Auteur : Forough Farrokhzad
Préface : Christian Jambet
Traducteur : Jalal Alavinia Jalal Alavinia | Thérèse Marini
Date de saisie : 30/04/2008
Genre : Poésie
Editeur : Lettres persanes, Paris, France
Collection : Nouvelle poésie persane
Prix : 22.00 € / 144.31 F
ISBN : 978-2-916012-06-3
GENCOD : 9782916012063
Sorti le : 26/04/2008
Col. Nouvelle poésie persane
«... Je fis connaissance avec les poèmes de Farrokhzad alors que j'étais comme saturé de lectures croisées de métaphysiciens d'Ispahan et de poètes de l'âge d'or de l'art iranien. La répétition et la rhétorique des dits d'amour avaient fini de me persuader que l'expérience de l'absolu, pour n'être point fictive, ni mensongère, n'était souvent qu'un affrontement de la langue persane avec elle-même, et que le sujet de cette expérience n'avait ni chair ni os, mais était le fantôme tremblant d'un amour aussi exemplaire qu'idéal. Les douleurs de la séparation, les joies éphémères de l'union étaient bien dites parce qu'elles étaient dites, ce qui ne signifie pas qu'elles soient futiles, mais que leur sérieux est inséparable de la jouissance infinie de chanter, ou de celle plus profonde du silence.
«Forough Farrokhzad rompt avec cette dialectique de l'expérience et du langage. Sa poésie est résolument moderne, en ce qu'elle ne fait pas de l'expérience amoureuse un fait du langage poétique, non plus que de la prosodie l'espace où se déploie la vérité de cette expérience. L'art lui permet, au contraire, de signifier l'excès ineffaçable de la douleur, de l'exil, de la perte et de la séparation, comme si le poème visait, en chacun de ses vers inégaux, un réel, que Farrokhzad nomme son secret, absolument rebelle à toute domestication poétique...»
Christian Jambet
Forough Farrokhzad
La princesse des poètes persans
Enfance
Toute poésie est liée à l'enfance, lieu de l'imaginaire, de l'enchantement et de l'émerveillement. Innocence, pureté et insouciance l'habitent également. Le poète en conserve toute sa vie la fraîcheur et la simplicité. C'est le cas de la poétesse iranienne, Forough Farrokhzad. L'envie de retrouver ce paradis perdu, la nostalgie de «Ces jours-là...», constituent l'un des thèmes dominants de sa poésie.
Forough Farrokhzad, née le 4 février 1934 à Téhéran, est la deuxième fille d'une famille de sept enfants, qui compte trois filles et quatre garçons.
Elle a vécu une enfance relativement heureuse, malgré une éducation très sévère, assortie parfois de mauvais traitements et même de violences. Le père, colonel de l'armée de Reza Shah, en charge des propriétés royales dans le Nord de l'Iran, avait transformé sa maison en caserne : discipline de fer, exercices obligatoires, travaux imposés et châtiments corporels très sévères. Pouran, sa soeur aînée le confirme : «C'est un père très sévère envers ses enfants, mais par ailleurs un amoureux d'histoire, de littérature et de poésie.» Sa mère, femme au foyer, simple et pieuse, avait développé envers les hommes une grande méfiance entièrement justifiée par ses déboires conjugaux. Obsédée d'hygiène et de santé, elle aussi faisait régner un ordre quasi militaire à la maison. Malgré la tendance monarchiste du père et la religiosité de la mère, presque tous les enfants sont devenus démocrates et républicains de gauche, mais sans engagement politique précis. Ils ont tous développé de très fortes personnalités, une indépendance d'esprit et une liberté de ton alliées à des sensibilités soit artistiques, soit scientifiques.
De nombreuses questions se posent encore concernant l'évolution de la personnalité de Forough. Dans cette esquisse biographique, nous allons tenter quelques réponses.
Comment Forough se comportait-elle au sein de sa vaste fratrie ? C'était déjà une rebelle : elle refusait de respecter les règles de conduite qu'on voulait lui imposer, et ne cédait pas à l'agressivité de ses frères. Pouran raconte que Forough rivalisait avec les garçons. Elle grimpait aux arbres, marchait sur la crête des murs et se bagarrait souvent avec ses camarades. Elle criait et hurlait, si ses désirs étaient contrariés et se mettait à pleurer en cas de détresse. Puis, lasse de l'angoisse et du silence, cette enfant pleurante souhaitait que le sommeil l'emmène au pays rose des fées de l'oubli. En effet, elle connut beaucoup de moments de détresse et pleura presque toute sa vie.
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