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Femmes alpinistes

Couverture du livre Femmes alpinistes

Auteur : Agnès Couzy

Date de saisie : 03/05/2008

Genre : Guides et conseils pratiques

Editeur : Hoëbeke, Paris, France

Collection : Destins de montagne

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-84230-308-2

GENCOD : 9782842303082

Sorti le : 06/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

L'alpinisme féminin, minoritaire, est longtemps demeuré dans l'ombre des exploits masculins. Pourtant les femmes sont présentes dès le début de ce sport et, outre les difficultés propres à la montagne, elles ont eu à en affronter bien d'autres : les préjugés, les conventions, les résistances des hommes, voire parfois leur sollicitude trop attentive envers le sexe supposé faible.
L'écrivain Agnès Couzy, fille du grand alpiniste français Jean Couzy et elle-même alpiniste, dresse un magnifique tableau de l'alpinisme féminin à travers le portrait et l'histoire de dix-huit femmes remarquables. Henriette d'Angeville, la pionnière, qui gravit le mont Blanc en 1838, ou la brillantissime grimpeuse et alpiniste Catherine Destivelle, mais aussi de moins connues comme la Canadienne Phyllis Munday ou l'Allemande Eleonore Noll. Elles ont fréquenté tous les massifs, des montagnes du Canada à l'Himalaya ou aux Alpes, et ont eu à faire face à des obstacles nombreux, parfois inattendus (comment, à la fin du XIXe siècle, rentrer dignement au village quand on est «vêtue en homme» et qu'on a oublié sa robe au sommet ?).
Parmi ces dix-huit femmes, plusieurs ont payé le prix fort, trouvant la mort en montagne, comme Claude Kogan ou Chantai Mauduit. Mais toutes, elles ont goûté la vie libre et sans entraves sur les sommets de la terre, le plaisir de grimper en tête de cordée ou en solitaire. Doublement hors norme, par le choix d'un sport à part et le dépassement d'un cadre social convenu, ces femmes sont des personnages d'exception.



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  • Les premières lignes

La fiancée du mont Blanc
Henriette d'Ange ville
(1794-1871)

Il revient à Henriette d'Angeville, et pas seulement pour des raisons chronologiques, de figurer en ouverture de ce livre : ce fut la première femme - de plus, aristocrate oisive - à oser défier un monde résolument masculin et rude, celui de l'alpinisme naissant. A une époque - nous sommes dans le premier tiers du XIXe siècle - où les codes sociaux, sans parler des difficultés techniques et du danger réel que représente une ascension en haute montagne, dressaient de terribles barrières même pour une femme entreprenante, elle imagina s'attaquer au symbole du courage et de l'exploit montagnard : l'ascension du mont Blanc.
C'est ainsi qu'au cours de l'été 1838, le docteur Coindet, un médecin réputé de Genève, entend la plus stupéfiante requête à laquelle il a jamais fait face dans son cabinet ! Une de ses fidèles patientes, Mlle Henriette d'Angeville, lui demande conseils et prescriptions, non pas pour soigner une quelconque maladie mais pour affronter la «fatigue» de l'ascension du mont Blanc ! Il connaît le fort tempérament de cette célibataire de quarante-quatre ans, et son caractère original et entreprenant. Mais de là à oser envisager de monter sur le toit de l'Europe... Car, un demi-siècle après la conquête du sommet, en 1786, par le chasseur de chamois Jacques Balmat et le docteur Michel-Gabriel Paccard, un départ pour le mont Blanc demeure à Chamonix un événement majeur. À l'annonce d'une expédition, toute la vallée bruisse de rumeurs, on suppute les chances, on monte sur les belvédères pour suivre l'ascension à la longue-vue, on tire le canon en cas de victoire. Le mont Blanc n'a guère été gravi plus de vingt fois. Le voyage est toujours jugé périlleux, encore plus depuis l'année 1820 où une avalanche a coûté la vie à trois guides ; c'était le premier accident spectaculaire de l'alpinisme. L'ascension demande de la résistance, car il n'y a pas de refuge sur la route - la première petite cabane des Grands Mulets ne sera inaugurée qu'en 1853 - et l'on doit bivouaquer en emportant un lourd matériel. La haute montagne reste un monde mystérieux et impressionnant et on ne se lance vers le plus haut sommet des Alpes qu'accompagné d'une cohorte de guides locaux, un minimum de cinq étant devenu obligatoire. Le premier Français (la vallée de Chamonix, comme toute la Savoie, appartient encore au royaume de Piémont-Sardaigne) vient seulement de parvenir au sommet : il s'agit du comte de Tilly, en 1835. Mlle d'Angeville, originaire du Bugey, ferait ainsi la deuxième ascension française et serait la première femme de l'histoire à y monter de façon volontaire. Car, s'il est vrai qu'une femme a déjà foulé le mont Blanc trente ans plus tôt, celle-ci reconnaît elle-même que, tirée et poussée, ce fut un peu contre sa volonté. Son exploit n'avait eu qu'une audience locale car Marie Paradis était une simple femme d'auberge des Pèlerins, à côté de Chamonix.
Les alpinistes, qu'on appelle encore les «voyageurs», sont peu nombreux et la présence des femmes en montagne est tout à fait exceptionnelle. Quelques aristocrates aux XVIIe et XVIIIe siècles, une poignée d'Anglaises, d'Écossaises, d'Allemandes et d'Autrichiennes au tout début du XIXe siècle, sont montées sur des sommets faciles et peu élevés. En 1810, l'impératrice Joséphine était bien allée au Montenvers, contempler la célèbre mer de Glace, mais ce n'était pas le mont Blanc et elle était escortée de soixante-huit guides...


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