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Du Dieu des chrétiens : et d'un ou deux autres

Couverture du livre Du Dieu des chrétiens : et d'un ou deux autres

Auteur : Rémi Brague

Date de saisie : 08/05/2008

Genre : Religion, Spiritualité

Editeur : Flammarion, Paris, France

Collection : Essais

Prix : 19.00 € / 124.63 F

ISBN : 978-2-08-121319-7

GENCOD : 9782081213197

Sorti le : 11/03/2008


  • La présentation de l'éditeur

Qui est le dieu des chrétiens ? Quelles en sont les caractéristiques ? Quelle en est la singularité ?
À ce sujet vaste et quelque peu intimidant, le philosophe Rémi Brague répond en sept chapitres concis, informés, stimulants. Que Dieu soit bien au-delà des représentations que l'on s'en fait, c'est une affaire entendue, mais cela ne justifie pas pour autant les approximations et les confusions qui sont de mise aujourd'hui dès qu'on aborde les questions religieuses.
Car tout le monde ne se fait pas de Dieu la même idée, et celle que s'en font les chrétiens est, au fond, plutôt surprenante.
Qui est alors ce dieu et qu'en pouvons-nous connaître ?
Il est un, mais pas de n'importe quelle façon ; il est père, mais non pas mâle ; il a parlé, mais pas pour nous demander quoi que ce soit ; il pardonne, mais sans ignorer la décision de notre liberté.
Au terme de cette enquête, le lecteur pourra accepter ou refuser le dieu des chrétiens ; dans les deux cas, il le fera en connaissance de cause.

Rémi Brague est professeur de philosophie arabe et médiévale à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne et de philosophie des religions européennes à la Ludwig-Maximilian Universität de Munich. Il est l'auteur d'une dizaine d'essais, dont Europe, la voie romaine, Critérion, 1992 (Folio-Essais, 1999), traduit en douze langues, La Sagesse du monde, Fayard, 1999, La Loi de Dieu, Gallimard, 2005, et Au moyen du Moyen Âge, La Transparence, 2006.



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  • La revue de presse Patrick Kéchichian - Le Monde du 24 avril 2008

Comment, par exemple, en une époque où le pluralisme "bénéficie d'un préjugé favorable", où la tolérance est perçue comme une vertu éminente, faire droit à une religion qui confesse absolument un "seul vrai Dieu", qui introduit à un mystère où la mesure n'est pas fixée par l'homme ? "Concevoir Dieu sur le modèle du monde créé" et des catégories de la pensée humaine, c'est se condamner "à rester à la surface des choses", à instrumentaliser le divin. La grande qualité du livre de Rémi Brague, c'est d'ouvrir l'esprit, au-delà de tous les préjugés, à cette mesure et à ce mystère qui nous invitent hors de nous-même.



  • Les premières lignes

Trois expressions ont depuis quelques années envahi les médias, là où il s'agit de religion. Il y est question, justement, à chaque fois de trois choses : «les trois monothéismes», «les trois religions d'Abraham», «les trois religions du livre». Il est difficile de parcourir un organe de presse, d'allumer un poste, confessionnel ou non, sans s'y voir ou entendre asse­ner comme une évidence telle ou telle de ces formules, si ce n'est les trois. À un niveau plus honorable, les livres qui portent ce titre ou qui le contiennent, et qui sont d'ailleurs parfois de bonne qualité, se sont multipliés depuis les années 1980.
Il serait intéressant d'étudier l'histoire de ces expressions, ce que je n'ai pas eu le courage d'entreprendre. Je suis en tout cas tenté d'observer, sous bénéfice d'inventaire, que la généalogie de ces expressions pourrait très bien remonter jusqu'au Moyen Age ; et plus précisément, jusqu'à l'idée d'associer judaïsme, christianisme et islam, non pas dans une commune sympathie, mais bien dans une commune dénonciation. De la sorte, ce qu'on appelle aujourd'hui «les trois religions» ne serait guère que le dernier avatar de ce que l'on attribuait jadis aux «trois imposteurs» : Moïse, Jésus et Mahomet, censés avoir trompé l'humanité !
On peut de toute façon supposer qu'on a forgé plus récemment ces expressions, et qu'on continue à les utiliser aujourd'hui, pour des motifs nobles : elles représenteraient entre les religions en question un point commun, éventuellement un terrain d'entente pour la pratique.
Mon présent propos est de montrer que ces trois expressions sont à la fois fausses et dangereuses. Elles sont fausses parce qu'elles recouvrent chacune une erreur très grave sur la nature des trois religions que l'on prétend ainsi ramener sous un même toit. Elles sont dangereuses parce qu'elles encouragent une paresse intellectuelle qui dispense d'examiner de près la réalité. Je les examinerai ici dans l'ordre, et en commençant par l'idée de «monothéisme».

I. Trois monothéismes ?

Le terme de «monothéisme» vient du dehors, non de l'intérieur des religions. Les «monothéismes» ne s'appellent pas eux-mêmes ainsi. Certes, certaines expressions se laissent traduire ainsi, comme l'arabe tawhîd, «affirmation que Dieu est un» - mot qui a pris par extension un sens voisin de «théologie». À la rigueur, on rencontre depuis quelques dizaines d'années une caractérisation du judaïsme par des Juifs eux-mêmes comme «monothéisme éthique», expression peut-être due au rabbin allemand Léo Baeck (1873-1956).
Le terme de «monothéisme» est né assez tardivement, au XVIIe siècle plus précisément, sans doute chez Henry More, l'un des théologiens platonisants de Cambridge, qui l'emploie en anglais en 1660. Sa carrière postérieure s'accomplit plus chez les philosophes que chez les théologiens, et à peu près jamais comme expression de la piété des simples croyants.


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