou États est une activité aussi ancienne que l'espèce humaine. La question de savoir si elle résulte d'une agressivité naturelle ou de la nécessité est d'un intérêt limité pour le stratégiste, qui constate le phénomène et cherche à l'analyser, à situer tel conflit selon ses caractéristiques dans la généalogie des guerres, non à le juger sur le plan moral.
Jadis, la défaite se soldait par l'esclavage et la déportation. La conquête, profitable, était légitimée par un ordre naturel du monde, réglé par les divinités des vainqueurs. La question de la guerre juste, posée par saint Augustin, au terme de près de quatre mille années de conflits historiques, trouve peut-être sa réponse mille ans plus tard avec Machiavel qui déclare, en substance, qu'une guerre est juste lorsqu'elle est nécessaire. Quoi qu'il en soit, la guerre a été considérée durant très longtemps comme une activité sociale ne nécessitant aucune justification. C'est encore le cas dans d'autres sociétés aujourd'hui.
Le caractère de la guerre se modifie selon la société, l'économie, la technologie et l'esprit du temps. Chaque époque, comme chaque société, fait la guerre d'une manière qui correspond non seulement à ce qu'on appelle sa culture stratégique, mais à l'évolution de ses données politiques et sociales.
Tous ceux qui sont quelque peu familiers des transformations de la guerre au cours des derniers siècles savent qu'entre 1792 et 1945 l'Europe a connu la guerre que Lazare Carnot dénommait «à outrance».
Celle-ci était due à des facteurs sociaux et culturels nouveaux, conséquences de la Révolution française. La proclamation des Droits de l'homme et du citoyen marque l'avènement de la démocratie sur le continent européen. La levée en masse remplace le mercenariat, annonçant les grandes guerres nationales à caractère absolu ; ces dernières étant en somme filles de la démocratie. L'aboutissement du nationalisme exacerbé mène à la guerre totale où, bientôt, les populations civiles sont prises pour cibles, autant sinon plus que les forces armées.
L'apparition du feu nucléaire, en 1945, constitue la plus considérable des mutations dans les affaires militaires, celle-ci étant qualitative et non plus quantitative, tels, par exemple, les progrès du feu entre 1860-70 et 1914, qui furent une surprise majeure de la Première Guerre mondiale. Depuis cette date, durant ce qu'on a appelé la «guerre froide», où l'équilibre entre les deux super-puissances reposait sur la dissuasion, les conflits classiques ont été limités en nombre : guerres israélo-arabes, indo-pakistanaises, guerre de Corée, guerre des Malouines, guerre irako-iranienne.
En revanche, la carte du monde, dans les trente années qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, a surtout été modifiée par des guerres irrégulières. Guérillas et actes de terrorisme ont eu, dans le cadre du nouvel esprit du temps, une importance qu'ils n'avaient pas connue au cours de la grande expansion impériale de l'Europe durant le XIXe siècle et le début du XXe.
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