Auteur : Henri Gourdin
Date de saisie : 26/04/2008
Genre : Romans et nouvelles - français
Editeur : Ed. du Rouergue, Rodez, France
Prix : 17.50 € / 114.79 F
ISBN : 978-2-84156-933-5
GENCOD : 9782841569335
Sorti le : 05/05/2008
Le soir du 24 décembre 1939, Marie Soraya, 17 ans, arrive à Villefranche-de-Conflent, une cité fortifiée au pied des Pyrénées. Elle vient de traverser les horreurs de la guerre civile espagnole, et a perdu ses parents et sa soeur. Il ne lui reste qu'une petite valise en carton bouilli et sa volonté de vivre. Hébergée par Emile et Félicie Puech, les boulangers du village, elle s'intègre peu à peu dans la petite communauté de Villefranche. Elle se lie d'amitié avec Agnès, une jeune fille fantasque et mystérieuse, avec le curé de la paroisse qui lui fait découvrir les merveilles architecturales de son nouveau village. Surtout, elle retrouve à Prades le grand violoncelliste catalan Pablo Casais qui fut son professeur au conservatoire de Barcelone... Mais les temps, autour d'eux, s'obscurcissent. Après la drôle de guerre, c'est la défaite de l'armée française, puis l'occupation allemande. Un soir apparaît Gérard, un jeune aviateur français, bien décidé à poursuivre le combat...
Chercheur et écrivain, Henri Gourdin vit près de Montpellier. Il a publié notamment les biographies d'Eugène Delacroix (Éditions de Paris, 1998), Alexandre Pouchkine (Éditions de Paris, 1999), Olivier de Serres (Actes Sud, 2001), Jean-Jacques Audubon (Actes Sud, 2002), Adèle Hugo (Ramsay, 2003), Léopoldine Hugo (Presses de la Renaissance, 2007), Le Grand Pingouin (Actes Sud, 2008). La jeune fille et le rossignol est son premier roman.
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Argelès-sur-Mer
Le camp d'Argelès-sur-Mer n'était pas encore aménagé quand l'armée française nous y amena, dans les premiers jours de février 1939. Ce n'était encore qu'un morceau de plage délimité par des fils de fer pendant mollement entre des piquets de bois plantés presque au hasard. Rien à voir avec les douze lignes de barbelés tirées à se rompre entre des poteaux parfaitement verticaux, exactement alignés, qu'on nous installerait ensuite. Quant aux baraques, c'étaient seulement des empilements de planches à intervalles réguliers, probablement aux emplacements des futures constructions. Pas d'abri, pas de toit, pas même une couverture dans les premiers temps : chaque famille se creusait un trou dans le sable et dormait là, abritée du vent et de la pluie par l'amoncellement de ses valises et de ses chiffons. Des inscriptions à la craie sur ces cabanes : Les Mille et Une Nuits, Le Palais d'Hiver, L'Eldorado...
Les hommes étaient parqués dans un enclos à peu près identique, les combattants des Brigades internationales dans un troisième, et ces rectangles parallèles étaient séparés par des «couloirs sanitaires», en réalité par des bandes de sable de vingt mètres de large peut-être où circulaient, à cheval, d'abord des gendarmes plutôt débonnaires qui nous parlaient en catalan et s'informaient de nous, mais ensuite des spahis et des tirailleurs sénégalais qui nous rappelaient les bataillons marocains de l'armée franquiste et leurs terribles cruautés.
Julia, la voisine de Tarragone qui nous accompagnait depuis le départ ma soeur et moi, était à la fois extraordinairement débrouillarde et très habile de ses mains. Nous étions à peine arrivées que déjà elle avait coupé quelques roseaux dans un bosquet que nous n'aurions même pas remarqué, arraché deux ou trois tôles à des carcasses de voiture et agencé un petit chez-nous. Je la vois encore se faufiler sous la clôture à la tombée de la nuit, s'éloigner en direction des villas en arrière de la plage et revenir avec du bois. Le feu était indispensable : il nous chauffait les os, nous rassemblait pendant les longues soirées d'hiver et portait à ébullition l'eau croupie que nous puisions aux deux pompes à main mises en place par les militaires. Ces pompes puisaient une eau saumâtre et elles étaient installées à côté de l'enclos qui nous servait de latrines : un grand carré de sable au début, ensuite et presque aussitôt un champ de déjections où vous pataugiez entre des gens accroupis, avant de vous baisser vous-même.
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