Auteur : Michael Bracewell
Traducteur : Robert Davreu
Date de saisie : 20/06/2008
Genre : Romans et nouvelles - étranger
Editeur : Phébus, Paris, France
Collection : D'aujourd'hui. Etranger
Prix : 23.50 € / 154.15 F
ISBN : 978-2-7529-0267-2
GENCOD : 9782752902672
Sorti le : 06/03/2008
Fils des classes moyennes né dans la banlieue pavillonnaire de Londres.
Martin Knight se révèle un enfant délicat. puis un adolescent sensible. romantique. narcissique. résolument esthète. -A l'étroit dans son milieu. Martin rêve de s'élever. afin de mieux accéder à la beauté. Où trouver la clé des songes ? Les lumières de la City lui indiquent la voie : l'élève médiocre saura saisir la chance qu'offre aux ambitieux la capitale sous l'ère Thatcher. Chance rime alors avec finance.
Et l'amour dans tout ça ? Quand Martin rencontre Marilyn. élégante jeune femme issue de la bourgeoisie intellectuelle. il croit voir incarnées toutes ses aspirations.
Sans concession. Michael Bracewell (Une époque formidable, Le Dilettante. 2002 : Saint Rachel, Le Dilettante. 2004) signe le portrait sublime et dérisoire d'un jeune homme tenté d'établir un lien intangible entre l'argent et le goût. Futiles. matérialistes, perdus. Martin et Marilyn parviennent à nous émouvoir jusqu'aux larmes.
C'est une ambition haute et puissante qui a motivé bien des écrivains, de Balzac à Musil : décrire les changements d'une société, saisir La Modification de Butor et la peindre, non quand elle transforme une conscience, un couple ou une famille, mais quand elle bouleverse tout un peuple. L'Anglais Bracewell - auteur d'ouvrages sur l'art, l'histoire et la peinture -, s'y est attaché dans ce roman passionnant publié voila une quinzaine d'années...
Vingt ans plus tôt, Georges Perec publiait en France son roman Les Choses, et c'est à lui qu'on pense en analysant les achats du jeune couple anglais : objets inutiles, objets signifiants, objets qui flattent et qui rassurent... Les dettes, on s'en doute, s'accumulent. Deux témoins constatent la débâcle prévisible, eux-mêmes blessés par le changement : le père de Marilyn, un mandarin socialiste naturellement réfractaire aux orgies commerciales du temps, et un ami d'enfance, universitaire scientifique, détaché du monde des apparences où semble plonger son pays : l'un et l'autre vaincus, mais conscients.
Un éternel jeune homme est moins l'histoire d'un échec que le constat d'un détournement dérisoire. Michael Bracewell (auteur d'Une époque formidable, éd. Phébus, 2002) a choisi un ton aussi détaché qu'élégant pour décrire le quotidien d'un homme noyé dans la futilité, confondant le talent avec le bon goût, la création avec le portefeuille.
Mais que deviennent les rêves frondeurs quand on aspire à la prospérité mimétique ? On songe au roman de Georges Perec «Les choses». Bracewell, avec un art cruel de la satire aigre-douce, dépeint la dilution des attitudes juvéniles dans les servitudes consenties de l'économie tertiaire. En 1986, le style des yuppies faisait loi. Ajoutez un peu de commerce équitable et quelques doudounes en Kevlar, et vous aurez ici une belle anticipation de l'ultime roman bobo.
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