Auteur : Peter Uehling
Postface : Paul Badura-Skoda
Traducteur : Paul Gérard
Date de saisie : 21/04/2008
Genre : Biographies, mémoires, correspondances...
Editeur : Hermann, Paris, France
Collection : Points d'orgue
Prix : 35.00 € / 229.58 F
ISBN : 978-2-7056-6685-9
GENCOD : 9782705666859
Sorti le : 18/04/2008
Chef d'orchestre légendaire et icône culturelle, célèbre jusque dans les lieux les plus reculés, Herbert von Karajan (1908-1989) n'a jamais cessé de faire l'objet de nombreux débats. Aujourd'hui comme autrefois, ses admirateurs comme ses détracteurs s'entredéchirent. Fut-il le précurseur de la mondialisation en matière de musique ?
- Est-il à l'origine de l'esprit de lucre sans limites caractérisant certains virtuoses actuels ?
- A-t-il exercé une dictature absolue sur l'Orchestre philharmonique de Berlin ?
- Fut-il un nazi militant ou un opportuniste sans scrupules ?
- A-t-il réussi ou échoué dans ses entreprises audiovisuelles ?
- Quelles étaient les particularités de son interprétation, face à celles de Toschanini, de son ennemi juré, Futwängler, ou de chefs actuels comme Pierre Boulez ou Nikolaus Hernoncourt ?
Traduit en plusieurs langues, le livre de Peter Uehling est la première biographie critique consacré au Salzbourgeois le plus célèbre du monde avec Mozart. L'homme et l'interprète Karajan sont passé au peigne fin. Le narcissisme de l'un et le perfectionnisme de l'autre y sont disséqués avec clairvoyance et humour. Divers documents inédits sont apportés au dossier.
Venu au monde en 1970, Peter Uehling n'a jamais rencontré Karajan. Il est musicien d'église, critique musical du quotidien Berliner Zeitung et vit dans la capitale allemande.
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Horror vacuit
Salzbourg était, en ce mois de janvier 1983, sous la neige-Herbert von Karajan tenait, dans un studio du grand Festspielhaus, des répétitions chant et piano en vue de l'enregistrement - à venir - de Don Giovanni de Mozart. Étaient présents, entre autres, Anna Tomowa-Sintow, Ferrucio Furlanetto et Agnès Baltsa. Cette dernière fut gourmandée par le maestro parce qu'elle ne savait encore pas - du point de vue de celui-ci - suffisamment bien son rôle. Ses collègues prenaient, chaque fois que Karajan leur adressait un mot, un air humble, modeste, déférent. Comme s'ils écoutaient une lecture de la parole divine. L'être auréole d'une légende planétaire et alors âgé de soixante-quinze ans travaillait sur une partition immaculée. Sans la moindre annotation. Avec des mouvements très lents, dus à son préoccupant état de santé. Tout de noir vêtu, il se déplaçait avec difficulté.
Cette session de travail avait pu - à titre exceptionnel - être enregistrée par France Musique. Grâce à une équipe que dirigeait René Koering. Quant à moi, j'avais la charge d'interroger Karajan. À la fois pour l'émetteur parisien et les lecteurs du quotidien Libération. La conversation fut assez décevante. Le chef adulé, d'une timidité extrême, répondit à plusieurs reprises à mes questions : «Je ne sais pas. Je ne peux pas fournir d'explications. C'est comme ça, et pas autrement». Un quart de siècle après cet entretien, je suis convaincu que les hésitations de Karajan relevaient à la fois d'une forme - rarissime chez lui - de modestie et de la fatigue, accablant son corps délabré à l'issue d une après-midi de travail. L'ultime image de l'homme célèbre dans le monde entier conservée par René Koering et moi-même fut précisément celle d'un être affaibli, recroquevillé et silencieux dans l'ascenseur le menant au souterrain où l'attendait son chauffeur. Il mourut le 16 juillet 1989. Quelques mois avant la chute du mur de Berlin et la dislocation de la République démocratique allemande. À l'heure où Nikolaus Harnoncourt - l'antithèse absolue de Karajan en matière de prolégomènes interprétatifs - était devenu une célébrité mondiale...
Peter Uehling, l'auteur de la biographie qu'on lira ici, était alors âgé de dix-neuf ans. Cette seule indication est un gage d'indépendance. Comme de distance. Appartenant à une génération nouvelle, il ne saurait être confondu avec des zélateurs à l'objectivité relative. Quand bien même s'il s'agit de plumes autorisées telles que celles de Robert C. Bachmann, de Roger Vaughan, de Franz Endler et de Richard Osborne, ayant publié leurs travaux respectifs en 1984, 1986, 1992 et 2002. Karajan était encore en vie lorsque parurent les ouvrages de Bachmann et de Vaughan. En ce début d'année 2008 - celle du centenaire de la naissance de l'autoritaire Herbert - le moment est venu de statuer sereinement à son sujet. Grâce à un texte signé d'un musicien professionnel ne l'ayant pas connu personnellement. De surcroît, le Berlinois Peter Uehling n'a rien d'un danseur mondain. Il dispose d'une solide formation artistique et intellectuelle.
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