Auteur : Sergueï Pavlovitch Diaguilev
Préface : Guillaume de Sardes
Traducteur : Guillaume de Sardes | Mireille Tansman-Zanuttini
Date de saisie : 03/05/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Hermann, Paris, France
Collection : Danse
Prix : 16.50 € / 108.23 F
ISBN : 978-2-7056-6620-0
GENCOD : 9782705666200
Sorti le : 24/05/2008
Traduit du russe par Mireille Tansman-Zanuttini et Guillaume de Sardes introduction, présentation, notes et dossier par Guillaume de Sardes
«J'appris que, lors de la mise en état de la tombe de Pouchkine, il s'était produit un glissement partiel du sol sablonneux de la colline, qui avait découvert un coin du cercueil. Je me précipitai vers la tombe et, en effet, là où la colline de sable avait cédé, j'aperçus un coin du cercueil sacré. Je l'entourai de mes bras et le baisai pieusement ; j'en arrachai même un débris de quelque chose qui me parut avoir été jadis un galon de passementerie...»
Les Mémoires de Diaghilev sont pleines d'anecdotes, souvent légères et drôles, sur les ballets russes, la cour de Russie et les personnalités du Tout-Paris. Le lecteur y croisera des grands-ducs, le tsar Alexandre III, les membres de la famille Pouchkine, Aristide Briand et des barytons ivres. L'intérêt de ces Mémoires ne se résume cependant pas aux savoureuses descriptions que Diaghilev fait de «la société des snobs». Les musicologues y trouveront d'importantes informations sur des compositeurs comme Massenet, Stravinsky, Tchaïkovsky, Rimski-Korsakov, etc., ou des chanteurs, tels Tamagno ou Chaliapine. Enfin, ces Mémoires, qui jusque là étaient restées inédites, permettront aux esthètes de tout bord de mieux apprécier l'extraordinaire personnalité de celui qui, il y a tout juste cent ans, stupéfia la France avec ses concerts de musique russe.
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Boris Godounov de Moussorgsky
L'opéra Boris Godounov fut donné aux Théâtres impériaux peu de temps après avoir été composé. Sa création fut entourée d'incidents assez connus : deux scènes, celle de «la Cellule» et celle de «la Scène de l'insurrection avec l'innocent» furent interdites par la censure ; quant aux deux scènes polonaises, la Direction des Théâtres impériaux exigea de Moussorgsky qu'il les ajoutât à l'opéra.
Dans le manuscrit original de Moussorgsky, qui n'a jamais été recopié et, de fait, jamais édité (à savoir, la partition, antérieure aux remaniements et à la réorchestration de N. A. Rimski-Korsakov, qui servit à conduire l'orchestre lors des premières représentations de l'opéra), la scène de «la Cellule» était absente, mais je l'ai trouvée dans les papiers de Rimski-Korsakov.
Beaucoup de choses ont été dites sur l'idée géniale de Moussorgsky de terminer l'opéra, non par la mort de Boris, mais par la scène de la révolution et le chant de l'innocent, comme cela fut publié dans la première édition. Cependant, dans la partition manuscrite que je viens de citer, rédigée de la main du compositeur, l'opéra se termine par la scène de la mort de Boris, Moussorgsky ayant écrit à la dernière page : «Fin de l'opéra».
On notera ici que Moussorgsky, qui avait l'habitude d'indiquer les dates et les lieux de la composition des différents morceaux de ses opéras, écrivait alors déjà «Petrograd» et non «Pétersbourg».
Après les premières représentations, qui n'avaient pas obtenu le succès espéré, Rimski-Korsakov décida de réviser, réorchestrer et abréger l'opéra. Il serait vain de critiquer ici cette fâcheuse entreprise. Toutefois, lorsque je vins monter Boris à Paris, certaines scènes de l'opéra, tout d'abord supprimées, furent restituées par Korsakov et notamment, celle du célèbre «carillon» qui fit sensation.
J'appréhendais beaucoup la longueur de l'opéra et la coordination des scènes ; c'est pourquoi j'engageai avec Korsakov d'interminables discussions au sujet de leur transposition, notamment de la possibilité de placer «le Couronnement» après «la Cellule», afin de séparer les deux premières scènes populaires et terminer le premier acte par le couronnement. Du point de vue chronologique, la chose était plausible - j'avais demandé conseil à ce sujet à l'historien N. P. Kondakov - et sur le plan théâtral, cela offrait beaucoup plus d'avantages. La première année, je ne présentai à Paris ni l'acte de la Kortchma, ni celui de la chambre de Marina, afin de ne pas allonger l'opéra qui, selon l'opinion générale d'alors, devait déplaire aux Parisiens.
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