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La vérité de la démocratie

Auteur : Jean-Luc Nancy

Date de saisie : 29/05/2008

Genre : Politique

Editeur : Galilée, Paris, France

Collection : La philosophie en effet

Prix : 12.00 € / 78.71 F

ISBN : 978-2-7186-0772-6

GENCOD : 9782718607726

Sorti le : 02/05/2008


  • La présentation de l'éditeur

C'est à la politique en elle-même et au capitalisme en lui-même que s'adressait le mouvement profond de 68. C'est à la démocratie gestionnaire que s'en prenait sa véhémence et, plus avant encore, c'est une interrogation sur la vérité de la démocratie qui s'y ébauchait.

La vérité de la démocratie est celle-ci : elle n'est pas une forme politique parmi d'autres, à la différence de ce qu'elle fut pour les Anciens. Elle n'est pas une forme politique du tout, ou bien et à tout le moins n'est-elle pas d'abord une forme politique.

«Démocratie» est d'abord le nom d'un régime de sens dont la vérité ne peut être subsumée sous aucune instance ordonnatrice ou gouvernante mais qui engage entièrement l'«homme» en tant que risque et chance de «lui-même». Ce premier sens n'emprunte un nom politique que de manière accidentelle et provisoire.

Ensuite, «démocratie» dit le devoir d'inventer la politique non pas comme ordre des fins mais des moyens d'ouvrir et de garder des espaces pour les inventer. Cette distinction des fins et des moyens n'est pas donnée, pas plus que la distribution des «espaces» possibles. Il s'agit de les trouver, voire d'inventer comment ne même pas prétendre les trouver. Cette politique doit être tenue distincte de l'ordre des fins - même si la justice sociale constitue d'évidence un moyen nécessaire à toutes fins possibles



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  • La revue de presse Eric Aeschimann - Libération du 29 mai 2008

On enroule le tapis rouge, on décroche les images souvenirs, on éteint les sunlights : le quarantième anniversaire de Mai 68 est fini. Et il aura fallu attendre la toute dernière longueur pour en avoir le meilleur, en connaître le fin mot, l'ultimo ratio. «Il y a un rapport très étroit et très profond entre l'évocation du quarantième anniversaire de 68 et l'effervescence actuelle autour de la question de la démocratie», écrit Jean-Luc Nancy, dans un essai aussi court que dense et lumineux. Comme souvent, la solution crevait les yeux : 68 nous travaille parce que 68 traduisait le malaise de la démocratie, et ce malaise n'a pas cessé de croître depuis...
Un tel projet est une affaire de longue haleine, transgénérationnelle, et 68 n'est donc pas prêt de nous quitter. Suggérons tout de même, pour le 50e anniversaire, un moyen de gagner du temps : partir directement de la leçon de Nancy.



  • Les premières lignes

Après les dénonciations myopes ou apeurées de certains intellectuels, l'autorité qui préside à l'Etat français a voulu désigner «Mai 68» comme l'origine d'un relâchement et d'un relativisme moral, d'un indifférentisme et d'un cynisme social dont seraient victimes et la vertu politique et celle d'un capitalisme supposé doué de scrupules. L'accusation est tellement ahurissante dans son propre cynisme et tellement ingénue dans sa roublardise mal déguisée qu'il est inutile de s'attarder à la récuser. Il n'en reste pas moins à la fois inquiétant et significatif qu'une charge aussi grossière ait pu être simplement conçue. Inquiétant à cause des rigueurs auxquelles on veut ainsi nous préparer et significatif en raison de son angle d'attaque : accuser 68 d'immoralité, c'est garder intacts la vertu d'une bonne politique et le scrupule d'un bon capitalisme, l'une et l'autre au service des citoyens-travailleurs-épargnants. Mais c'est à la politique en elle-même et au capitalisme en lui-même que s'adressait le mouvement profond de 68. C'est à la démocratie gestionnaire que s'en prenait sa véhémence et, plus avant encore, c'est une interrogation sur la vérité de la démocratie qui s'y ébauchait.

Discerner et prolonger cette ébauche, tel est le propos des pages qui suivent.

68-08

Il y a un rapport très étroit et très profond entre l'évocation du quarantième anniversaire de 68 et l'effervescence actuelle, dont témoignent tant de publications, autour de la question de la démocratie. 68 a de fait engagé, sans qu'on ait su vraiment ou pleinement le percevoir sur le moment, la mise en question de l'assurance démocratique qui pouvait alors sembler confortée par les progrès de la décolonisation, l'autorité croissante des représentations de l'«Etat de droit» et des «droits de l'homme», en même temps que par l'exigence toujours plus nette d'une justice sociale dont les modèles ne fussent pas tributaires des présuppositions impliquées sous le terme de «communisme» tel qu'on était réduit à l'entendre.
Pour cette raison, il n'y a d'anniversaire de 68 qu'au sens où on peut en effet célébrer les quarante ans - une maturité encore capable d'être inquiète et aventureuse - d'un processus, d'une mutation ou d'un élan qui ne faisait, en cette année du «22 mars», que jeter ses tout premiers signes avant-coureurs et qui n'en est aujourd'hui encore qu'à un stade pour le mieux initial.
Il n'y a donc aucune raison de parler d'un «héritage» de 68 - qu'on se prononce, de manière assez ridicule, pour sa liquidation ou bien qu'on veuille le faire fructifier en prétendant renouveler son supposé printemps. Il n'y a pas d'héritage, il n'y a pas eu de décès. L'esprit n'a cessé de souffler.


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