Histoires brèves et ultrabrèves / Passion du livre

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.. Histoires brèves et ultrabrèves

Couverture du livre Histoires brèves et ultrabrèves

Auteur : Heimito von Doderer

Traducteur : Raymond Voyat

Date de saisie : 24/04/2008

Genre : Romans et nouvelles - étranger

Editeur : Serpent à Plumes, Monaco, France

Collection : Motifs, n° 310

Prix : 7.50 €

ISBN : 978-2-268-06517-5

GENCOD : 9782268065175

Sorti le : 24/04/2008

en vente sur


  • La présentation de l'éditeur

Des récits courts, percutants, souvent grinçants et toujours étonnants de justesse psychologique. De la plume de l'Autrichien Heimito von Doderer, plus connu comme maître d'oeuvre de constructions romanesques monumentales, voici des textes de circonstance d'un artisan du verbe qui cherche sa manière et pressent ses oeuvres majeures à venir. Le monde souterrain d'un train fantôme (La Baie de Naples), la farce macabre d'un étudiant fantasque (Un instinct infaillible), la descente dans le monde de la pègre (Complice malgré moi), le combat contre des crotales au Far West (Aimée), l'indif­férence généralisée dans un monde déstabilisé (Le Grelu, L'Ogre) des histoires bizarres de chiens et d'oiseaux, des accès de rage folle et des défoulements vengeurs, Heimito von Doderer dessine tout cela d'un trait magistral, en observateur aigu de personnages surprenants et émouvants.

Traduit de l'allemand et présenté par Raymond Voyat.





  • Les premières lignes

Retrouvailles d'une jeunesse

LAISSEZ LE temps là où il est, n'y touchez pas. Quoi qu'on fasse, il coule, clapote, ruisselle le long de la pensée et entraîne au loin les contours estompés d'une forme, d'une couleur ou d'un objet remontant à la surface : le ceinturon jaune et raide qui sanglait un uniforme vert tout neuf... La tunique d'écolier dont les manches découvraient des mains aux ongles rongés, toutes tachées d'avoir rempli d'encre des projectiles en pâte à modeler, pour une farce manigancée sous le banc...
Mais il y a aussi ces choses qui font partie de notre mémoire collective, et qui nous touchent si fort quand elles surgissent du fleuve charriant le temps vers des rives lointaines. Ce n'est plus alors telle expérience ou anecdote, telle passion avouée ou bataille épique, ni la tranche de passé que tout un chacun détient en partage. Non, au fond de cette mémoire-là, qui est nôtre mais que nous partageons avec d'autres, des trésors sommeillent, que nous n'avons jamais touchés ni voulu reconnaître, des trésors intacts et qui restent à découvrir.
Voici que le souvenir roule d'épais nuages le long de mes tempes et que - tout près, devant mes yeux - chatoie en pleine lumière un modeste fragment de passé aux couleurs incroyablement nettes, plus vraies que nature.

Le matin du 21 septembre 1920, peu après sept heures, je me réveillai dans une chambre que je ne reconnus point : tout y avait pris un coup de jeune. À l'époque, je traînais après moi un cortège d'épreuves que j'avais vécues avec quelques camarades au cours de notre fuite de Russie, commencée au-delà de l'Oural et à travers les steppes du nord de la Kirghizie. J'étais de retour en Europe depuis peu. Ce matin-là, quelque chose m'incita à m'habiller au plus vite : c'était le jour de la rentrée des classes, rendez-vous autrefois si important pour moi. Bientôt, cahiers sous le bras, je me postai à la fenêtre, observant la migration matinale de tous ceux qui, grands ou petits, timides ou insolents, emportaient un cartable ou quelques livres enserrés d'une courroie. Sans penser plus avant, et faisant probablement confiance à mon aspect toujours juvénile, je me précipitai à leur suite, en route pour le lycée. Par cette belle matinée d'automne mouillé, j'étais redevenu l'un d'entre eux. Or le chemin des écoliers n'avait rien à m'offrir qu'un décor de maisons, de jardins et un bout de ciel par-dessus - rien d'autre pour moi, qui m'attendais pourtant à beaucoup.
Dans l'escalier, avant d'arriver au second étage, la troisième marche du haut était toujours égueulée au même endroit. (Je n'avais pas le moindre trac.) -Huitième A. - Une vingtaine d'élèves... «Je m'ap­pelle Stangeler, je viens d'arriver. Le directeur m'envoie ici. Avant, j'étais à Kremsmùnster. Qu'est-ce qu'on fait aujourd'hui ?»
Latin, histoire, maths.
«Et qui sont les profs ?» (J'appris ainsi qu'aucun de mes anciens maîtres ne risquait de faire son apparition. Tout marchait à merveille, personne ne me reconnaîtrait.)
Première leçon avec Tacite, Germania.


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